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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 15:08


Comme chaque année, à minuit j'ai posé devant le boeuf et l'âne le bébé qui vient de naître. Réalité ou légende peu importe... L'histoire est belle et vient vivre en nous comme une petite flamme.

Je me rappelle les Noëls de l'enfance, dans la maison du nord. Ma grand mère avait gardé les santons de Provence que lui avait donnés sa belle famille marseillaise et chaque année, dans la cheminée, elle les disposait avec nous qui étions si maladroits que nous en cassions parfois et qu'il fallait les recoller. Au fil des ans ils furent presque tous estropiés et sans doute en attente du miracle de minuit qui leur rendrait leur intégrité!

Je ne sais pas si aujourd'hui le miracle a eu lieu car tout ce petit monde a été abandonné dans la maison de Réveillon (un nom prédestiné) lorsqu'elle fut vendue. L'ange lourdaud et amateur de charcutaille me chuchote lorsque j'approche l'oreille de sa bouche gourmande que les santons ne meurent jamais car ils sont faits de terre et retournent à la terre. J'ai déjà lu ça quelque part...

Saint François est venu avec ses frères animaux, comme il les appelle. Il y a là frère ours en voie de disparition, frère sanglier gaiment massacré par les viandards, frère lapin écorché vif pour être accommodé à la moutarde, frère renard l'ami du Petit Prince gazé dans son terrier avec ses renardeaux, frère chien toujours fidèle même au pire des cons. Saint François fait confiance à Isaïe qui nous promet des temps messianiques : Le loup et l'agneau iront paître ensemble, le lion comme le boeuf mangera de la paille, il n'y aura plus de violence sur la montagne sainte...."
Mais quand ce jour viendra le problème sera réglé depuis longtemps et François sera bien déçu car il ne restera plus sur terre une seule créature sauvage et libre.

Peut-être quelques taureaux à l'odeur de camargue subsisteront-ils pour faire bander les amateurs de corrida. Il paraît que certaines femme aiment ça aussi... Elles qui ont si longtemps lutté pour être égales aux hommes, elles ont donc réussi au-delà de leurs espérances et se sont abaissées à leur niveau. Bravo. Ce taureau de la crèche ne se fait pas trop d'illusions et se détourne avant d'être remarqué par un torero de passage.

Bon! Chassons les tristes pensées et considérons que cette nuit tout est différent. Le boeuf et l'âne ne seront pas mangés ou exploités jusqu'à la mort. Ils recevront du bébé qu'ils réchauffent de leur haleine une force invincible qui les ménera tout droit, le jour venu en Paradis.
D'ailleurs si ce curé lui aussi est admis un jour en Paradis, c'est d'abord parce qu'il soigne bien son âne et ensuite parce qu'il a un parapluie rouge. Ces deux choses l'absoudront de bien des fautes!

Au loin, une biquette blanche se demande si elle va quitter son Monsieur Seguin qui fume la pipe et sa Madame Seguine qui file la laine.

Le cheval qui vous regarde et se détourne de son bandit des grands chemins vous rappelle que le rêve est possible. Vous montez sur son dos et vous vous laissez entraîner vers les étoiles. Vous verrez, ça marche... ça galope même...

Les rois mages sont encore loin. Ils arriveront le 6 janvier. Mince alors, c'est le jour de mon anniversaire et les cadeaux ne seront pas pour moi!

Mais... Des chats... Curieux et à l'écart... Il a fallu qu'ils viennent mettre leur grain de sel dans ma crèche.  

Je confie donc à leur miaulement, à leur ronron, à leur douceur le soin de vous souhaiter à tous de belles fêtes.
 
  
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 15:19

                                

 

       

Hier était le 1er dimanche de l'avent, la première marche vers Noël et la naissance au plus froid de l'hiver d'un amour qui est promis à chacun.

C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière...

Et c'est dans la nuit la plus interminable qu'une petite flamme fragile a tremblé, menacée par les vents et la violence.

 Que tu sois croyant ou non, prends cette flamme, elle est pour toi. Elle vient dans ta solitude, dans ton angoisse, dans ta difficulté de vivre.

                           

      Quand j'ai peint ce tableau, je n'étais pas loin de plonger dans les eaux noires. C'était  en décembre, dans  l'île d'Oléron. L'hiver était terrible et cette année-là neige et verglas s'étaient invités sur les rivages atlantiques comme dans ma vie.

 

                                   

L'âne et le boeuf n'ont pas l'honneur de faire partie des Evangiles. On ne parle pas d'eux. On ne parle pas des animaux. Ou quand on leur ouvre les versets, c'est pour les égorger ou les saigner.

 Mais je ne suis pas tout à fait juste!

Lorsque Jésus va entrer à Jérusalem pour y vivre sa passion, c'est un ânon qu'il choisit pour le porter vers son supplice.

 Je pense à la prière de Francis Jammes pour aller au Paradis avec les ânes :

 

"Que je vous apparaisse au milieu de ces bêtes

que j'aime tant parce qu'elles baissent la tête

doucement, et s'arrêtent en joignant leurs petits pieds

d'une façon bien douce et qui vous fait pitié. 

 

                                        

  Il paraît que l'âne et le boeuf ont été rajoutés dans la crèche vers le VIème siècle, dans un Evangile apocryphe attribué au pseudo Matthieu. Le gaillard a dû être inspiré par l'Esprit pour mettre aux premières loges ces animaux taillables et corvéables à merci.

 Si l'on en croit Isaïe qui écrit de fort belles choses, un jour viendra où l'homme cessera de bouffer des animaux et de les exploiter pour leur piquer viande et peaux...

L'espoir fait vivre!

