Mardi 10 mars 2009 2 10 /03 /Mars /2009 10:50

Elle a bu comme on sirote un Bloody Mary
Comme on aspire la moelle dans un os
Comme on gobe les oeufs

Elle a décollé les images et léché les photos des albums
Elle y a mélangé les mots de tes poèmes
Elle t'a regardé dormir sur leur sable noir

Elle a détaché un à un tes enfants
En coupant chaque fil qui les nouait à toi

Elle a tué les morts que tu aimais encore
Le père dont tu sentais la main sur ton épaule
Ce garçon trop chéri dont tu portais la corde

Elle est descendue dans ta mémoire
Pour y déchirer les miroirs

Elle a soufflé la brume sur les plages du Nord
Elle a tenu sous l'eau ton île d'Oléron
Elle a réduit en cendres les beffrois et les places

Elle a mis dans les trains
Les vivants de ta vie
Pour les mener au crématoire

Elle est partie de toi quand tu n'avais plus rien
Plus un sou à laisser plus une pièce d'or
Plus un baiser plus une larme

Et toi tu te réveilles dans la chambre étrangère
Tu poses tes pieds nus sur les dalles glacées
tu vois la porte ouverte et le couloir
Et tu as peur.




Poème. Alzheimer (3). Mon père, mon disparu.



Lien :Louis Wacrenier par Maurice Fombeure


Par chriswac - Publié dans : POEMES. ALZHEIMER PERE - Communauté : poésie en vrille et en vrac
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