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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 19:08


Je ne veux pas tenir un journal de ce voyage vers la nuit. Je veux dire seulement les choses et les partager peut-être avec un ami, une amie qui vit de tels moments...



Aujourd'hui il faisait beau sur le parc de Sceaux, sur le petit Château et sur les bassins. J'ai voulu passer par là pour respirer la nature, les fleurs que mon père aimait. J'ai regardé le Petit Château où la Duchesse du Maine (une sacrée bonne femme, je vous jure) élevait ses enfants et ses animaux favoris. J'ai découvert cette statue sur le bassin.


Drôle de petit personnage dont la tête est à moitié mangée par le ciel. serait-ce une allégorie du Mal d'Alzheimer, de cette destruction de la mémoire et de ce voyage à rebours vers l'innocence?



De l'autre côté de la rue, subsiste le bâtiment de la Manufacture que créa la fameuse Duchesse. C'est aujourd'hui un immeuble résidentiel à l'image BCBG de la ville. Mais à quelques pas de là, c'est la maison de retraite qui en a pris le nom : La Faïencerie. Est-ce parce qu'avec le temps on devient fragile et menacé comme ces objets du passé et que l'on perd peu à peu son décor et ses couleurs?

Le studio de mon père est grand ouvert. Chacun peut y entrer et fouiller dans ses tiroirs. Je trouve mon père à côté, dans le studio de sa vieille amie, ou plutôt de son amie vieille. Vieille comme lui à quelques mois près...


Je n'ai pas le courage de raconter en détail cette rencontre et le repas que nous avons partagé. J'en retiens deux interventions. Celle du Directeur d'abord, un homme toujours pressé et peu disponible qui pendant deux mois ne répondit jamais à mes questions répétées de savoir pourquoi il n'y avait plus de serrure à la porte de mon père. Aujourd'hui, il a le temps de venir à notre table. C'est à moi qu'il s'adresse comme si les vieux pensionnaires n'existaient pas. "Il faut que vous enleviez l'halogène qui est dans la chambre de votre père. C'est dangereux. Il le laisse allumé et ça peut mettre le feu à la maison. Il y a un magasin pas loin d'ici. Vous pouvez y aller pour acheter un lampadaire avec une ampoule normale ou même à basse consommation. Je compte sur vous." Voilà ! Il veut faire de mon père un écolo malgré lui. Mais ce n'est plus à lui qu'il parle, ce n'est plus lui qu'il regarde dans les yeux.


Pendant le repas, Mauricette me dit que les gens de la Résidence sont méchants. Ils racontent qu'ils ont vu mon père se promener nu dans les couloirs. Elle me dit qu'en fait, la veille, comme il faisait beau, ils avaient voulu s'installer tous les deux dans le jardin et que mon père avait enfilé un short.

Après le repas alors que nous attendions l'ascenseur, une petite femme énergique est venue vers nous. "Ce Monsieur prend le courrier qui ne lui est pas destiné. Quelqu'un l'a vu. Je monte avec vous pour vérifier. Elle s'impose dans l'ascenseur et se dirige droit vers le studio de mon père. Je la rattrape et lui dis qu'il n'est pas question qu'elle y entre.   Je vérifierai moi-même. Mauricette de son côté va dans son studio ramasser les enveloppes que mon père y aurait déposées le matin. Effectivement plusieurs sont adressées à d'autres résidents. La petite femme énergique triomphe. "Vous voyez? J'avais bien raison!" Je suis décontenancé et maladroit. Je lui demande d'être compréhensive et surtout de traiter mon père avec gentillesse. "Mais je suis gentille, demandez-lui, vous verrez"; Mon père est là, souriant. Il confirme. elle est gentille et même très gentille. elle s'éloigne satisfaite dans le couloir, comme remontée par une clef mécanique.


Moi je trouve que mon père est comme un enfant. Un enfant qui n'aurait rien d'agressif, rien de méchant en lui. Il ne joue plus le jeu de la représentation. Il est perdu, étonné et son regard quête l'amour. Il est vulnérable car il ne réplique plus aux attaques et aux calomnies. Quand il parle, c'est pour dire des choses douces, qu'il nous aime, qu'il a de la chance d'avoir de tels enfants, qu'il désire nous inviter à la Tour d'Argent!...

Quelle tendresse, quel dévouement, quelle patience sont aujourd'hui capables d'élever un rempart d'amour autour de lui et de le protéger des regards méprisants?

Lien : Mon père, la visite hebdomadaire  

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Published by chriswac - dans WACRENIER
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commentaires

Catherine Fricoteaux 16/03/2009 21:42

Je viens de contempler longuement le passage des sarments émondés sur la vigne, et je lis juste après ce que tu partages à propos de Louis, ton père. Et son visage!
Quel mystère! mais quel mystère d'amour!

chriswac 17/03/2009 10:38


Oui tu as raison Un mystère d'amour. D'amour et de souffrance. "Mon père pourquoi es-tu abandonné?"


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