J'ai écrit en bas du tableau les mots de l'Evangile de Jean : "La lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée"

Mon interprétation de ces mots n'est pas orthodoxe. Le sens admis est le suivant :

La lumière est venue avec Jésus dans un monde nocturne mais les ombres ne l'ont pas acceptée. Elles sont restées ombres. On peut ajouter que Juif, venant parmi les Juifs, il a été rejeté par eux.

Chouraqui traduit : "La lumière brille dans la ténèbre mais la ténèbre ne l'a pas saisie."

Florence Delay dans la Bible des écrivains traduit : "La lumière a été dans le monde et le monde ne l'a pas reconnue".

Le sens paraît donc clair : Jésus est venu parmi les siens mais les siens ne l'ont pas accepté.

Je dois avouer que j'ai toujours interprété différemment ces versets. J'ai d'ailleurs peint à droite la ménorah de Hanouka, la fête juive des Lumières qui est célébrée dans les mêmes jours que Noël. Pour moi, la lumière qui brille pour chacun n'a pas été "arrêtée" par nos souffrances, nos nuits, l'épaisseur de nos angoisses et de nos refus. Arrêtée voulant dire stoppée, interdite de passage. Ce n'est pas une question de Juif ou de non-Juif. Non, cet amour est pour chacun de nous et plus notre nuit est grande plus il forcera le passage, à sa manière, en douceur, comme une source souterraine. Alors j'assume... La lumière est venue en ce monde et la ténèbre ne l'a pas empêché de passer...

Voili-voilà! Est-ce que je risque l'excommunication?

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon en attendant, un petit regard sur ma crèche et sur les cadeaux de l'avent qui vont commencer à dévoiler leurs trésors dès ce soir à Nicole qui piaffe d'impatience depuis plusieurs jours.

 

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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 14:23
     Aujourd'hui  je rends visite comme chaque vendredi à ma mère. Je prépare un petit repas comme elle les aime et je me prépare moi-même, ce qui est beaucoup plus délicat. Il me faut me blinder, mettre du cuir sur mes fragilités. Je sonne chez elle. Elle arrive à pas immobiles ou presque. Chaque geste du quotidien est un exploit. Pour aller avec elle à la poste et au super-marché, tous deux distants de quelques deux cents mètres, il nous faut une heure et demie. Dans la rue, sur les trottoirs, nous suscitons des mouvements d'impatience quand nous obstruons le passage. La lenteur des vieux irrite et exaspère notre quotidien rapide et djeune. Courage maman, tu fais partie d'une génération en voie de disparition et un de ces quatre nous prendrons place dans le cortège pour cheminer à notre tour à petits pas souffrants. Moi qui ai la chance ou la malchance de n'avoir pas d'enfants, je n'aurai pour m'appuyer que ma femme si petite  et elle n'aura que moi. Tant qu'on sera deux, on marchera...
Ma mère, mon exaspérante mère, je t'aime. avec difficulté, avec emportement, sans patience...mais
je t'aime.

















    Minouche est là, toujours près de toi. C'est la petite rescapée d'Oléron, la chatte crottée et meurtrie qui s'était réfugiée dans votre jardin et qui aujourd'hui te tient compagnie le jour et la nuit. Tu ne peux vivre sans un petit compagnon. Je te soupçonne d'avoir eu tant d'enfants parce que tu aimais les petits êtres soumis et sans défense. Beaucoup moins intéressants quand ils grandissent et affirment leur personnalité indocile.

















      Parmi les photos qui t'entourent figurent celles de Black le brave chien d'ivrogne que Jean-Loup un jour amena chez toi pour le sauver de sa vie enfumée. Il t'a plu tout de suite même si, la première fois tu nous confias que tu l'aurais préféré blanc afin qu'il ne salisse pas tes rideaux! Il y a Bassoum, la libanaise rescapée de Tripoli. Une crème de chienne qui méritait son nom. Ses babines se relevaient et laissaient voir ses dents sur un large sourire dès qu'elle te voyait! Et Bassoum en arabe signifie "souriant". Etant femelle, elle aurait dû s'appeler "Bassima" mais j'ai préféré ce nom qui était celui de mon directeur à l'Université Libanaise et qui se lavait sept fois quand un chien l'effleurait. Le petit chat gris et blanc, c'est Flash, le chat de Marianne à qui tu ne pus jamais le céder quand elle quitta la maison. Quand il a fallu le piquer, tu t'es absentée et nous nous sommes mis à trois pour le saisir et l'euthanasier. Un sale souvenir.



















     Que Minouche t'accompagne maman et qu'elle donne toujours sa chaleur à tes pauvres jambes qui meurent. Tu nous a donné à Bruno et à moi cet amour des bêtes qui a transformé notre vie. Je n'ai jamais oublié comment tu racontais le jour de ton mariage, en février, sous l'occupation allemande. Ta petite chienne Iris qui t'adorait et ne te quittait pas d'un poil, comprenant que tu aimais ailleurs s'enfuit de ta maison. On retrouva son corps disloqué sous les roues d'un camion allemand. Et tu pleuras toute la journée de ton mariage... Certains pensèrent que c'était l'émotion provoquée par le sacrement!


















     Je t'ai demandé à quoi tu tenais le plus dans ton appartement. Tu m'as montré le portrait de Jean-Loup, notre aîné, le plus beau, le plus doué d'entre nous et qui bientôt sera le plus jeune. Comme il est triste ce portrait et comme elle me glace cette écharpe autour du cou!


















     Tu m'as montré ton père. tu m'as dit que depuis que tu avais récupéré ce portrait chez tes neveux qui portent son nom mais qui n'y attachent aucune valeur affective, tu lui parlais chaque jour et que tu éprouvais du réconfort. Tu m'as dit qu'il te répondait.
















