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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 16:27
Femme versant de l'eau (Manet 1858)

Femme versant de l'eau (Manet 1858)

    Elle apparaît sur de nombreuses toiles, non pas sous son nom de jeune fille mais sous celui d'épouse, dépossédée de son prénom. Elle est Madame Manet….

Carolus Leenhoff père de Suzanne.

Carolus Leenhoff père de Suzanne.

     Suzanne Leenhoff est née à Delft en 1830. Son père Antonius Leenhoff est un artiste, professeur de musique, carillonneur et organiste à la cathédrale de Zaltbömmel. Dans ce milieu ouvert, elle prend goût à la musique et le piano est son instrument préféré.

Suzanne Manet à son piano. (Manet, 1867)

Suzanne Manet à son piano. (Manet, 1867)

     Quand elle arrive à Paris, elle essaie de gagner sa vie grâce à ce talent reconnu et c'est comme professeur de piano qu'elle entre chez Auguste Manet, le père du peintre, en 1849, pour donner des leçons aux deux fils, Edouard et Eugène.

Portrait d'Auguste et Eugénie Manet (parents d'Edouard). Toile acceptée au salon de 1861.

Portrait d'Auguste et Eugénie Manet (parents d'Edouard). Toile acceptée au salon de 1861.

     Auguste n'est pas insensible aux charmes de Suzanne et ne manque pas de la courtiser.

Trois ans après son arrivée, elle met au monde un garçon qui portera le nom de Léon et qui figurera sur plusieurs toiles du peintre.

Manet. Portrait de Léon.

Manet. Portrait de Léon.

     S'il est vrai qu'Edouard alors qu'il a 20 ans courtise lui aussi Suzanne, il n'en reste pas moins vrai que plane un doute sur le géniteur du garçon. Certains historiens de l'art n'hésitent pas à considérer qu'Auguste est le père de l'enfant.

Madame Manet. Suzanne Leenhoff. Concubine, modèle, épouse.

La nymphe surprise (1859-1861). Suzanne a alors 29 ans.

     Ce qui est sûr, c'est que jamais Edouard ne reconnaîtra cet enfant et qu'il ne se décidera à épouser Suzanne qu'après la mort de son père en 1863.

Les cavaliers espagnols (Manet 1859) Léon en premier plan)

Les cavaliers espagnols (Manet 1859) Léon en premier plan)

     Il n'en assume pas moins son rôle de "parrain" comme l'appelle  Léon et il élève l'enfant comme le sien.

Il le représente sur plusieurs toiles, soit comme sujet principal, soit comme "figurant".

                                       Lenfant à l'épée (1861)  Léon Leenhoff

 

Après l'enfant à l'épée, Léon figure, adolescent, dans Les Bulles de Savon en 1868...

 

Madame Manet. Suzanne Leenhoff. Concubine, modèle, épouse.

Jeune homme pelant une poire (1868)

Nous le voyons également dans "Les Cavaliers Espagnols" où il figure en premier plan :

 

 

Madame Manet. Suzanne Leenhoff. Concubine, modèle, épouse.

Nous le voyons encore, à l'écart, occupé à taquiner le goujon dans la toile de 1863, "La pèche".

 

Madame Manet. Suzanne Leenhoff. Concubine, modèle, épouse.

     Cinq ans plus tard, il est présent dans la lecture, Suzanne étant le sujet principal, son fils apparaissant en arrière plan avec, à la main, le livre qu'il lit pour elle. Toile qui peut prêter à une interprétation psychologique sur cette relation entre la mère dans la lumière et le fils en partie mangé par l'ombre.

 

Le déjeuner dans l'atelier date de la même année.

 

Léon est au premier plan dans la toile peinte à Boulogne sur mer où la famille passait l'été. Le fameux chat noir d'Olympia est sur le fauteuil, à gauche, à côté d'accessoires de théâtre.

Madame Manet. Suzanne Leenhoff. Concubine, modèle, épouse.

