Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 09:41


                       Prière à la Sainte Vierge

Pour Jérémie et les enfants paralysés


Souveraine du Ciel, Notre-Dame Marie,
En ce jour de ta fête, humblement je te prie
Pour l'oiseau désailé, pour la maman meurtrie,
pour l'innocent qu'on frappe et pour mon Jérémie.

Baisse les yeux sur lui, petit prince immobile,
Même s'il ne sait pas que Jésus est ton fils,
Et que s'il a la foi, gros comme un grain de mil,
Il peut tout obtenir, et la rose et le lys,

La joie au fond de lui dans son corps retrouvé,
Dans ses yeux le bonheur en perles de rosée,
Les ébats du poulain qu'on a désentravé,
Les exploits au soleil et le plaisir d'oser...

Il faut au blé semé qu'en terre il s'incarcère
pour devenir un sceptre à l'épi de lumière,
La chrysalide doit hiberner prisonnière
Pour être un papillon saoul de danses légères.

Mais Sainte-Vierge au coeur blessé par ton enfant
Qu'on jeta dans tes bras, décloué tout sanglant,
tu le sais bien : au regard de l'éternité,
Un mois, un an, c'est un instant vite passé,

Un mois, un an, au regard d'un petit garçon,
Un mois, un an ça ne finit pas d'être long.

Sainte-vierge, arrimé pantelant sur sa croix,
Sainte-Vierge, Jésus nous a confiés à toi...
Même si je ne fus qu'un berger peu fidèle,
Prends soin de cet agneau, désormais le plus frêle.


Abrège ses épreuves et rends-lui le bonheur,
Afin que libre alors d'esprit, de corps, de coeur,
Clément, doux, tolérant, sensible aux malheureux,
Il puisse aller courir sur les sentiers de Dieu. 


 




Lien : Louis wacrenier. Derniers poèmes d'amour (1)




... 
Repost0
3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 13:50



     Louis Wacrenier n'écrira plus de poèmes.
     Dans la maison de retraite où il vivait jusqu'à son transfert, le 2 novembre dans un service fermé, il a écrit de nombreux textes : prières, chansons, poèmes d'amour.
     Les derniers sont datés de 2008. Beaucoup sont inspirés par la femme qu'il a aimée et qui aujourd'hui, murée dans sa douleur, pleure de ses yeux aveugles.





                                         Tristesse


Si c'est toi quelque jour qui dois fermer mes yeux
Donne-leur un baiser qui soit un long adieu
Car ils auront encor tout l'amour passionné
Que j'ai toujours voulu malgré moi te donner

Que se penche vers eux ton tendre et beau visage
Pour qu'il cisèle en moi sa lumineuse image
Qui rendrait rayonnant le plus froid des tombeaux
Et que tes douces mains, en sublime cadeau

Caressent mon vieux coeur une dernière fois
comme un frisson laissé par nos anciens émois,
Et qu'après je m'en aille avec toi dans ce coeur

qui brûlerait alors d'une flamme si forte
Qu'au jardin où j'irais parmi les feuilles mortes
Autour de moi les morts en sentiraient l'ardeur.








Lien : Louis Wacrenier un poète à Montmartre

 
Repost0
2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 07:30



      Violence de ce dimanche de Toussaint.
      Nous nous retrouvons dans le studio de mon père pour le vider et pour ramasser les quelques affaires qui le suivront dans sa nouvelle résidence fermée, là où il ne pourra plus franchir les portes vers la ville des vivants.

      Les livres rescapés, les livres qu'il n'ouvre plus depuis des années, nous les mettons dans un sac poubelle. Tous les objets d'un quotidien si banal qu'il lui faut disparaître pour que se révèle sa fragilité qui est l'autre nom du bonheur. Les couverts, les verres, les assiettes...

