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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 11:38

    Nous repartons à la découverte de la rue La Bruyère qui nous réserve comme la plupart des rues de la Nouvelle Athènes de belles surprises.

Le 15

Le 15

    Le 15 est un immeuble haussmannien où ont vécu un grand écrivain Roland Dorgelès et un journaliste et critique d'art André Warnod . Ils étaient amis et n'avaient pas un grand chemin à parcourir pour se rencontrer !

 

Dorgelès

Dorgelès

     Roland Dorgelès (1885-1973) est un amoureux de ce Montmartre qui a fait l'objet de plusieurs de ses livres. Il a vécu rue Lepic, rue Truffaut, rue Victor Massé. C'est dire qu'il connaissait bien le quartier!

  C'est en1912 qu'il vient habiter rue Labruyère, deux ans après le fameux canular qu'il organisa chez Frédé, au Lapin Agile.

 

    Est-il utile de rappeler qu'il accrocha un pinceau à la queue de l'âne de Frédé. Il la trempa dans un seau de peinture et approcha une toile que les battements caudaux de l'animal recouvrit de couleurs qui donnèrent naissance à un chef d'œuvre aussitôt nommé "Coucher de soleil sur l'Adriatique" exposé au Salon des Indépendants où il reçut des critiques élogieuses! 

 

    L'auteur des "Croix de Bois" gardera un souvenir ému de sa vie de bohême montmartroise. Son ami André Warnod fréquenta comme lui Carco et Mac Orlan. Il illustra des livres consacrés à la Butte, dans un style précis et sans grande originalité

 

Le 21

Le 21

Le 21 est un bel exemple de l'architecture romantique...

Croisement avec la rue de La Rochefoucauld

Croisement avec la rue de La Rochefoucauld

    Le premier immeuble côté pair après le croisement avec la rue de La Rochefoucauld, le 26, porte une plaque commémorative.

 

     Auguste Renoir est très lié à Montmartre;  après son premier atelier rue Saint-Georges, il a vécu de 1875 à 1877 au coeur du vieux village, rue Cortot, dans l'hôtel qui abrite aujourd'hui le musée de Montmartre et qui fut une pépinière de grands peintres. Il occupait  un deux pièces dans l'aile gauche et utilisait un appentis au rez de chaussée où il entreposait une toile de grande dimension, un de ses chefs d'œuvre : "Bal au Moulin de la Galette"

                                                    Rue Cortot. Partie occupée par Renoir.

Il a vécu également au Château des Brouillards, rue Girardon où naquit son fils Jean.

Quand il déménage pour la rue Labruyère, il est un peintre reconnu et sa situation financière lui a permis d'acquérir une propriété à Essoyes près de Troyes. C'est là qu'il a un accident de bicyclette et se fracture le bras droit. Les années qui suivent ne sont pas les plus créatrices. Peut-être à cause de son succès, se répète t-il sans innover comme il le fit dans ses années difficiles.

                                                                             La lettre (Renoir)

Parmi ses toiles peintes pendant ses années rue Labruyère en voici quelques unes …. 

                                                                    Yvonne et Jean (1899)

Elles portent en elles en même temps que le grand art du peintre, les signes de l'affaiblissement de sa créativité et d'une facilité que le succès commercial encourage.

                                                        Claude Renoir (1901) Auguste Renoir.

En 1902, il quitte Paris pour aller vivre à Cagnes sur mer, quittant définitivement Montmartre.

Le 28

Le 28

  Le 28 pose un petit problème. D'après plusieurs sites par ailleurs sérieux, il aurait abrité le poète-acteur génial et embrasé Antonin Artaud à partir de 1928.

Il s'agit sans doute d'une erreur due à la confusion avec la date. En effet un document indéniable, une lettre manuscrite d'Artaud indique de sa main avant de signer le 38 rue Labruyère.

                                                                       Le 38

    Quoi qu'il en soit, il est émouvant de savoir qu'il a vécu un temps dans notre quartier. Nous savions déjà qu'il fut proche de Dullin avant de se brouiller avec lui et qu'il joua à l'Atelier, notamment dans l'Avare. Peu avant d'habiter rue Labruyère, il fonda le théâtre Alfred Jarry. 

                                                      Antonin Artaud. Autoportrait.

    Cet homme incandescent au corps torturé par des douleurs incessantes due à une syphilis héréditaire nous a laissé son image grâce aux films dans lesquels il joua (Tourneur, Abel Gance, Dreyer). Nul ne peut oublier sa présence dans le chef d'œuvre de Dreyer "La Passion de Jeanne d'Arc".

                                                           La Passion de Jeanne d'Arc. 

Le 31

Le 31

     Au 31 a vécu le peintre Pino della Silva (1904-1987) quand il vint habiter à Paris en 1931.

Son œuvre est sous estimée aujourd'hui peut-être parce qu'elle a beaucoup évolué, passant des portraits à la peinture sociale puis au surréalisme et à l'abstraction. Il a été également graveur comme on peut l'apprécier avec ce chat d'Henriette Korner :

 

Le 41

Le 41

     Au 41 a vécu pendant les dernières année de sa vie le peintre Jean-Jacques Henner (1829-1905). 

Grand Prix de Rome en 1858, il mène une carrière brillante et reconnue à l'écart des courants picturaux de son temps dont il n'ignore pas l'ambition et les qualités.

                                                      Jean-Jacques Henner par Nadar

Il défend notamment Manet. Mais il reste à sa manière un romantique à l'image de ses femmes nues aux chevelures de feu.

Rue La Bruyère. 2ème partie  du 15 au 53. Dorgelès, Berlioz, Cocteau...

    On a pu dire de lui qu'il était le peintre des rousses!

