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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 17:04


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Cette enfant du Nord jouant pour un jour les geishas s'est transformée au gré, bon ou mauvais, du temps qui fuit en une octogénaire réfugiée dans sa maison sous les pins de l'île d'Oléron. Mais son regard étonné et mélancolique est resté le même, fidèle
  à ces années baignées de poésie, à son père lui-même poète et qui ne savait pas que la fillette cachée derrière une porte ne perdait pas un mot de ces soirées où il réunissait des amis pour écouter des vers.
   Elle n'a cessé d'écrire, récoltant comme par mégarde de nombreux prix et habillant les mots de ses peines et de ses joies.



    HERITAGE

Je n'avais que douze ans quand j'ai perdu mon père.
Il était tout pour moi. Ce fut un drame affreux.
Nous habitions Arras et nous étions en guerre
J'ai vu notre maison détruite par le feu

Nous avions tout perdu et, même la vaillance
Ne pouvait nous aider à supporter la peur.
Nous étions occupés, inquiets pour la France
Sous les bombardements et frappés de stupeur.

Ma mémoire a gardé mes souvenirs d'enfance
Cachés profondément, impalpable trésor.
Mon père était poète et maître en éloquence;
Ses vers m'ensorcelaient, rutilants comme l'or.

Dans le salon feutré, attentive à l'extême,
J'écoutais ses amis déclamer leur poème.
J'étais émerveillée, en rêvant qu'à mon tour
Je pourrais égaler leur talent un beau jour.

Avant de refermer le livre de sa vie,
Mon père m'a légué le don de poésie.
Je rassemblais les mots dispersés dans ma tête
Et ce fut par amour que je devins poète.




    



     Par amour certes... et pour l'amour... Chacun sur cette terre où il est passager recherche l'impossible amour, l'être unique qui se donne et accueille. Cette fille du Nord, belle et solaire va donc naviguer d'étoile en étoile, de coup de foudre en désillusion.
 


EQUIVOQUE

Tu es ma joie, tu es ma peine,
Mon ciel d'été ou mon enfer
Tu es mon Dieu, mon Lucifer,
Tu es l'amour, tu es la haine.

Tu es l'éternelle rengaine
Dont les mots rentrent dans ma chair
Tu es ma joie, tu es ma peine,
Mon ciel d'été ou mon enfer.

Tu es mon espérance vaine,
Le labyrinthe où je me perds,
Une traversée du désert,
Sans même la moindre fontaine,
Tu es ma joie, tu es ma peine
.


DESIR

Je te veux je te veux je te veux
Toi et ta bouche en feu
Toi et tes mains qui glissent
Le long de mon corps
Comme un ancien remords
Je te veux avec les cheveux
Sur les yeux


MALENTENDU

Je ne serai pas le miroir
Où se reflète ton visage.
Je ne suis pas la vierge sage
A enfermer dans un manoir.

Je ne suis pas le reposoir
Où tu m'adores, frêle idole.
Je suis plutôt la vierge folle
Que tu revêts de ton espoir.

Je ne peux que te décevoir,
Pauvre Pierrot sans Colombine.
Moi je ne suis qu'une Arlequine,
Un oiseau libre, sans perchoir.

Il faut que je garde mes ailes,
Je ne veux pas de bague au doigt.
Qu'importe si parfois j'ai froid :
Le Ciel et l'Océan m'appellent.



















Dans une société française encore conformiste et hypocrite, elle ose affirmer son désir profond de liberté. Sa sensibilité la pousse vers la nature menacée et vers les animaux muets que l'hégémonie des hommes méprise et exploite .

POLLUTION

Que sonne mon heure dernière
Quand les fleurs ne pousseront plus
Quand les oiseaux ne seront plus,
C'est ma plus instante prière.

Quand les berges de la rivière
Disparaîtront sous les rebuts,
Que sonne mon heure dernière,
Quand les fleurs ne pousseront plus.

A l'orée de la clairière,
La biche et le cerf éperdus
Bondissent dans les détritus,
Le bois n'est plus qu'un cimetière,
Que sonne mon heure dernière.



