     Je récupère les photos. Une collection de sourires. C'est drôle comme on sourit sur les photos. Comme pour affirmer à l'objectif que tout va bien et qu'il  n'y a pas de raison que cela change.
     Il y a ses parents,ses enfants, sa femme, ses amis, ses petits enfants.        Il y a des morts, de nombreux morts.
     Dans le ciel gris de Sceaux, on voit voler les feuilles jaunes des grands arbres. 
    Sur une photo, mon père, ma mère, mon petit frère ne sourient pas. Une seule. Ils sont devant une tombe, un jour de Toussaint. Ils ont la tête baissée. Devant eux, sous la pierre, loin de leurs baisers et de leur chaleur, ma petite soeur Marianne repose, comme on dit.

    Les sacs poubelles s'entassent. Nous les descendons au sous-sol. Ma soeur marque avec un fer les vêtements qu'il portera à Massy. Comme on marque le linge des enfants qui partent en colo. Il ne doit pas se perdre le linge. Il doit avoir de la mémoire, lui.

   Je ramasse dans de vieux dossier, les écrits de mon père. Je découvre qu'il a beaucoup écrit depuis qu'il est à Sceaux. Et savez-vous ce qu'il a écrit, alors qu'il s'était déjà dépouillé de presque tout?
   Il a écrit des poèmes d'amour. Aucune lamentation, aucune plainte, aucune amertume. Des poèmes d'amour. Poèmes pour les résidents malades, pour ceux qui perdaient la vue, poèmes pour les handicapés, pour les mourants, poèmes pour ses petits enfants...

    Et puis, il a écrit sa dernière aventure.
   Je lis comme on pénètre sur un territoire sacré, comme on passe derrière l'iconostase, je lis des lettres et des poèmes pour cette femme qu'il a aimée pendant 10 ans.

Dans ses papiers, il n'y a que ça, de l'amour.

   Quand ils sont repassés par la cave où les sacs poubelles avaient été déposés, mes frères ont vu qu'ils avaient été éventrés et fouillés.




Lien : Alzheimer.Poème. Dans la maison de retraite.



...

 
Repost0
15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 14:35


     Ne plus parler de toi, comme je me l'étais promis, je n'en suis pas capable.

    J'ai besoin de parler de toi. 

    Je tairai la déchéance physique, cette dépossession qui est nudité et secret

    La semaine dernière quand je t'ai revu après les vacances, Mauricette m'a accueilli avec des reproches:
"Il ne faudrait pas vieillir pour ne pas être ainsi abandonné de ses enfants... Aucune nouvelle de vous ni des autres, pas de coup de téléphone, on n'a plus qu'à mourir dans notre coin...
- Mauricette, vous me cassez les couilles."
 
    Oui, je l'ai dit, pour m'en repentir aussitôt.
    J'ai retenu sur ma langue la réalité de sa propre famille : un fils unique qui ne vient la voir, dans le meilleur des cas qu'une fois par mois.
    Non, je n'avais pas envie de parler, de lui parler.
    C'est mon père que je regardais, lui qui ne me reconnaissait pas et qui souriait humblement, comme pour s'excuser. Comme pour excuser ma grossièreté.



   Aujourd'hui, quand je suis entré dans le studio, il s'est tourné vers moi un instant, puis il s'est enfoncé dans son fauteuil, sans un mot. Aucun éclat dans ses yeux.

 Je l'ai embrassé. il s'est laissé faire. "Dad, veux-tu que je te rase, tu es un vrai hérisson!
-Encore!
-Bon d'accord, si tu veux, je ne te rase pas. Tu en as sans doute assez de tous ces gens qui veulent te couper les poils!

  Mauricette intervient : " Mais si! Il faut le raser. Il y a la messe ce soir à la Résidence et puis moi je n'aime pas l'embrasser quand il est comme ça. C'est humide et piquant. "

Je le rase donc, aussi doucement que je le peux. C'est difficile et j'ai du mal à ne pas trembler.Ensuite j'ouvre la bouteille de champagne. C'est le rituel. je tiens à boire avec lui: "leheim"! comme disent les Juifs, "A la vie!

"Je viens d'avoir 90 ans, me dit Mauricette.
-Alors nous buvons aussi à votre vie!
-Oui! Quelle vie!
-Allons! à vos quatre vingt dix printemps!
- A mes quatre vingt dix hivers!