Son atelier est place Pigalle, dans le même immeuble que Puvis de Chavannes. Et sa dernière demeure sera le cimetière de Montmartre. De nombreux musées exposent ses toiles mais le musée qui porte son nom se situe dans un hôtel particulier à une adresse où il n'a jamais vécu (43 avenue de Villiers). 

Le 42

Le 42

   Le 42, d'apparence plus modeste, fut le siège de la JAC, la jeunesse agricole catholique, mouvement soucieux de défendre les jeunes ruraux contre la tentation de l'athéisme!

Le 45

Le 45

Le 45 est l'immeuble de la rue Labruyère qui a le plus d'histoires à nous raconter mais il a joué les grands timides devant ma curiosité et il s'est abrité derrière échafaudages et bâches de plastique!

 

     Il aurait à nous raconter comment il fut construit en écrasant un petit hôtel particulier de deux étages sur jardin, propriété d'Eugène Lecomte, grand-père de Jean Cocteau. C'est dans cet hôtel que le poète, cinéaste, dessinateur, metteur en scène… passa les 16 premières années de sa vie et en fut durablement marqué.

 

     Ses parents, Georges et Eugénie occupaient le 1er étage :

"Mes grands-parents habitaient à l'étage supérieur un appartement que les caprices de l'architecte avaient distribué de telle sorte qu'il fallait suivre des couloirs, monter et descendre des escaliers à pic afin de passer d'une chambre à l'autre."

Rue La Bruyère. 2ème partie  du 15 au 53. Dorgelès, Berlioz, Cocteau...

     Son père Georges, avocat, est un artiste dans l'âme, amateur de musique, dessinateur. Il apprend à son fils le maniement du crayon et du pinceau.

                                      Dessin. Jean par son père Georges. Année du suicide.

C'est l'époque heureuse où l'enfant s'amuse à construire dans la cour des théâtres de carton. Le 5 avril 1898, le malheur frappe comme un coup de tonnerre : un coup de feu tiré par le pistolet que Georges pointe sur sa tempe. 

Rue La Bruyère. 2ème partie  du 15 au 53. Dorgelès, Berlioz, Cocteau...

     Il y aura plusieurs hypothèses sur les raisons qui l'ont poussé au suicide. Celle que formulera Jean sera la plus sensible et la plus douloureuse. L'enfant se sentait si proche, si ressemblant de ce père aimé qu'il ne peut s'empêcher de penser qu'il était comme lui homosexuel et qu'il avait dissimulé au prix de la plus grande souffrance ce penchant :

"J'ai toujours pensé que mon père me ressemblait trop pour différer sur ce point capital. Sans doute ignorait-il sa pente et au lieu de la descendre en montait-il péniblement une autre sans savoir ce qui lui rendait la vie si lourde. À cette époque on se tuait pour moins. Mais non, il vivait dans l'ignorance de lui-même et acceptait son fardeau."

La mère de Cocteau. Eugénie.

La mère de Cocteau. Eugénie.

     Après la mort de son père, Jean se rapprochera de son grand-père, mélomane, collectionneur d'art. Il vit dans ce milieu privilégié auquel participe sa mère, musicienne de talent qui reçoit dans son salon les Daudet, la princesse Murat…

                                        Portrait de Jean Cocteau par Lucien Daudet

     Ces années sont encore celles de la scolarité de Jean au petit Condorcet puis au grand dont il est renvoyé, alors qu'il a 15 ans à cause de ses absences répétées. On sait que c'est dans ce lycée qu'il fait la rencontre décisive avec Dargelos.

                                                                         Dargelos

"Un des élèves, nommé Dargelos, jouissait d'un grand prestige à cause d'une virilité très au-dessus de son âge. Il s'exhibait avec cynisme et faisait commerce d'un spectacle qu'il donnait même à des élèves d'une autre classe en échange de timbres rares ou de tabac."

Rue La Bruyère. 2ème partie  du 15 au 53. Dorgelès, Berlioz, Cocteau...

     Le grand-père meurt en 1906 et une année plus tard la famille quitte la rue Labruyère. Jean Cocteau y reviendra plus tard et retrouvera les saveurs du passé en faisant le chemin qui allait du domicile au lycée, touchant de la main ces murs et ces portes qu'il avait effleurées jadis...

Le 53

Le 53

     Au 53 a vécu pendant 7 ans Hector Berlioz. Il avait quitté en 1849 la rue La Rochefoucauld pour cette adresse. Il vivait alors avec Marie Recio.

C'est à cet endroit qui était à l'époque le 19 de la rue Boursault qu'il composa son oratorio "L'Enfance du Christ" et  sa cantate "l'Impériale". Il y acheva son "Te Deum" et y rédigea "Les soirées de l'orchestre".

 

     On aimerait quitter la rue avec ce génie romantique, si lié à Montmartre, mais en nous approchant pour lire la plaque apposée à gauche de l'entrée, alors que nous étions persuadés qu'elle nous parlerait de Berlioz, c'est une autre réalité que nous avons découverte, et combien triste :

 

La rue s'arrête au croisement avec la rue Blanche… mais c'est avec la couleur rouge de la décapitation que nous la quittons.

Liens :

1ère partie de la rue Labruyère

Les rues de Montmartre par ordre alphabétique.

 

 

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commentaires

gilles moreau 25/04/2019 11:00

Passionnant comme toujours. Vivement la suite. Et merci.

CapBlanc 25/04/2019 08:58

Je vais revisiter ces rues de votre blog. Je vous lis comme un roman. C'est super!

Antoine 25/04/2019 08:56

C'est passionnant cette visite maison après maison et on est étonné de voir comment une rue d'apparence banale a abrité des artistes et de grands créateurs. Merci pour votre approche si précise et si inspirée.

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