Et puis tu as pris ta photo préférée, celle de tes petits enfants, tes soleils, tes sourires. Tu n'as jamais dit que de belles choses sur eux. Chacun t'est précieux et vital. Il manque sur la photo trois d'entre eux, mais ils sont bien présents
 dans ton coeur.

















    Tu m'as montré aussi une icône que je t'avais offerte. Je l'avais achetée en Bulgarie où j'étais en poste. Je venais d'avoir 40 ans et tu m'avais téléphoné : Es-tu heureux de vivre? - Oui maman je suis heureux! -Alors c'est à moi que tu le dois, c'est toi qui dois me faire un cadeau!
Et je t'ai rapporté cette icône. Elle dit que la vie est plus forte que la mort, que l'amour est plus fort que la mort. Ce n'est pas facile à croire mais pour toi je veux y croire...



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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 12:08

















 





Mus comme des marionnettes,

ils dansent et jouent au bord du gouffre

Armés de mirlitons, d'attrape-chapeaux et de pince-fesses,
ils avancent masqués, et montent comme bière qui mousse.

Ils rient et se chamaillent dans la fumée des pétards
au milieu de la nuit complète,
tandis que résonnent les fanfares.

Les torches, les masques,les rubans, les dentelles.

Le Gille va brûler sa bosse.

L'un joue et l'autre danse

En touchant l'air

Pour toucher l'oubli.






















Lien : Jean Loup Wacrenier. Huile. "Les passants"














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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 07:02
















     Une carte postale de Bône trouvée dans une brocante.... Je l'achète et la donne à Nicole. Le passé alors, à peine endormi se réveille. L'été 62, les valises, les adieux et l'arrachement à cette ville, ce pays où depuis des siècles et peut-être même avant la conquête arabe, des juifs s'étaient installés après bien d'autres départs et bien d'autres espoirs. Cette carte montre une ville qui n'existe plus. La cathédrale a été détruite, la statue dénudée à la grappe de raisins s'est volatilisée... Les statues meurent aussi...
    Les lotissements ont cerné le stade et la ville qui fut Hippone et Bône s'est donné un nom sonore et ensoleillé : Annaba, cité des jujubes.
   Nicole aimait l'Algérie. Son père aimait les gens de ce pays et cette langue arabe qu'il connaissait bien. Ils n'avaient rien à voir avec les colons et ceux qui par leur attitude avaient permis au fossé de se creuser... On savait bien, étant juifs qu'il était illusoire de se croire habitant d'une terre ou d'un pays. Les lois de Vichy avaient rappelé à ceux qui l'avaient oublié que du jour au lendemain on pouvait vous enlever votre nationalité, votre métier et vous transformer en porteur d'étoile. Mais enfin, ils étaient là les Allouche, ils respiraient l'air clair et parfumé de cette terre.
Eté 62, le départ. L'arrachement. L'adieu à l'enfance, au soleil.















    Au dos de la carte, un appelé écrit ces quelques mots : Chers grand-père et tante. C'est de dessous  la guitoune que je viens vous donner de mes nouvelles. Cet après midi comme tous les jours nous sommes allés à la plage. Avec la chaleur qu'il fait, l'eau était bonne et nous avons passé une partie de la soirée à barboter. Ici c'est vraiment la vie rêvée, pas beaucoup de boulot et la demi journée à se promener. Avec ça les quelques mois qui me restent à faire passeront assez vite. Je ne vais pas vous en raconter davantage car il commence à faire noir et je n'y vois presque plus . Je termine en vous embrassant très fort et à bientôt.
Bernard.

Cette carte est écrite le 26 juin 1962. La vie rêvée des uns et l'exode des autres vers une France glacée et inhospitalière.
Le temps des cerises est toujours nostalgique et cependant c'est à lui que je pense aujourd'hui en évoquant la ville des jujubes. C'est une petite robe légère brodée de fruits rouges et de lettres dansantes que mettait une petite fille en rentrant de la plage. Elle n'en a jamais oublié le contact soyeux sur sa peau, comme elle n'a jamais oublié la lumière, les parfums, les chants et les regards de son Algérie.

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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 17:04


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Cette enfant du Nord jouant pour un jour les geishas s'est transformée au gré, bon ou mauvais, du temps qui fuit en une octogénaire réfugiée dans sa maison sous les pins de l'île d'Oléron. Mais son regard étonné et mélancolique est resté le même, fidèle
  à ces années baignées de poésie, à son père lui-même poète et qui ne savait pas que la fillette cachée derrière une porte ne perdait pas un mot de ces soirées où il réunissait des amis pour écouter des vers.
   Elle n'a cessé d'écrire, récoltant comme par mégarde de nombreux prix et habillant les mots de ses peines et de ses joies.



    HERITAGE

Je n'avais que douze ans quand j'ai perdu mon père.
Il était tout pour moi. Ce fut un drame affreux.
Nous habitions Arras et nous étions en guerre
J'ai vu notre maison détruite par le feu

Nous avions tout perdu et, même la vaillance
Ne pouvait nous aider à supporter la peur.
Nous étions occupés, inquiets pour la France
Sous les bombardements et frappés de stupeur.

Ma mémoire a gardé mes souvenirs d'enfance
Cachés profondément, impalpable trésor.
Mon père était poète et maître en éloquence;
Ses vers m'ensorcelaient, rutilants comme l'or.

Dans le salon feutré, attentive à l'extême,
J'écoutais ses amis déclamer leur poème.
J'étais émerveillée, en rêvant qu'à mon tour
Je pourrais égaler leur talent un beau jour.

Avant de refermer le livre de sa vie,
Mon père m'a légué le don de poésie.
Je rassemblais les mots dispersés dans ma tête
Et ce fut par amour que je devins poète.