   Pendant le repas, aucun dialogue avec mon père. Il reste sur sa planète. 

  A un moment la main de Mauricette et la main de mon père se rejoignent 

  Je me sens intrus.
  Intrus aussi dans ma démarche de chercher pour mon père une autre résidence où il serait mieux soigné.
  Et si ce lien, ce dernier lien, ce dernier amour, était ce qui lui permettait de respirer encore...

  A la fin du repas, il me regarde longuement.

  Lui qui n'a pas prononcé un mot depuis une heure, il me dit : "Ah! Christian!"

  Il se rappelle mon nom, il m'appelle... 

  Mauricette intervient une dernière fois : "Vous savez, il se perd de plus en plus!"

  Et moi, je m'entends répondre : "Plus il se perd et plus Dieu le trouve."


....


Lien :
Visite. Mon père. 90 ans... Alzheimer.


 

Repost0
22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 06:30





      C'est décidé, je ne parlerai plus de lui sur ce blog. C'est la dernière fois que je le fais.

       Il va avoir 90 ans et il est plus vulnérable, plus démuni qu'un enfant qui sait à peine marcher.




         Je suis allé le voir avec sa femme, ma mère, et avec Nicole.
Il n'a pas reconnu sa femme qui lui a demandé qui elle était. Il a répondu qu'elle était belle. Elle lui a dit qu'il avait l'habitude de l'appeler Nichou. Il a dit que c'était un nom bizarre.
        Il ne m'a pas reconnu. Il ne sait le nom d'aucun de ses enfants, d'aucun de ses petits enfants. Il a oublié qu'un de ses fils et une de ses filles étaient morts.
Il a oublié toutes les catastrophes de sa vie.
Il ne réagit encore que lorsqu'on évoque son père et sa mère. Ils sont les derniers guetteurs aux créneaux de sa mémoire.



     Je l'ai aidé à se déshabiller. Son pantalon était à l'envers. Il portait sur une chemisette, deux sous-vêtements et une veste alors qu'il faisait plus de 30°.
    Je l'ai rasé. Il est resté dans son fauteuil. Il s'est laissé faire en fermant les yeux. Il s'est endormi.
Non ce n'est pas une toilette funéraire que je faisais.
J'avais l'impression de le caresser, de le bercer.
Il était aussi démuni qu'un bébé.
Aussi fragile.



    Son amie M. était restée dans son studio. J'ai été un peu brutal. Je lui ai dit que nous voulions être un instant seuls avec lui. Elle a très mal réagi. Elle lui a dit: Si tu pars, je ne te verrai plus.
   Je l'ai aidé à se lever. il semblait effrayé. Il ne savait que faire. Il ne comprenait rien.
   Ma mère voulait le voir quelques instants sans sa nouvelle amie. Elle avait besoin de cette rencontre. Elle s'est assise à côté de lui. Elle lui a pris la main. Elle lui a donné une carte de Saint-Louis qu'elle avait achetée à Aigues-Mortes pour sa fête et son anniversaire qui tombent presque le même jour. Elle a écrit quelques mots simples qu'elle lui a lus. Il a fait un seul commentaire : Saint-Louis était un homme bien! 





     Nous avons bu le champagne. Il a dit que c'était froid. Nous sommes allés manger. M. nous a rejoints. Elle a fait peser un silence ostentatoire sur notre petite assemblée. Elle n'a pas ouvert la bouche. Ma mère en était satisfaite.



      Un seul moment mon père s'est animé quand j'ai parlé de Paul, son père. Un éclat fugitif, quelques mots bredouillés puis rien...

    Nous sommes remontés dans son studio. Il s'est endormi dans son fauteuil pendant que je faisais le ménage. Nous n'avons pas voulu le réveiller. J'ai baissé le store métallique car les baies vitrées laissaient passer un soleil brûlant. Il s'est retrouvé dans la pénombre. La tête renversée, il ronflait.

Nous sommes sortis. Nous avons embrassé M. dans son studio.
C'est tout.

