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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Résultat pour “lamartine

Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE. Rues et places., #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités
Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...
Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

     La rue Lamartine va sur 341 mètres de la rue Marguerite de Rochechouart à la rue des Martyrs. Elle a eu plusieurs noms avant de rendre hommage au poète du Lac.

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

    Elle s'est appelée rue Coquenard (on trouve sur certains documents Goguenard). Une chapelle qui dépendait de Saint-Pierre de Montmartre y avait été édifiée, dédiée à Notre Dame de Lorette, ce qui permettra à la rue de prendre ce nom de Notre Dame de Lorette (rien à voir avec la rue actuelle). La chapelle sera détruite pendant la Révolution après avoir été vendue comme bien national et dans le même mouvement éradicateur, la rue redeviendra Coquenard!

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...
Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

    Ce n'est qu'en 1848 que Lamartine prend la relève, lui qui, outre sa renommée romantique et le grand succès de son Lac, est apprécié pour sa participation à la Révolution de 1848.

Lamartine (Baron Gérard)

Lamartine (Baron Gérard)

    La rue lui va bien, dans ce quartier proche de la Nouvelle Athènes où vivent quelques unes des gloires romantiques.

Début de la rue Lamartine à partir de la rue Marguerite de Rochechouart.

Début de la rue Lamartine à partir de la rue Marguerite de Rochechouart.

     Prenons notre rue par son commencement, rue Marguerite de Rochechouart... Et commençons en musique et en fêtes! En effet, du 1 au 3 actuels se trouvait une guinguette qui attirait les Parisiens, étant hors des murs de la ville (ce qui arrivera un peu plus tard à Montmartre quand les limites de la ville seront repoussées jusqu'aux barrières). 

Guinguette au XVIIIème siècle. Chez Ramponneau.

Guinguette au XVIIIème siècle. Chez Ramponneau.

     L'endroit s'appelait le Grand Salon et il était si accueillant qu'il pouvait recevoir plus de huit cents personnes les soirs de fête ou de carnaval. Il était un lieu de rencontre idéal entre une clientèle populaire et des dames et messieurs de la "bonne société" venus s'encanailler. Voilà encore des prémisses de nos cabarets montmartrois!

Le Grand Salon laissera place en 1815 à une caserne où la discipline ne sera pas la même!

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

    Au 4 où aujourd'hui on trouve un hôtel, je sais grâce à Pierre, fidèle ami et Montmartrois de naissance qui habita cette rue, qu'il y eut une laiterie aujourd'hui disparue...

 

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

     Le 5 fut le siège en 1947 d'une revue communiste "Regards" qui créée en 1932 privilégiait, en avance sur son époque, le photo reportage.

                                                           Willy Ronis (de la colonne de la Bastille)

Quelques grands photographes comme Cartier-Bresson, Capa ou Willy Ronis y participèrent. La revue déménagea pour le faubourg Poissonnière jugé plus populaire. 

                                    Willi Müzenberg

Willi Müzenberg

     Il y eut également à cette adresse les bureaux de l'agence de presse "Nouvelle Allemagne" créée par Willi Münzenberg, opposant sans concessions à Hitler puis à Staline, réfugié en 1933 à Paris où il s'occupa de l'édition Carrefour en langue allemande. Il fréquenta les intellectuels français (Gide, Malraux, Aragon, Romain Rolland) avant d'être interné par Daladier dans un camp pour étrangers en 1940. On retrouva son corps pendu à un arbre. Sans doute aidé dans sa fuite du camp par un espion stalinien a t-il été exécuté par ce dernier.

Le 6

Le 6

    Il suffit de passer sur le trottoir du 6 pour partir en voyage, loin de Paris, dans des pays d'Orient fleuris et parfumés. Depuis bientôt un siècle cette boutique attire les gourmets, les amateurs d'épices et de sensations! Le slogan l'affirme : "Les clients d'Hératchian vivent plus longtemps". C'est certainement vrai à voir s'attarder ente les grands sacs de graines et d'épices de vieux amateurs aussi alertes et souriants que les enfants de l'école d'en face!