     On le retrouve dans une toile peinte en 1871, "Intérieur à Arcachon" où il tient de nouveau compagnie à sa mère vers laquelle il est tourné alors qu'elle a devant elle la fenêtre ouverte et la vue sur le bassin.

La présence fréquente de Léon  est comme une reconnaissance sinon de paternité, du moins d'affection et d'attachement. 

                                                              Léon Leenhoff

Madame Manet. Suzanne Leenhoff. Concubine, modèle, épouse.

     Après son mariage avec Manet, Suzanne qui connaît son homme et son goût pour les rencontres féminines, fait preuve d'une grande tolérance.

Elle-même si réservée et si "sage" se permet une aventure en 1875 avec Jules Armand Hanriot.

La nymphe endormei (Hanriot)

La nymphe endormei (Hanriot)

     Il s'agit d'un jeune peintre sans le sou, de 24 ans plus jeune, qui a été accueilli par Manet sous le toit familial.

Bien sûr le mari si volage et si satisfait de "posséder" une femme aimante et paisible est  furieux quand il surprend sa liaison avec le jeune ingrat!

Nu dans la clairière (Hanriot)

Nu dans la clairière (Hanriot)

     Il menace de le faire passer de vie à trépas malgré les supplications de sa femme. Le salut étant dans la fuite, Hanriot prend ses jambes à son cou et disparaît… On le retrouve à Arcachon et en divers endroits où il continue de peindre des femmes nues comme il les aime et à s'aventurer dans des illustrations pour livres érotiques.

Madame Manet. Suzanne Leenhoff. Concubine, modèle, épouse.

Portrait de Mme Manet (1876)

   Manet continue cependant de prendre sa femme pour modèle. Après ce "drame" digne d'un vaudeville comme il s'en donnait avec succès sur les boulevards, il produit plusieurs toiles où figure sa femme : Mme Manet en 1876, Madame Manet dans la serre en 1879, Madame Manet dans le jardin de Bellevue en 1880.

                                                              

                                                  

Madame Manet dans la serre (1879)

Madame Manet dans la serre (1879)

Madame Manet dans la serre (1879)

Dans ce tableau, Manet représente sa femme venue assister à son travail. Il la fait poser à l'endroit même où se tenait, pour son tableau, le couple mondain, les Guillement. La femme est une parisienne spirituelle et élégante, très appréciée dans le monde des fêtes.

Suzanne ne ressent aucune jalousie et aime ce tableau qu'elle accrochera dans sa chambre après la mort de son mari.

Madame Manet. Suzanne Leenhoff. Concubine, modèle, épouse.

Madame Manet dans le jardin de Bellevue (1880)

Autoportrait à la palette (1879)

Autoportrait à la palette (1879)

    Depuis des années, Manet souffrait d'atteintes qu'il croyait rhumatismales et qui étaient en réalité les manifestations d'une maladie qui faisait un ravage à l'époque : la syphilis. En 1882, il souffre au point de ne pouvoir se déplacer. Il ne peint alors que des natures mortes ou des portraits de visiteuses.

                                                           Les lilas blancs (1882)

    Il rédige un testament dans lequel il lègue tous ses biens à son épouse (Léon serait à son tour légataire après la mort de sa mère)..

                                          Femme au chat (Suzanne Leenhoff) Manet

Il meurt le 30 avril 1883.  Suzanne confie à son fils le soin de s'occuper des toiles et des dessins de son mari. 

Elle meurt 23 ans plus tard, en 1906. Elle a le temps d'assister à la gloire posthume de son mari dont les œuvres sont achetées par les musées. 

Aujourd'hui, celle que l'on appelait Madame Manet est connue de tous ceux qui aiment la peinture sous son véritable nom : Suzanne Leenhoff… Mais c'est avec les yeux de son mari que nous la voyons et c'est comme il l'a vue et aimée qu'elle traverse le temps…

 

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commentaires

Nell 21/10/2018 19:53

Un très bel article que je me suis régalée de visiter. C'est toujours avec joie que je te lis, Christian. Belle soirée et à bientôt

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