Je ne parlerai plus de toi mon père. Ce que tu vis maintenant appartient au silence et au sacré.
Tu vis derrière l'iconostase.
Les rideaux sont tirés.
Ce que tu ressens, ce qui bouge dans ta mémoire nocturne, toutes ces ombres... tout cela t'appartient.
Dépossédé de toi, qui es-tu aujourd'hui?
Que reste-t-il quand il ne reste rien?
Est-ce le frémissement d'une présence que certains appellent Dieu?
Est-ce le froissement d'un ciel qui se déchire?
Est-ce le ricanement de la mort qui joue avec sa proie?
Est-ce la simple marche de la maladie, pas à pas, vers la dernière respiration, vers le cadavre et le néant?



Je te ramasse, je te rassemble
Je te lave et te parfume
Je te mets debout
Je te dis que je t'aime
Tu me souris et tu t'éloignes, bien droit, superbe
Tu t'éloignes
Tu marches sur la mer  
Tu disparais dans le scintillement du soleil. 





Adieu mon père
Adieu
A bientôt








...Lien : Alzheimer. Un poème. (2)  

Repost0
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 08:10



     Elle a passé un mois à Montpellier chez Sylvie. Elle a aimé le jardin, la douceur du temps, les échappées jusqu'à la mer, la visite d'Aigues-Mortes.
     Elle a le cafard d'être enfermée dans son appartement. Elle a souvent le cafard. Elle est née avec le cafard.
     Elle porte une robe d'été, légère, un peu délavée. La robe je la connais. Il y a bien des années, elle la portait déjà dans sa maison d'Oléron. Elle la portait sous le grand figuier. Je la revois, installée sur un banc. La cigarette toujours allumée. "Maman, je suis sûr que tu fumeras encore dans ton cercueil! Il y aura une petite fumée qui en sortira dans l'église!"



     Elle a retrouvé sa Minouche qui était en villégiature chez Vincent. Au Club Med, comme il dit. C'est vrai qu'elle s'en est donné à coeur joie dans le grand jardin de cette maison de banlieue où elle était chez elle, acceptée par Lola, la chatte propriétaire.

 

     Maintenant c'est Lola qui est invitée chez Minouche. Une chatte en or, Lola. Recueillie par Vincent, sa femme et ses enfants, aimée de tous et heureuse de vivre. Elle supporte mal l'absence de sa famille en vacances. Elle mangeote, toussote, miaulote...
     En entendant ma voix, elle est venue en ronronnant se frotter à moi. Sans doute a-t-elle eu l'illusion d'entendre son Vincent. Elle a eu la politesse de ne pas trop me montrer sa déception.

 

    Elle vieillit, comme nous, Lola.
    Un de ses yeux s'opacifie et commence à laisser entrer la nuit.

 

     Voilà un bisou partagé... tandis que ma mère me fait quelques reproches. Moins nombreux que d'habitude, je dois le reconnaître : "Je croyais que tu serais plus démonstratif, que tu me montrerais que tu étais content de me revoir!" 

    Oui, elle a raison. Je ne suis pas démonstratif avec elle. Question d'enfance... de manque de gestes de tendresse... C'est ainsi. Difficile de se refaire.

    Mais ce fut un moment plus paisible que d'habitude avec seulement deux ou trois allusions à mon manque d'esprit filial.



   Combien d'étés encore? Pour nous et pour nos chats? Combien d'occasions de se frotter le museau comme les deux chattes? Combien de tristesses et de regrets à venir?

 Et au bout du compte, pour nous tous
hommes et animaux mêlés
pour ceux qui furent heureux ou malheureux
le même apaisement
le même Nirvana
le même oubli qui n'aura pas de nom.





Lien :  Poème. Ma mère (3) Anniversaire.


... 
Repost0
17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 23:00



Laisse-toi aller. Tu peux crier si tu le veux. Il n'y a personne dans la rue. Tu peux marcher
vite, courir vers la gare. Tu as vu ton père et tu t'enfuis. Tu rentres à Montmartre, dans le ciel, les arbres et la lumière.