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...
Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

     Les 10 et 10 bis nous accueillent avec des créatures sensuelles et "perruquées"! Ce genre de fantaisies architecturales sont un des charmes de Paris...

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

Au 11 se développe une aile de l'école maternelle et de l'école élémentaire de la rue Buffault qui remplacèrent une école de filles. Belle architecture du début du XXème siècle avec frises de céramiques.

 

    La rue Buffault que nous passons sans nous y arrêter aujourd'hui possède une belle synagogue qui vint remplacer celle, trop exigüe qui exista à l'emplacement du 23 rue Lamartine et qui fut détruite en 1859

 

Le 13

Le 13

     Devant le 13, le 18 décembre 1941, un groupe de résistants des bataillons de la jeunesse avec Marcel Bertone, Louis Coquillet et Maurice Touati incendièrent un camion de la Wehrmacht comme ils l'avaient fait la veille rue Mayran.

                                                           Louis Coquillet

Bertone fut arrêté et fusillé au Mont Valérien en avril 1942 avec  Coquillet et Touati arrêtés peu après l'attentat. 

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

     Au 18 est né un philosophe qui pour certains d'entre nous a été cause de longues (et fécondes) heures de dissertations : Henri Bergson (1859-1941).

Il eut le prix Nobel en 1927 et certains de ses ouvrages sont une source intarissable de réflexions et de plaisir.

Quelques citations pour ouvrit l'appétit! 

"Choisir donc exclure.

Certains ont défini l'homme comme "un animal qui rit". Ils pourraient aussi le définir justement comme un animal dont on rit.

La route que nous parcourons dans le temps est jonchée des débris de ce que nous commencions d'être, de tout ce que nous aurions pu devenir.

L'humanité entière, dans l'espace et le temps, est une immense armée qui galope à côté de chacun de nous, en avance ou en arrière de nous.

Laissez faire Vénus, elle vous amènera Mars.

Imaginer n'est pas se souvenir.

Le timide peut donner l'impression d'une personne que son corps gêne et qui cherche autour d'elle un endroit où le déposer.

Nous méconnaissons ce qu'il y a encore d'enfantin, pour ainsi dire, dans la plupart de nos émotions joyeuses."

 

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

Le 23. Emplacement de l'ancienne synagogue.

Le 28

Le 28

Détail du 28

Détail du 28

    Au 28 se trouvait "la cour aux ânes" où les paresseux pouvaient louer ces animaux pour monter jusqu'au sommet de la Butte.

Avec le percement de nouvelles rues et l'amélioration de la voirie ce commerce disparaîtra au milieu du XIXème siècle pour migrer vers les Champs Elysées et le jardin d'acclimatation.

Carrefour avec la rue de Maubeuge.

Carrefour avec la rue de Maubeuge.

    Les numéros pairs de la rue passent du 28 au 42! Entre les deux  la rue de Maubeuge a été percée en détruisant en 1868 tout immeuble qui se trouvait sur son chemin. 

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

     Ainsi a disparu le 32 où vécut et mourut, un an avant la destruction de son hôtel, l'un des grands architectes du XIXème siècle Hittorff (1792-1867)que ses coreligionnaires jaloux de son succès appelaient avec mépris 'le Prussien" parce qu'il était né en Allemagne. Il est un de ceux qui ont marqué durablement Paris de son génie.

 

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

     Il suffit d'égrener la liste de ses réalisations d'abord sous Charles X puis sous Napoléon III pour être impressionné:

 L'église Saint-Vincent de Paul, la place de la Concorde (les colonnes rostrales, les fontaines), les mairies du Vème et du 1er, la place du Panthéon, le théâtre du Rond-Point, le cirque d'hiver, la rue de Rivoli, les immeubles de la place de l'Etoile, la gare du Nord!.... sans parler de restaurations et d'aménagements dans cette ville qui lui doit tant et qui a réduit en poussières sa maison! 