    



     Par amour certes... et pour l'amour... Chacun sur cette terre où il est passager recherche l'impossible amour, l'être unique qui se donne et accueille. Cette fille du Nord, belle et solaire va donc naviguer d'étoile en étoile, de coup de foudre en désillusion.
 


EQUIVOQUE

Tu es ma joie, tu es ma peine,
Mon ciel d'été ou mon enfer
Tu es mon Dieu, mon Lucifer,
Tu es l'amour, tu es la haine.

Tu es l'éternelle rengaine
Dont les mots rentrent dans ma chair
Tu es ma joie, tu es ma peine,
Mon ciel d'été ou mon enfer.

Tu es mon espérance vaine,
Le labyrinthe où je me perds,
Une traversée du désert,
Sans même la moindre fontaine,
Tu es ma joie, tu es ma peine
.


DESIR

Je te veux je te veux je te veux
Toi et ta bouche en feu
Toi et tes mains qui glissent
Le long de mon corps
Comme un ancien remords
Je te veux avec les cheveux
Sur les yeux


MALENTENDU

Je ne serai pas le miroir
Où se reflète ton visage.
Je ne suis pas la vierge sage
A enfermer dans un manoir.

Je ne suis pas le reposoir
Où tu m'adores, frêle idole.
Je suis plutôt la vierge folle
Que tu revêts de ton espoir.

Je ne peux que te décevoir,
Pauvre Pierrot sans Colombine.
Moi je ne suis qu'une Arlequine,
Un oiseau libre, sans perchoir.

Il faut que je garde mes ailes,
Je ne veux pas de bague au doigt.
Qu'importe si parfois j'ai froid :
Le Ciel et l'Océan m'appellent.



















Dans une société française encore conformiste et hypocrite, elle ose affirmer son désir profond de liberté. Sa sensibilité la pousse vers la nature menacée et vers les animaux muets que l'hégémonie des hommes méprise et exploite .

POLLUTION

Que sonne mon heure dernière
Quand les fleurs ne pousseront plus
Quand les oiseaux ne seront plus,
C'est ma plus instante prière.

Quand les berges de la rivière
Disparaîtront sous les rebuts,
Que sonne mon heure dernière,
Quand les fleurs ne pousseront plus.

A l'orée de la clairière,
La biche et le cerf éperdus
Bondissent dans les détritus,
Le bois n'est plus qu'un cimetière,
Que sonne mon heure dernière.



















     Elle découvre la joie et la difficulté d'être mère. Connaissez-vous beaucoup d'enfants qui ne reprocheront pas à leur mère des manques, des égoïsmes et des blessures ? Mais il est des sourires qui ne trompent pas.

NE SOIS PAS UN MOUTON

Ne sois pas un mouton, surtout mon petit homme,
Ta laine, sur ton dos, on te l'enlèvera,
Ne sois pas un mouton, surtout, ne sois pas comme
Moi qui t'ai mis au monde un soir de Mardi-Gras.

J'en demande pardon, à toi, mon petit homme.
Le renard m'a trompée. Mon chemin était droit.
Il m'a dit qu'il m'aimait et j'ai croqué la pomme;
Quand tu me fus donné, je n'ai pas su pourquoi.

Il m'a dit qu'il m'aimait, qu'il avait un royaume
Dont je serais la reine, avec la bague au doigt.
Il m'a dit que l'amour y serait toujours roi.
Je suis seule aujourd'hui, je n'ai pas de royaume

Et je n'ai jamais eu de bagues à mes doigts.
Ne sois pas un mouton, surtout, mon petit homme,
Ne sois pas un mouton, ne sois pas comme moi.



    Elle peut être rassurée et soucieuse à la fois car son fils n'est certes pas devenu un mouton bêlant. Il voyage sur cette terre avec sa guitare et ses chansons. Il joue avec les mots dans l'espoir de trouver la formule magique qui ouvre les coeurs et rend la vie lumineuse.







       









 Parmi les rencontres qui ont compté dans sa vie, celle de Maurice Fombeure avec qui elle est ici photographiée chez Lipp nest pas des moindres. Avec ce poète solide et fantaisiste, elle aime partager sa fragilité et son inquiétude. Son influence légère se fera sentir parfois dans ses poèmes.

A BAYONNE

A Bayonne
Je ronronne
Comme un chat
Gros et gras.
Mon amie
Est ravie
De ma joie
Sous son toit.
Sa cuisine
Est divine.
Je jubile
Volubie
Et la pluie
Se replie...
Le bonheur
Baladeur
Nous revient
Magicien.
L'amitié
Retrouvée
Resplendit
Sans répit.
A Bayonne
Je rayonne.



















  Toujours jeune d'esprit et de coeur, elle vit aujourd'hui en insulaire dans une Charente Maritime qui comme il se doit apprécie plus les charentaises que les semelles de vent... 

Mais il reste des oreilles pour entendre et des coeurs pour comprendre...

L'AMI

Quand je rentre le soir dans ma vieille chaumière,
Il est là, il m'attend, heureux de mon retour.
Son intense regard appelle mon amour
Et dans mon coeur ému resplendit la lumière.

Je m'assois près de lui, coutume journalière,
Et lui dis à mi-voix que je l'aime toujours.
Son soupir me répond, approuvant mon discours,
Car pour lui je suis tout, jusqu'à l'heure dernière.

Il ne va pas rejoindre au bistrot les copains;
Il ne boit que de l'eau, sobre, soir et matin.
Il ne cavale pas après quelque donzelle.

Il est vraiment gentil : il n'est jamais grognon.
Je peux compter sur lui, assidûment fidèle,
C'est mon chien, mon ami, il est mon compagnon.










































































 

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 09:32

 Une vidéo antisémite fait beaucoup parler d'elle en ce moment. Elle est hébergée par Daily motion et certains commentaires qui s'offusquent des réactions indignées font froid dans le dos.  