Descente lente du corps malade vers la paralysie et vers la nuit. Une étape est franchie. Aujourd'hui, 18 juin, je sais que le pire n'en finit pas de se creuser. On n'est jamais au fond. Le fond, c'est le trou dans la terre.

Quand je suis arrivé dans le studio, l'odeur m'a fait reculer. Non plus l'odeur de pissotière mais celle des feuillées militaires. Pour la première fois. J'ai nettoyé la salle de bains. Des linges, des mouchoirs souillés. Des taches sur le lavabo et sur le sol. Comme il a dû souffrir de cette débâcle! Il a tenté d'en effacer les traces. Il a les yeux humides.

Je veux le raser. Une barbe de plusieurs jours. Rien à faire. Il y a sept rasoirs sans lame. Je ne parviens pas à trouver la bonne lame pour le bon rasoir. je téléphone à mon petit frère qui chaque dimanche joue les barbiers. Il se moque gentiment de moi. Mais non, je n'arrive pas à trouver l'astuce. Je prends un vieux rasoir. La lame glisse. Ne t'en fais pas, me dit-il, avec toi, c'est bien. C'est fait avec amour. Mais les autres, ceux qui viennent me violer, je ne peux plus accepter. Il faut que je parte d'ici. Le plus vite possible.
- Oui papa, bientôt tu viendras à Montmartre.

Comme il m'est difficile de nettoyer mon père. Je me rappelle Michel, malade du SIDA. Ce n'était pas facile mais j'y arrivais. Mon père, c'est autre chose. C'est violent et sacrilège.



Le repas. Aujourd'hui est jour de fête, peut-être en l'honneur de l'appel du 18 juin ou d'un de mes frères dont c'est l'anniversaire? Papa, c'est l'anniversaire de Bruno aujourd'hui.
-C'est bien. Il est trop jeune pour avoir des enfants.
- Il a 61 ans papa!
- Ah bon! Moi j'ai 54 ans.
Un buffet a été installé sous la verrière. Un buffet genre grand restaurant. Les pensionnaires trottinent vers lui. Ils se feront remplir des assiettes impressionnantes dans lesquelles se mêleront saumon, gigot, jambon, crevettes, bulots... Ils doivent d'abord laisser passer devant eux le directeur et ses secrétaires qui semblent n'avoir pas mangé depuis dix jours.



Mon père mange. Il apprécie. Il saisit les morceaux avec les doigts. Il met dans sa poche plusieurs petits pains de la corbeille. C'est pour les oiseaux papa?
- Non, le pain est sacré. Il ne faut pas jeter le pain. 
Me reviennent en mémoire les repas de famille. Ma grand mère mettait le soir, dans notre serviette de table, le bout de pain que nous n'avions pas mangé à midi.

Il mâche avec application. Il parle peu. Il est ailleurs. 


                                        

Je le raccompagne dans sa chambre. Je reste près de lui. Longtemps. Je lui tiens la main. Il s'endort. Je me lève pour partir. Il se réveille. Il m'attire à lui et m'embrasse. Il s'accroche à moi comme quelqu'un qui se noie. 



Je pars. Dans le jardin, je vois les roses qu'il a tant aimées. Il avait planté plus de vingt rosiers dans son jardin. Elles lui rappelaient son père, le cercle poétique des Rosati dont il fut président.
Les roses meurent et renaissent. Elles sont moins éphémères que les hommes.
Je marche vite sous les arbres du parc. La nature est belle et indifférente. Les enfants tournent sur des manèges. La terre tourne avec ses fleurs, ses enfants, ses mourants.

 Qu'elle ne se fasse pas trop d'illusion la Terre. Elle aussi, elle file un mauvais coton. Ce n'est qu'une question de temps, une question d'échelle. Une vie d'homme, une vie de planète.... au bout du compte, même fin.




Lien : Visite à mon père. alzheimer. 2juin.

...



