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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 06:30

 

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Sous les frondaisons du cimetière, les yeux de marbre blanc fermés par la rêverie de la mort, le buste du poète Henry Heine (1799-1858) nous fait lever la tête...

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      Il n'aurait pas aimé qu'on érigeât sur sa tombe un tel monument. Il ne voulait qu'une pierre et une inscription : "Ici repose un poète allemand".

Et pendant des années sa volonté fut respectée. 

 Mais en 1901, ses admirateurs ont voulu lui rendre hommage et ont fait élever ce monument dont la sculpture est due à Ludwig Hasselriis.

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La femme du poète, Augustine Crescence Mirat qu'il rebaptisa Mathilde n'a pour seule identité que d'être "Frau Heine"!  Madame Heine!

Ainsi en est-il des femmes des grands hommes... On ne les connaît que par leur mari, et encore! Les hommes des femmes célèbres, connaissent je l'espère, le même sort....

Les dernières années de Heine furent une longue agonie. Il était persuadé d'avoir la syphilis alors que plus vraisemblablement il souffrait d'une myopathie dont il subit les premières attaques paralysantes 13 ans avant sa mort.

Pendant ces dernières années, il changea plusieurs fois d'appartement, quittant Montmartre pour Passy puis pour la rue d'Amsterdam où il souffrit du manque de lumière, plus de six ans. Il se réfugia enfin rue de Matignon où il pouvait voir quelques arbres. Ces arbres qui aujourd'hui lui font une voûte de leur feuillage...

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                                                   Tombe de Théophile Gautier

Il restait des journées entières dans son fauteuil, incapable de bouger et devint si maigre que son ami qui repose à quelques mètres de là, Théophile Gautier, dit de lui qu'il était "une âme vivant sans corps".

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Un poème est gravé sur le marbre :

"Où se trouvera un jour la dernière demeure du voyageur épuisé par les errances, sous les palmiers du sud, sous les tilleuls du bord du Rhin?                                                                                                           

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Serai-je jeté en terre sans égards par des mains étrangères ou reposerai-je dans les sables, au bord de l'océan?

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Où que je me trouve, c'est la voûte du ciel divin qui me couvrira et les lampes funèbres qui me veilleront seront les étoiles dans la nuit."


Les oeuvres du "Juif Heine" furent brûlées par les Nazis en 1933. Le poète, visionnaire, comme le sont tous les vrais poètes, avait écrit en 1820, dans sa pièce Almansor, au sujet des autodafés de Cordoue :

"Das war ein Vorspiel nur, dort wo man Bücher verbrennt, verbrennt man auch um Ende Menschen."

"Ce ne fut qu'un prélude car là où l'on brûle les livres, on finit par brûler les hommes".


A une centaine de mètres de la tombe de Heine, les plaques ne manquent pas qui rappellent l'existence d'hommes et de femmes disparus dans les camps.

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... Et moi je m'éloigne en redisant les vers que j'ai appris à l'école et que je n'ai jamais oubliés : Ich Weiss nicht was soll es bedeuten, Dass ich so traurig bin...    

Je ne sais dire d'où me vient cette tristesse qui m'étreint.....

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Lien :

Cimetière Montmartre. Classement alphabétique. Calvaire et Saint-Vincent.


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commentaires

Kaspar 11/06/2010 14:48



J'aime ce poète de la tristesse et de l'exil. Les rapprochements que vous faites avec ses voisins de cimetière lui auraient plu. Il est en bonne compagnie.



titou 26/05/2010 08:21



J'ai moi aussi appris ce beau poème au lycée. La Lorelei. Je ne l'ai pas oublié non plus...



Frederique 23/05/2010 16:17



Bravo pour ton article sur Heine.


Poète exilé "dont le coeur saigne lorsqu'il entend la langue allemande" , son pème Allemagne, un conte d'hiver est un cri de révolte.



sav 21/05/2010 17:51



je connaissais son nom, tu as éclairé ma lanterne pour le reste



christo 21/05/2010 13:25



J'ai laissé un mot sur sa tombe et j'y ai écrit exactement les vers de la Lorelei que vous citez...



Caroline 21/05/2010 11:01



Je connaissais peu de choses de Heine  mais je connaissais ce très beau vers si mélancolique que vous n'avez jamais oublié. J'ignorais qu'il avait tant souffert. Ce qu'il a écrit sur les
autodafés de Cordoue et qui préfigurent les autodafés de ses propres livres est d'une lucidité terrible. Le poème sur sa tombe est beau. Merci à vous d'écrire de tels articles. Vous devriez les
publier.



timote 21/05/2010 08:50



Je le connais surtout par les lieder de Schubert. Sa mélancolie me touche beaucoup et vous la rendez bien.



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