 

 

     Le 33 m'est cher car il fut un des domiciles parisiens de Baudelaire, un poète lié à Paris comme nul autre. On lui connaît pas loin de 50 adresses dans la capitale jusqu'à la dernière, en 1867, au cimetière du Montparnasse.

Le 33

Le 33

     Dans notre quartier, nous l'avons rencontré rue Pigalle où il vécut à deux reprises, en 1848 et surtout en 1852-54. En 1848 il vit encore avec Jeanne Duval au 46 mais après des ruptures, des retrouvailles, des tumultes il se sépare d'elle, sans se séparer vraiment, et il vit dans un modeste appartement du 60 rue Pigalle en 1852-1854.

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

    C'est en juin 1846 qu'il vient habiter quelques semaines au 33 de la rue qui s'appelait encore Coquenard. Et c'est tant mieux car il n'aurait pas apprécié de vivre dans une rue qui portait le nom d'un poète qu'il appréciait peu : "Tous les élégiaques sont des canailles!" 

Le 39 en ravalement

Le 39 en ravalement

    Il y eut au 39 un hôtel dont cette carte postale a gardé le souvenir...

 

54-56

54-56

    Aux 54-56 s'élevait l'église des Porcherons nommée ainsi par les habitants d'un quartier qu'on appelait aussi village des porcherons à cause du château et des terrains qui avaient appartenu à la famille Porcheron (parfois orthographiée Pocheron). 

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

    Cette église était en fait dédiée à Notre-Dame de Lorette. Rappelons que la rue Coquenard sur laquelle elle s'ouvrait s'appela un temps rue Notre-Dame de Lorette (aucun rapport avec la rue actuelle). La rue redevint "Coquenard" avec la révolution qui entraîna la vente de l'église comme bien national, suivie de sa destruction. Il faudra attendre 1836 pour que s'élève la nouvelle église Notre-Dame de Lorette.

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

   Parfois l'ancienne chapelle Notre-Dame de Lorette est confondue avec l'église Saint-Jean Porte Latine située non loin de là, entre les rues de Chateaudun et du Faubourg Montmartre.

Cette confusion vient de ce que peu après la destruction de Notre-Dame de Lorette en 1796, elle prit son nom qu'elle garda jusqu'à sa propre destruction en 1846 après l'inauguration de l'église actuelle. De quoi embrouiller tout le monde et notamment les guides et brochures touristiques. En effet trois édifices consacrés portèrent ou portent sur quelques centaines de mètres carrés le même nom : l'église actuelle, St Jean Porte Latine et la chapelle des Porcherons!

Rue Lamartine. Le bas Montmartre. chapelle Notre Dame de Lorette. Hittorff, Baudelaire...

Voilà! Nous avons terminé notre balade rue Lamartine sur l'évocation de cette chapelle où venaient prier les gens du quartier.  Nous faisons à notre tour une prière païenne à Chronos, sans espoir qu'il nous entende tant elle est rabâchée !

Ô temps suspends ton vol! et vous heures propices,

Suspendez votre cours!

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours!

 

 

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Publié le par chriswac
Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

    C'est une des rues de Paris les plus riches en histoires et il faudrait une dizaine d'articles pour lui rendre justice et la détailler des pieds à la tête! Du début à la fin! Sur une longueur de 1km500 avec un côté pair dans le IXème arrondissement et impair dans le Xème.

Fin de la rue du Faubourg quand elle rejoint le boulevard Magenta

Fin de la rue du Faubourg quand elle rejoint le boulevard Magenta

Aussi nous en tiendrons-nous à son segment le plus montmartrois, celui qui va de la rue Lafayette (place du 8 novembre) à sa jonction avec le boulevard de Magenta à hauteur de Barbès.