Réagir ou ne pas réagir?
En réagissant on risque de donner encore plus de publicité à cette sale entreprise. En ne réagissant pas on risque de laisser s'installer la banalisation du racisme ordinaire.
Un diaporama de personnalités  désignées comme étant juives défile sur les paroles d'une chanson dont il faut lire le texte pour bien comprendre à quel point elle dégouline de clichés vulgaires et primaires qui caractérisent l'antisémitisme rigolard. Une photo plus explicite que les autres montre Anouk Aimée sur fond d'Auschwitz. Une autre représente Simone Weil dont on sait qu'elle a perdu sa mère dans les camps. Mais bien sûr comme dit l'auteur dans sa question à "deux schekels" son montage n' a rien de raciste, il faut seulement deviner ce qu'ont en commun toutes ces personnalités qui défilent...
C'est sans doute par hasard qu'en ouverture de diporama apparaît un petit animal connu pour s'emparer des gîtes des autres animaux et pour leur sucer le sang.
Je vous propose le texte de la chanson de Georgius afin de ne pas parler pour rien et pour se rappeler qu'on a pu en France produire de telles oeuvres et puis après ce texte, je suggère à l'auteur de cette belle entreprise de préparer un autre montage  avec des arabes puis des homos puis...
Enfin je lui propose d'enrichir sa liste avec un autre juif qu'l a malencontreusement oublié. Question à trois shekels : Qui cela peut-il bien être???
Réponse après la chanson.


La noce à rebecca

La fille de Monsieur Mayer
Rébecca s'est mariée avant-hier
Elle a épousé l'fils Lévy
Le marchand d'rob's du passage Brady
Y avait là Madam' Pomeratzbaum
Monsieur Schmoutz, Monsieur Olimbaum
L'oncle Schwartz la cousin' Kaufmann'
et les onz' frèr's hartmann'
Le docteur Blum égal'ment
Qui était de la fête
En l'honneur de c't'évènement
Avait changé d'chaussettes !

Refrain :
Ah ! mes enfants
On s'en souviendra longtemps
Dans dix ans on parlera
Encor' de la noce à Rebecca

Il y avait eu un grand déjeuner
La p'tit' Rébecca avait l'ventre gonflé
Son mari, un typ' sans façon
Dut déboutonner son pantalon
L'docteur Blum mangeait avec ses doigts
Sa femme lui dit deux fois :
"ça te donne un très mauvais air
Tu n'as donc pas de couvert?"
Il lui répondit viv'ment :
"Ne me fais pas d'reproche
Comme il était en argent
Je l'ai mis dans ma poche"

Refrain

Après l'déjeuner on dansa
Les onz' frères Hartmann n'attendaient que ça
Mais ça provoqua des malheurs
Ils y mirent un peu trop d'ardeur
Voilà que de la poch' d'un gousset
Deux sous tombèr'nt sur le parquet
Tout le mond' se précipita
Un' bagarre éclata
Madam' Kaufmann fut blessée
Et conduite à l'hospice
Les deux sous fur'nt retrouvés
Cachés entre ses cuisses

Refrain

Pour calmer tous les invités
Qui se montraient un peu surexcités
Rébecca joua du piano
Le fils Lévy vendit deux manteaux
L'oncle Schwartz offrit des cigares
Monsieur Schmoutz en prit un dar'-dar'
Mais il dit au moment d'fumer :
"J'ai l'bout qu'est pas coupé !"
L'pèr' Mayer crie très fort :
"Pas coupé !... C'est tragique
Foutez-moi c't'homme-là dehors
C'est un sal' catholique !..."

Refrain


Voilà le chef d'oeuvre, pas du tout raciste bien sûr !!!!


Et voilà un des oubliés de la liste :


 

 























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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 16:17






















(L'auteur des lettres est la deuxième femme à gauche. L'homme au milieu est Paul Wacrenier, son frère. L'enfant devant lui est Louis Wacrenier)
    

           Loin de Montmartre et de ses secrets, je profite de mon séjour oléronnais pour fouiller dans les cartons entassés dans le grenier de ma tante. J'y ai trouvé des lettres écrites en 1916 par une grand-tante que j'ai à peine connue, Berthe Wacrenier, une femme humble et douce qui perdit comme tant d'autres son fiancé pendant la Grande Guerre et qui lui resta fidèle jusqu'à la mort. La première lettre que je vous propose raconte une exécution dont elle fut témoin à Liévin.


EXECUTION

     Escorté de deux gendarmes allemands, un homme parcourt la grand'route de Douai à Lens. Sans doute sa figure très pâle trahit-elle une intense émotion; mais sa démarche fière et ferme n'est pas celle d'un coupable. La bravoure est un crime aux yeux de l'ennemi. Ce français décoré de médailles n'a donc pu trouver grâce devant le conseil de guerre et d'ailleurs il n'a pas daigné se défendre. Pour faire plaisir à son fils qui est soldat, il a voulu sauver ses deux pigeons préférés et c'est pour cela que Paul Busière jugé et condamné à mort à Douai doit être fusillé à Liévin sa ville natale. Cependant il marche d'un pas ferme et décidé. Le voici maintenant dans sa commune. Pour la dernière fois il revoit ces champs où il jouait jadis, ces chemins qu'il suivait pour se rendre au travail, cette grand'route qui le conduit vers la mort. Des amis, ignorant la sentence, sortent des maisons et le saluent amicalement. D'autres le suivent à distance et cherchent à se renseigner. Ah oui !  on le sait bien, il a voulu cacher deux pigeons; un allemand l'a dénoncé. Sans doute il fera plusieurs jours de prison; il a été trop téméraire.... Mais il arrive bientôt à la brasserie transformée en Kommandantur et l'on fait appeler sa femme. Elle arrive, très inquiète, reçoit sans explications quelques objets appartenant à son mari puis froidement on lui montre la porte. Au moment où elle franchit le seuil, des détonations retentissent et lui apprennent que son mari n'est plus...
     Deux mois plus tard, des affiches placardées en ville portent le libellé suivant : Par ordre de l'autorité allemande, le mineur Paul Busière a été fusillé pour avoir conservé chez lui deux pigeons voyageurs.
