 
Repost0
17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 17:35
Je viens de voir Elisabeth. Elle a été transportée lundi dernier à Jeanne Garnier, maison de soins palliatifs, avenue Emile Zola, à Paris. A l'entrée, une plaque rappelle que Jean-Marie Lustiger a posé la première pierre de cette institution en 1994. Aucune plaque n'indique qu'il y est mort il y a moins de deux ans.
Quand on entre dans le bâtiment, tout est paisible et clair. Le plafond est un ciel bleu avec quelques nuages, les fenêtres donnent sur un jardin de fleurs. Dans les chambres, des femmes, des hommes, des enfants attendent. Ils ont un sursis de trois semaines en moyenne avant de devenir cadavres.


 
Je l'ai rencontrée il y a plus de dix ans. Elle était assise dans un escalier de la station de métro Strasbourg-Saint-Denis. On voyait d'abord son chat. Un imposant chat blanc, bien droit, posé devant une petite corbeille dans laquelle les gens pressés laissaient parfois tomber une pièce de monnaie. J'ai vu le chat et j'ai croisé le regard d'Elisabeth. Alors a commencé une amitié que la mort seule interrompra.

 
Comme je milite (enfin, c'est un grand mot) disons que je fais partie d'une association qui essaye d'apporter un peu d'aide à ceux qui le désirent, je lui ai parlé, j'ai parlé à son chat, Toto. Nous avons réussi à lui redonner une identité perdue car elle n'avait plus un seul papier et vivotait grâce à la mendicité dans des hôtels sordides, propriétés de tenanciers aussi sordides. Nous avons réussi à lui trouver un petit appartement rue oberkampf. Mais ce que nous avons fait n'est rien par rapport à ce qu'elle nous a donné. Son goût de vivre, sa gentillesse, son regard toujours généreux porté sur les autres. Une sacrée leçon de vie! quand elle touchait ses aides sociales, il fallait veiller à ce qu'elle ne les distribue pas le premier jour à "plus pauvre qu'elle".



Elle avait un compagnon de galère venu du Cameroun. Un soir d'ivresse, il s'est battu sur le quai de la station et il est tombé au moment où arrivait la rame. Il est mort sur le coup. Elle avait des parents qu'elle aimait plus qu'elle. Un soir, alors qu'elle vivait encore chez eux, on est venu la prévenir qu'ils avaient eu un accident et qu'ils avaient brûlé dans leur voiture.
Tous ces malheurs... Elisabeth ne se plaignait jamais. Elle parlait aux animaux, elle nourrissait les oiseaux, elle distribuait son argent aux mendiants du Richard-lenoir. Peut-être pour évacuer ses angoisses fumait-elle sans mesure. Le cancer s'est accroché à ses poumons. elle ne peut plus manger. Elle est en soins palliatifs.
Je l'ai vue aujourd'hui. Elle ne pèse presque plus rien. Une enfant, une plume, un chat. Les anges n'auront pas à se fatiguer pour la transporter et pour la poser doucement près de ses parents retrouvés, de son compagnon relevé et des animaux sans malice qui lui ressemblent.
 

Lien : Poème pour un enfant malade.

Lien : Poème pour Elisabeth (cancer)  

....

.. 
Repost0
9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 15:19


La vie a passé sur le jeune-homme qu'il était le jour de son mariage, quand il dessine ses dernières lithographies pour illustrer "LE MYTHOMANE" de Pascal de Blignières. Ou bien en est-il plus proche que ja
mais? Avec la même gravité, le même amour. Les deux étant inséparables.



"LE MYTHOMANE" est une histoire de maladie et de mort. Les corps y sont souffrants et dégradés. Mais l'hôpital, en pleine nature, est traversé de lumières et de chants d'oiseaux.
Le malade dans son lit pense à la liberté de l'oiseau : "Voilà en tout cas une interrogation à laquelle peut mener une grande fatigue maladive, savoir : Faut-il regretter de ne pas être un oiseau?"



"La tranquillité fragile d'un héron me fascine..."



