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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 16:00

     Merci Delanoë pour ce boulevard ressuscité, passé de parking à promenade, de béton à plantations.... C'est un plaisir en ce printemps estival de flâner de l'Elysée Montmartre à la place Clichy, sous les arbres et dans le parfum des massifs de fleurs. Avant de m'élancer, je tiens à pousser un grand coup de gueule contre les cyclistes. Quoi ! On s'est battus pour eux, on a fait le siège des mairies, des élus pour qu'ils aient enfin des pistes cyclables dignes de ce nom, on leur livre la ville aux dépens des bagnoles bruyantes et polluantes et eux, au lieu d'être heureux, de planer sur leur vélo, ils agissent en hordes de barbares, roulant sur les trottoirs, prenant les sens interdits, renversant les grands-mères, jouant de la queue de poisson avec les taxis, flirtant avec les bus... N'importe quoi!!!  On va finir par les haïr, foi de piéton. Aujourd'hui j'ai failli me faire renverser par un énergumène qui non content de brûler le feu rouge m'a engueulé alors que je me hâtais dans le passage réservé aux bipèdes! Bon oublions-les un instant et jetons un oeil sur l'Elysée Montmartre qui, au métro Anvers inaugure la promenade.

  L'Elysée Montmartre eut une histoire mouvementée; il peut être considéré comme le véritable temple du French Cancan qui y fut inauguré sous le nom de quadrille naturaliste avec des artistes comme le fameux Valentin le Désossé ou la môme Vide Bouteille, la Goulue. Tous deux seront débauchés par Ollier qui les entraînera dans son Moulin Rouge. Cette agréable leveuse de jambe orne à juste  titre le fronton de l'établissement qui après un incendie fut reconstruit au début du XIXème siècle.


   Et maintenant, nous empruntons la belle promenade appréciée des touristes et des parisiens. Un démenti à Bénichou et Ruquier qui dans leur émission du soir un tantinet démago (et qui est enregistrée non loin de là, au Moulin Rouge) déclaraient que l'espace  offert aux piétons restait désert et qu'il n'y avait pas un chat sur le boulevard!!! Jetez un petit oeil à gauche sur le lycée Jacques Decour, très représentatif des lycées-casernes du XIXème.

 




  Sur votre droite le Trianon.  Sa façade est aujourd'hui dans un triste état. Il serait grand temps de lui redonner un peu de jeunesse... L'intérieur avec son escalier monumental, ses statues, son foyer, sa salle en fer à cheval donne une idée de son ancienne splendeur. Le Trianon fut affublé de différents noms avant de ne garder que l'essentiel : Trianon-Concert (où triompha la Miss), Trianon-Théâtre, Trianon-Victor Hugo, Trianon-Lyrique....Avec tous ses patronymes flatteurs, il ne mérite certes pas qu'on le laisse se dégrader ainsi. La dernière fois que j'y suis allé, c'était pour Brigitte Fontaine, pour un tour de chant déjanté et parfois génial. Mais c'était dans un autre temps car la Diva encourageait ses fans à fumer dans la salle qui se transforma assez vite en Hammam toxique et très vraisemblablement parfumé d'autres parfums que celui de l'herbe à Nicot!

 




  Un peu plus loin, au 120 du boulevard Rochechouart, nous voyons la Cigale. Il est difficile de l'imaginer telle qu'elle était au début du siècle avec son style art nouveau qui ne craignait ni la fantaisie ni l'exubérance. La salle accueillit tout comme sa voisine du Trianon, les grandes stars de la chanson française comme Mistinguett, Maurice Chevalier ou Arletty. Dans les années 40, la salle déchue devint un cinéma un peu louche qui se spécialisa dans les films de Kung-Fu. Il fallut attendre l'initiative des Rita Mitsouko pour qu'elle retrouve sa vocation. Elle fut rénovée par Philippe Starck et est désormais protégée par son classement Monument Historique...



 

 Quelques mètres plus loin s'ouvre la rue des Martyrs où vous aurez le choix entre Michou et Madame Arthur. Mais c'est le Divan du Monde que vous découvrez d'abord. Au 2nd Empire, il y avait là une brasserie qui devint après s'être habillée de rococo japonisant le Divan Japonais. Vous y étiez accueillis par de charmantes hôtesses plus ou moins nippones et plus ou moins geishas... Baudelaire, Lautrec ou Picasso apprécièrent l'endroit. Lautrec lui assura une renommée durable en créant à la demande du directeur une affiche restée célèbre où l'on voit deux de ses modèles fétiches : Jane Avril au premier plan et à l'arrière, Yvette Guilbert et ses longs gants noirs .