     Elle découvre la joie et la difficulté d'être mère. Connaissez-vous beaucoup d'enfants qui ne reprocheront pas à leur mère des manques, des égoïsmes et des blessures ? Mais il est des sourires qui ne trompent pas.

NE SOIS PAS UN MOUTON

Ne sois pas un mouton, surtout mon petit homme,
Ta laine, sur ton dos, on te l'enlèvera,
Ne sois pas un mouton, surtout, ne sois pas comme
Moi qui t'ai mis au monde un soir de Mardi-Gras.

J'en demande pardon, à toi, mon petit homme.
Le renard m'a trompée. Mon chemin était droit.
Il m'a dit qu'il m'aimait et j'ai croqué la pomme;
Quand tu me fus donné, je n'ai pas su pourquoi.

Il m'a dit qu'il m'aimait, qu'il avait un royaume
Dont je serais la reine, avec la bague au doigt.
Il m'a dit que l'amour y serait toujours roi.
Je suis seule aujourd'hui, je n'ai pas de royaume

Et je n'ai jamais eu de bagues à mes doigts.
Ne sois pas un mouton, surtout, mon petit homme,
Ne sois pas un mouton, ne sois pas comme moi.



    Elle peut être rassurée et soucieuse à la fois car son fils n'est certes pas devenu un mouton bêlant. Il voyage sur cette terre avec sa guitare et ses chansons. Il joue avec les mots dans l'espoir de trouver la formule magique qui ouvre les coeurs et rend la vie lumineuse.







       









 Parmi les rencontres qui ont compté dans sa vie, celle de Maurice Fombeure avec qui elle est ici photographiée chez Lipp nest pas des moindres. Avec ce poète solide et fantaisiste, elle aime partager sa fragilité et son inquiétude. Son influence légère se fera sentir parfois dans ses poèmes.

A BAYONNE

A Bayonne
Je ronronne
Comme un chat
Gros et gras.
Mon amie
Est ravie
De ma joie
Sous son toit.
Sa cuisine
Est divine.
Je jubile
Volubie
Et la pluie
Se replie...
Le bonheur
Baladeur
Nous revient
Magicien.
L'amitié
Retrouvée
Resplendit
Sans répit.
A Bayonne
Je rayonne.



















  Toujours jeune d'esprit et de coeur, elle vit aujourd'hui en insulaire dans une Charente Maritime qui comme il se doit apprécie plus les charentaises que les semelles de vent... 

Mais il reste des oreilles pour entendre et des coeurs pour comprendre...

L'AMI

Quand je rentre le soir dans ma vieille chaumière,
Il est là, il m'attend, heureux de mon retour.
Son intense regard appelle mon amour
Et dans mon coeur ému resplendit la lumière.

Je m'assois près de lui, coutume journalière,
Et lui dis à mi-voix que je l'aime toujours.
Son soupir me répond, approuvant mon discours,
Car pour lui je suis tout, jusqu'à l'heure dernière.

Il ne va pas rejoindre au bistrot les copains;
Il ne boit que de l'eau, sobre, soir et matin.
Il ne cavale pas après quelque donzelle.

Il est vraiment gentil : il n'est jamais grognon.
Je peux compter sur lui, assidûment fidèle,
C'est mon chien, mon ami, il est mon compagnon.










































































 

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Published by chriswac - dans WACRENIER
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commentaires

christian 09/03/2016 08:40

Bonjour Clairette
Aline est ma tante. J'ai trois sœurs dont deux sont toujours là dieu merci et la plus jeune est morte dans une nuit de Noël d'une crise d'asthme. Ma tante est morte il y a bientôt deux ans. Elle me manque. Son petit chien est toujours là, recueilli par un ami. Quand je suis à Oléron, je vais le voir. Je sens qu'il a gardé dans son poil et dans son regard tout l'amour de sa maîtresse. Je t'envoie des pensées chaudes et amicales avant de m'éclipser sous les Tropiques!

claire 08/03/2016 19:25

J'ai lu tout les poèmes de ta chère sœur. Quel talent! Un être lumineux - " Ne soit pas un mouton" m'a vraiment touché... Le renard l'a trahie ... j'ai passé une partie de ce jour... dans ta vie cher Christian... moi curieuse ??? Bise

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