Pour illustrer un moment plus léger du texte, un poème de fuite et de vent, Jean-Loup se souvient de Lascaux. Il y a dans son trait une vivacité un peu brouillonne, comme la course éperdue des biches qui ne savent dans quelle direction fuir.
Je me rappelle cette année-là. Sa main est moins sûre mais il la pose sur le papier et ne la détache
 qu'une fois le croquis achevé.
Ses dessins sont faits d'un seul trait qui ne reprend pas son souffle. Ils sont un cri continu. Une course sans relais qui ne cesse que lorsque le coureur s'écroule.



"Le mythomane est mort cet après-midi..." Le dernier dessin de Jean-loup illustre le poème ultime :

Un oiseau de nuit
Serre-t-il dans ses plumes
Un moignon d'idée
Nommée autrefois
"Regrets éternels"?

Minuit.
L'automne est vieux
D'un mois
Pénombre.

Oiseau, porte léger sur tes rémiges
L'on ne sait quoi
Qui fait les âmes,
Dans le vol silencieux
Où tu dois aller.




Jean-Loup est mort avant que ne soient éditées ses lithos.

Son dernier dessin: il y a tant de tourmente et tant d'élan dans cet envol... Un oeil qui semble pleurer de laisser ceux qu'il aime... un battement d'aile qui est dispersion vers la lumière. 

Lien :
Jean Loup Wacrenier. Huile. "Les passants"

(LE MYTHOMANE, de Pascal de Blignières avec onze lithographies de Jean-Loup Wacrenier. Editions Champfleury. Paris)

 
Repost0
9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 14:08


Sur ce montage, Jean-Loup est penché sur le maçon qu'il fait naître et le maçon semble s'approcher avec délicatesse et prudence de cette main qui le crée.
Pourquoi Jean-Loup a-t-il été à ce point fasciné par le monde des travailleurs? Quelle fraternité rêvait-il? Imaginait-il que l'artiste faisait partie de la grande famille du monde ouvrier? Se revendiquait-il simple artisan du quotidien? A-t-il fait semblant d'ignorer que le maçon élève un mur dont il n'a pas fait le plan, alors que l'artiste détruit les murs pour y ouvrir des portes dont il est le seul architecte?
Je crois qu'il était avant tout romantique et passionné. Il rêvait le monde. Il était du côté de ceux qu'on exploite et qui n'ont pour survivre que le strict minimum. Il avait la tête dans les grandes révoltes prolétaires et les pieds sur la panse des bourgeois. Dans sa tête et dans son coeur claquaient les drapeaux rouges et les drapeaux noirs. Les couleurs de la vie et de la mort.


 
Ses ouvriers sont massifs, comme emmurés en eux-mêmes. Ils n'ont pas de visages. Ils sont leur geste. Ces simples dessins révèlent un grand dessinateur, capable en quelques traits de donner à voir et à sentir la force et la solitude.



Sur ce petit tableau, il a représenté des "passants". Un fond terreux, une palissade de chantier et trois hommes qui semblent faits de glaise. Ceux de gauche paraissent imbriqués l'un dans l'autre, comme les pièces d'un puzzle. Celui de droite, plus léger, s'est détaché et "passe", déjà courbé et fatigué. Pas de regard, pas une attention pour celui qui les observe et les peint. Je ne sais pas quelle tristesse et quelle résignation sont les plus profondes. Celles des passants ou celles du passeur?


Lien : Jean-Loup Wacrenier. Dernières lithos.

Je lance un appel à ceux qui me liraient et posséderaient une toile ou plusieurs de Jean-Loup, de me contacter sur le blog ou de m'envoyer des photos. Le temps est venu de rassembler une oeuvre qui a été trop longtemps méconnue et de lui rendre un hommage mérité.
Mon adresse : chris.wac@orange.fr

Lien :
Jean Loup Wacrenier. Le crucifié.




 
Repost0

Présentation

  • : Montmartre secret
  • Montmartre secret
  • : Pour les Amoureux de Montmartre, des Chats.de l'île d'Oléron, des Voyages. Les Amis Inconnus et les Poètes...
  • Contact

Recherche