 Contrastant avec le kitch de Madame Arthur, de l'autre côté du boulevard, le consternant immeuble le Bouglione. Ce hideux cube gris posé en pleine ville par des concepteurs sans talent a remplacé le très beau cirque Medrano où Boum Boum le clown eut son heure de gloire. Paris a souffert sous Pompidou et consorts de destructions de vandales qui n'ont jamais connu que leurs intérêts et l'obésité de leur porte monnaie. Je me souviens avoir assisté dans le cirque qui allait disparaître peu après à un très beau spectacle d'Ariane Mnouchkine : le Songe d'une Nuit d'Eté. Un cauchemar d'une nuit d'hiver amena grues et promoteurs qui nous imposèrent cette ignominie glaçante.






  Continuons la balade entre les pistes cyclables.... Côté gauche du boulevard les immeubles abritent de nombreux ateliers d'artistes. Ils sont  toujours orientés vers le nord afin d'accueillir la lumière précise propice à la création picturale. Mais je me demande combien de véritables peintres les occupent aujourd'hui où la spéculation prive les artistes de tels lieux au profit des enrichis du CAC 40 qui très souvent n'ont d'artiste que le lieu qu'ils investissent.




           Sur le côté droit grand soleil sur les immeubles dont les balcons s'en donnent à fleur-joie. Nous arrivons place Pigalle (sculpteur dont la dernière demeure est perchée tout en haut de la butte dans le petit cimetière de l'église Saint Pierre). La station de métro de Guimard qui en son temps fit hurler les gens de goût nous surprend toujours par son délire de fonte  et ses fleurs oranges au bout de leurs tiges, à la fois végétales et mantes religieuses. Un petit coup d'oeil au fameux jet d'eau que chanta Ulmer et qui a repris depuis peu son service rafraichissant.








 

  Le cinéma Atlas, connu pour ses rencontres très sexuelles et très gay (lien : cinéma atlas pigalle me rappelle les films de Jacques Nolot : la Chatte à deux têtes et surtout Avant que j'oublie. La fin de ce dernier film se situe dans l'entrée du cinéma où Nolot qui a accepté de se travestir reste un instant contre le mur avant de descendre vers la salle comme vers un gouffre, un appel de la mort.
  Nous ne serions pas à Pigalle si ne se succédaient les boîtes, les clubs, les temples du porno, les super marchés du sexe. Je ne sais pas pourquoi Ganesh s'est perché sur le Moon City, club libertin de 1200m2 avec hammam, sauna, jaccuzi...(comme dit la pub!)





  Un peu plus loin, une plaque rappelle que le peintre Pascin vécut à Pigalle. Ce peintre des femmes qui fréquenta les cabarets de la butte vécut ses dernières années derrière ces murs où il s'ouvrit les veines un jour de juin.
  Impossible de ne pas remarquer la très belle villa des Platanes construite à la fin du XIXème par Edmond Deloeuvre dans un style néo Renaissance. A travers les grilles on peut apercevoir l'escalier à double volée agrémenté de porte-torchères.





  L'étonnant Hôtel Radio construit dans les années 30 et qui a été récemment réhabilité.


 Le musée de l'érotisme vous permettra de parfaire votre culture en ce domaine primordial. De nombreuses oeuvres de différentes cultures permettent de mesurer l'imagination créatrice et fantasmatique de notre espèce. Deux gros bonshommes très peu érotiques vous attendent à l'entrée et ne semblent pas impressionner ces touristes qui vont leur chemin comme si de rien n'était...

    Bon, nous arrivons au métro Blanche près du célèbre Moulin Rouge qui vit sur sa réputation et qui du point de vue esthétique ne présente que peu d'intérêt. Il eut son heure de gloire et fait partie de la mythologie montmartroise. Ayons une petite pensée pour la Goulue qui passe son éternité à proximité.


 Terminons notre balade en regardant avec consternation l'immeuble de castorama et de l'hôtel Ibis. Il y avait là un cinéma Gaumont d'un remarquable style art deco (il avait lui même succédé à l'hippodrome). La salle était un chef d'oeuvre (j'ose à peine dire que j'y ai vu Ben Hur) et par chance l'orgue a été sauvé et a été remonté dans le survivant des pavillons Baltard à Nogent. En ces temps immémoriaux les salles de cinéma assuraient des spectacle d'entracte avec chanteurs, jeux d'eaux, jeux de lumière... Mais gardons un peu d'espoir, sur le chemin de retour, vous pourrez entrer dans la chapelle sainte Rita très fréquentée par les dames de Pigalle et qui est, comme chacun sait, la patronne des causes désespérées...

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