Berthe Wacrenier est la première à droite.



EVACUATION


     Décembre 1916
 

    Le moment du départ est arrivé. Après un long regard d'adieu sur la cave qui nous sert d'abri depuis 27 mois, je monte rapidement l'escalier encombré des débris de ses deux murs croulants.
    Me voici dans la cour. Je veux voir pour la dernière fois la maison où s'écoula notre heureuse enfance. De nombreux obus l'ont atteinte mais elle est foujours debout et son toit qui pend lamentablement, domine encore toutes les habitations voisines. D'énormes trous crèvent la maçonnerie de toutes parts. Derrière le bâtiment principal se trouve notre cuisine que le bombardement a épargnée. La cheminée seule est abattue. Et voici le long châssis de bois qui jadis se prêtait si complaisamment à nos jeux. Je traverse la salle à manger qui abrita nos joyeuses réunions de famille. Ici encore la guerre a fait son oeuvre. Le buffet et une table défoncés gisent sur un tas de bois qui protège l'entrée de la cave. Vivement, car le temps presse et la patience des allemands a ses limites, je me dirige vers le magasin, naguère l'orgueil de mes parents. Comme en rêve, je revois la foule bruyante qui s'y pressait aux jours de fête; j'entends encore la voix de mon père stimulant son personnel et les appels familiers des clients...
     Hélas ! Les vitrines étincelantes ne sont plus qu'un tas de débris informes, les coiffures s'écrasent sur des morceaux de comptoirs et l'eau qui filtre de partout tombe lentement, goutte à goutte, comme de grosses larmes, sur le carrelage couvert de briques et de plâtre.
     Pour la dernière fois, je franchis le seuil de la maison qu'il faut abandonner à l'oeuvre de destruction. Tristement, le père Cornet nous regarde partir. Ah pauvre vieux du pays ! Tu symbolises tout ce que j'aime et que je dois quitter. C'est à notre chère demeure, au sol natal, à ses malheureux habitants que je dis adieu en pressant sur mes lèvres ta dure figure flétrie. 


J'ai retrouvé avec ces lettres ce mouchoir sur lequel Berthe avait écrit au crayon afin de pouvoir passer les lignes sans être inquiétée.

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:55

          Maurice Fombeure écrivit la préface du premier recueil de poèmes de Louis Wacrenier. Bien que fort différents, ces deux hommes se rencontrèrent et s'apprécièrent, même si dans son texte, Fombeure semble minimiser l'aspect tourmenté et sombre des poèmes dont il parle. 
 
            Voici donc cette préface écrite pour un jeune homme aujourd'hui âgé de 89 ans et qui a pris le large sur les eaux noires de l'oubli.....

           
Mon beau navire ô ma mémoire
             Avons-nous assez navigué
             Dans une onde mauvaise à boire
             Avons-nous assez divagué
             De la belle aube au triste soir..
...
     (Apollinaire) 






















     Louis Wacrenier pourrait dire après Racine et quelques autres :

                    Ah Dieu, quelle étrange chose :
                        Je sens deux hommes en moi!

     Le premier de ces deux hommes, l'homme de chair,
 est,  aujourd'hui, un grand gaillard, mince et flexible comme un roseau, beau specimen de grand flandrin issu de cette race hispano-flamande que l'on retrouve encore fréquemment là-bas, dans cette ARRAS qui fut espagnole jusqu'au traité des Pyrénées. C'est seize cent cinquante neuf. Yeux noirs et frisés au velours d'Orient, cheveux ondés - je ne dis pas ondulés -  chaleur, cordialité, enthousiasme et bondissement, comme d'un jeune chien qu'on viendrait de détacher de sa niche. Un gars que j'ai connu tout petit, collégien, rue des Agaches, en le domicile de son père où il écoutait les déclamations de poèmes des Rosati d'Artois sans rien dire ni laisser voir de ses sentiments. Il s'est bien rattrapé depuis, l'animal!

     Son père, grand Chancelier des Rosati d'Artois et qui fut l'un des hommes les plus exquis que j'ai connus, est mort. Le Président, l'excellent Maître Paul Wacrenier, est mort. La maison des WACRENIER est morte, écrasée sous l'un de ces bombardements que l'on dit être nécessaires, pour "la bonne marche" de la guerre. Mais
nos souvenirs, eux, ne sont pas morts. Qu'il a dû s'en envoler, comme des agaches éffarouchées, autour de cette vieille demeure arrageoise si pleine de traditions de bon accueil,  à peine plus grande que le coeur de son maître lorsqu'elle s'est écroulée dans un fracas de fin du monde.






















Mais de cette bonne race, un surgeon a surgi. Louis WACRENIER est là. Et même "un peu là". Bien et bon vivant! Vivant et chantant comme un arbre que visitent les oiseaux. Parce qu'il aime la vie, elle se rend à lui. Et elle l'aime. De même que les oiseaux ne vont que sur les arbres qui leur plaisent, les bons vers ne vont chanter que sur les lèvres de ceux qui méritent de les scander et de les écrire. Auparavant, notre Louis Wacrenier, avant de devenir cette longue tige, flexible mais solide, avait fait "les quatre cents coups", comme on dit. Il a dû être un drôle de collégien et d'étudiant. mais je ne l'ai pas suivi en ces temps-là. Sur le guerrier, je suis mieux renseigné. Il était pilote aviateur, naturellement. Après la défaite, avec un fidèle copain, il tente de passer en Angleterre. Nos deux lascars prennent l'avion de leur colonel - Noblesse oblige - et vont le percuter dans les vignes du Médoc. Parce que cet avion était trop gros pour eux et qu'ils n'ont pas su faire couler l'essence des doubles réservoirs. Qu'à celà ne tienne. Rappelés au sol un peu brusquement, ils jouent les grands blessés dolents pour échapper au Conseil de Guerre; Et ils réussissent à s'en tirer. Mais ils ont eu un peu chaud, les bougres! Les copains de Louis WACRENIER qui ont pu passer en Angleterre sont entrés dans l'escadrille Normandie-Niémen et sont revenus de guerre décorés jusqu'au nombril.






















Depuis? Louis WACRENIER est revenu à la vie civile, comme tout le monde. Il s'est marié. A eu de nombreux enfants. et s'est fixé en vieille Cité des Atrébates, chère à son coeur, malgré ses brumes, son apparente hostilité, ses ruines toutes fraîches. Car en ces malheureux pays, les ruines se renouvellent à chaque guerre. Mais c'est à Arras que notre ami avait passé son enfance et sa jeunesse. Ecouté les vers des Rosati d'Artois qui reçurent "en leur sein" et en leur temps des gens comme Lazare Carnot et Maximilien de Robespierre, que l'histpoire connaît mieux sous le nom de Robespierre. Tout naturellement, mais peut-être aussi un peu grâce à son hérédité "rosatique", louis WACRENIER est devenu le Président des Rosati d'aujourd'hui. Et quel Président! On peut dire qu'ils ont eu la main heureuse, une fois de plus. Celui-ci se remue comme une ruche d'abeilles, comme une nichée de jeunes souris. Il projette sans cesse et organise toujours.















      Mais - et nous en arrivons au deuxième homme qu'il porte en lui - Louis WACRENIER est aussi, et avant tout, poète. Et un poète qui ne ressemble guère au garçon que nous pouvons voir, à l'être apparent et pétulant, joyeux drille, disert, rabelaisien et "humeur de piots". Non. Un poète fin, tendre, nostalgique au timbre mélancolique, au coeur fêlé d'une blessure secrète. A la sensibilité frémissante et blessée de peu. Un frère cadet de Laforgue. S'il "rit en pleurs", les pleurs n'en perlent pas moins. Si en chantant, il enchante son mal, son mal le point, cependant.  et il ne souffre pas toujours seul, mais souvent avec ceux de ses compagnons qui sont restés sur les champs de bataille, avec ceux qui rôdent sans espoir dans les vieilles rue du Vieil Arras, au bas du beffroi qui tremble de toutes ses ondes sonores en se raillant sr l'air de 

                                                                  Mon père m'a donné un mari
                                       Mon Dieu quel homme, quel petit homme....


     Il en était ainsi, du moins, au temps où j'habitais Arras!

      Louis WACRENIER aime à errer au bord de cette Scarpe qui ressemble davantage à la Bièvre qu'à la Loire et n'a rien, certes, d'un fleuve royal. Pluôt un ruisseau qui sent et reflète la misère humaine. Une eau noire et froide.



    

















     Mais le poète fait aussi claquer les drapeaux de l'espoir. Après tout, le bonheur et la joie sont peut-être ailleurs :

                       Partons! Nous trouverons de nouvelles natures
                           Déjà le vent se lève et nous mouille les yeux
.

    Pour fuir :

                      Les rêves d'autrefois
                          Qui reviennent au coeur parfois
                          Tournoyant dans la nuit sereine
                          Comme au gré des fêtes foraines
                          Les entêtés chevaux de bois.

     Un autre poème dit : "Espoir quand même"! Et lorsqu'on a la joie de connaître leur au
teur, on sait bien qu'il ne se laissera pas aller à sombrer dans ses détresses intimes.Mais qu'il luttera jusqu'au bout. Car il a, pour le soutenir, comme il l'exprime en une image digne des temps maudits et batailleurs que nous vivons :

                       Je sens ce soir
                           Que mon rêve ne peut s'effacer
                           Et qu'il me restera toujours
                           L'espoir
                           Parachute  mes pensées.

     Il est de ceux pour qui le soleil demain se lévera. et il le dit. et il le clame en des sursauts mélodieux. Le recueil, toutefois, ne se termine pas sur cette note altière, mais sur une espèce de découragement auquel je ne veux pas tout à fait croire :

                       Courbe le front et bas redis
                           Ton Kyrie Eleison
                           Pauvre pantin crevé qui t'es vidé de son.

     Je sais que cet abandon aux forces mauvaises n'est que passager. Je sais que ce poète est l'un de ceux qui nous rassurent sur les temps à venir. L'un de ceux à qui je fais confiance. Un poète des horizons lointains et des pays nouveaux, un prospecteur aussi de nos paysages intérieurs, l'un de ceux qui, comme le préconisait Apollinaire, nous aidera à :

               Explorer la bonté
               Contrée énorme où tout se tait.


                                                                         Maurice Fombeure.




Louis Wacrenier un poète à Montmartre

                            

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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 07:37
   Je voudrais vous présenter un poète qui au temps de sa jeunesse folle fréquenta Montmartre et connut quelques un des écrivains et des peintres qui aimaient se rencontrer et user les longues soirées de printemps et d'été à boire, fumer, polémiquer, recréer le monde et lancer des phrases et des idées comme des fusées de détresse ou des grenades.






















   Je ne vous parlerai pas aujourd'hui de son histoire, de sa tentative après la défaite et l'avénement de Pétain de rejoindre l'Angleterre en volant un avion (celui de son colonel !)  ni de son crash dans les vignes du Médoc. Ses compagnons plus habiles ou plus heureux intégreront pour la plupart l'escadrille Normandie-NiemenNon, j'aimerais simplement vous proposer la lecture de deux de ses poèmes. Le premier, il l'a écrit alors qu'il avait à peine 20 ans et qu'il rêvait, dans sa ville bourgeoise d'Arras, d'envol libre et de grands espaces, avec déjà, bien ancré en lui, le sentiment de l'éphémère et du temps dévoreur.

                               Visages

     Je mélange et je bats ainsi qu'un jeu de cartes
     des visages figés que j'ai connus jadis.
     L'épicier de ma rue avait des cheveux gris
     il avait accroché dans sa chambre une carte
     d'Air France et son salon était bourré d'atlas.
     Il savait des pays que nous ne savions pas
     longtemps nous l'écoutions immobiles et sages
     dans l'arrière boutique aux vitres dépolies
     qui ressemblait à la cabine d'un navire.
     Odeur du thé, Ceylan et dattes de Palmyre
     Epices et marées, Sénégal Oubangui,
     Et quand il mourut, on apprit
     que ce grand voyageur n'était jamais parti.

     Elle est morte elle aussi la vieille "vieille fille"
     qui m'offrait des bonbons et m'embrassait parfois.
     Ses yeux bleus reflétaient des horizons tranquilles,
     Elle ne regardait en cousant que ses doigts.
     Etait-ce indifférence ou douloureux regrets
     Ou bien revivait-elle au loin par la pensée
     dans la refloraison de ses fièvres passées
     ce qui aurait pu être et n'avait pas été ?
     Dans un tiroir au bois usé
     des lettres d'amour se fânaient
     en petits paquets ordonnés
     que des rubans roses nouaient.

     Fillette aux cheveux blonds je vous ai bien aimée
     O naïve fraîcheur des premières amours
     quand on croit pour de bon qu'on s'aimera toujours.
     Sous mes baisers vous frissonniez
     et vos joues ressemblaient à des pommes d'amour.
     Fillette aux bras légers
     sur nos étés il a neigé
     Vous souvient-il de nos serments
     et de nos étreintes d'enfant ?
     Les hirondelles se croisaient
     la cloche à l'église tintait
     nos coeurs à son rythme battaient
     Je n'ai plus retrouvé de semblables baisers.

     C'était un très grand homme au parfum de lavande
     de vieille pipe et de bruyère
     qui connaissait bien des légendes
     et les contait comiquement
     en faisant cligner ses paupières.
     Sa barbe poussait rude et jaune
     elle était comme un champ de chaume
     quand le faucheur a moissonné.
     Il m'apprenait à braconner...

     Encor d'autres visages
     et puis d'autres encor
     comme des paysages
     paraissant sous mes yeux
     portraits jaunis et vieux...

     Je mélange et je bats, mais il manque des cartes
     Destin joueur et fol où les as-tu perdus
     ces visages brouillés qu'on bat comme des cartes
     Visages d'autrefois qu'êtes-vous devenus ?


   



















   Cet homme-là n'était pas fait pour la vie familiale et rangée. Il eut poutant sept enfants. Il ne connut jamais la haute mer mais passa sa vie professionnelle dans un bureau parisien. Après avoir écrit deux recueils : Sur fond de Gueule et  Le Passeur de Nuages, il continua dans l'espace de liberté que sa vie lui concédait à créer et à mettre en mots ses désirs et ses désillusions. Le deuxième poème que je vous propose, il l'a écrit un soir de solitude et l'a envoyé à ses enfants comme une bouteille à la mer.


                                   A mes enfants

     Inéluctablement avec le crépuscule
     Je vois autour de moi s'insinuer la mer,
     Submergeant lentement d'ombre et de ridicule
     Epaves et déchets et souvenirs amers.

     Seul et sans le secours de tous ceux que j'aimais,
     J'attends l'enlisement préludant au naufrage
     Tandis qu'à mes pieds l'eau vient signer sur la plage
     Le destin que jamais je n'ai pu dessiner.

     Ah! que soudainement tout devient dérisoire
     Quand on croit voir au ciel un peu d'éternité,
     Quand la mer sourdement vient noyer la mémoire
     Mêlant à ce qui fut ce qui n'a pas été.

     C'est le temps où la solitude
     Se fait douce au coeur fatigué
     Où l'on cesse d'être Latude
     Où meurt l'envie de s'évader.

     Le temps des rendez-vous perdus
     A guetter ceux que l'on espère
     Ceux qu'on aime ne viennent plus
     Viennent ceux qui nous indiffèrent.

     Le temps où ressurgit l'efance
     Sans les espoirs qu'elle portait
     Où prisonnier de l'impuissance
     Il faut apprendre à s'accepter.

     C'est le temps de la nuit des temps
     Que les ans lentement délaissent,
     Où l'on n'a, marcheurs hors d'haleine,
     Plus le temps de perdre son temps.

     Enfants tant bien aimés, poucets que j'ai perdus
     Dans les rets de la nuit, les chemins de traverse,
     Saurez-vous pardonner au vieux berger fourbu
     Qui dans tous vos chagrins bien malgré lui vous laisse ?

     Faites que son amour, comme fit Véronique,
     Se grave dans vos coeurs en un reflet unique,
     Que sa prière à Dieu soit votre sauf-conduit
     Inscrit avec ces mots qu'à vous il n'a pas dits.

    Comme l'albatros de Baudelaire tombé sur le plancher,  il est aujourd'hui dans une maison de retraite où un rongeur sinistre s'attaque à sa mémoire.
     Je voudrais te dire que je t'admire et que je t'aime, mon père.


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