Caserne de la Nouvelle France. 82 Faubourg Poissonnière.

Caserne de la Nouvelle France. 82 Faubourg Poissonnière.

    La rue a porté différents noms :

Chaussée de la Nouvelle France tout d'abord, quand au milieu du XVIIème siècle fut loti à son emplacement un vignoble transformé en "hameau de la Nouvelle France".

En 1660 la rue prend le nom de Sainte-Anne en l'honneur d'Anne d'Autriche.

En 1770 des terrains vendus par les Filles de Dieu permettent une spéculation active qui s'accompagne du dernier changement de nom : rue du faubourg Poissonnière.

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

    On connaît l'importance du chemin qui allait partait des ports du nord de la France pour arriver au centre de Paris qui était aussi son ventre!

Les noms des voies actuelles nous la rappelle : Porte des Poissonniers, rue des poissonniers, faubourg Poissonnière, rue Poissonnière, boulevard Poissonnière…. De quoi vous nous faire respirer l'odeur de la marée transportée par des centaines de chariots!

Faubourg Poissonnière (rue de Paradis)

Faubourg Poissonnière (rue de Paradis)

     Notons encore qu'au XVème siècle s'élevait une poterne dite de la Poissonnerie, rebaptisée Sainte-Anne en 1685 et détruite au milieu du XVIIIème siècle. Côté sud de la poterne on trouve la rue Poissonnière, côté nord la rue du faubourg Poissonnière.

Que de poissons que de poissons!

                        A partir de la rue Lafayette.

A partir de la rue Lafayette.

    Commençons notre visite à partir de la rue Lafayette, quand cette voie monte vers Montmartre, alors que vers le sud elle file vers les Grands Boulevards et le 2ème arrondissement

           La rue du Faubourg Poissonnière, descente vers les Grands Boulevards.

      Le 98 nous permet de commencer notre remontée en musique et poésie avec Boris Vian

 

     Boris Vian y vécut après son mariage avec Michèle Léglise.

C'est une année heureuse de sa courte vie dont il passera une partie à Montmartre, boulevard de Clichy puis Cité Véron où il aura pour voisin Prévert.

"Il était si heureux que ça lui faisait énormément de peine". (L'Ecume des jours).

     Au 106,  Le groupe scolaire privé Rocroy Saint-Léon occupe un ancien hôtel du XVIIIème siècle en partie détruit dont la façade mal restaurée ne restitue pas l'élégance.

 

   Il appartint à Philippe Frédéric de Dietrich, personnage hors du commun, savant, homme politique, partisan des idées nouvelles.

 

    Maire de Strasbourg de 1790 à 1792, il est ami de Rouget de Lisle qui fréquente avec lui la même loge franc-maçonnique.

     C'est grâce à ce dernier qu'il reste célèbre aujourd'hui! En effet c'est lui qui pousse Rouget de Lisle à écrire des chants patriotique et c'est dans son salon qu'est interprèté pour la première fois le chant de l'Armée du Rhin, la future Marseillaise! (on le voit, assis dans son fauteuil à côté Rouget de Lisle).

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

     Pendant l'année terrible, sous l'impitoyable Robespierre, il est jugé par le Tribunal Révolutionnaire pour des accusations mal fondées de soutien à des prêtres réfractaires et pour ses critiques des journées insurrectionnelles..

Malgré la faiblesse de l'accusation, Robespierre obtient qu'il soit guillotiné et ce n'est qu'après la mort du guillotineur guillotiné qu'il est réhabilité mais sans sa tête!

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

Au carrefour avec la rue d'Abbeville, l'immeuble du 16 de cette rue donne par son pan coupé sur le carrefour et en partie sur la rue du Faubourg. Il est dû  (1898) à Georges Massa et son décor original est l'œuvre d'Alexandre Chapuy.

 

Les femmes souriantes et sensuelles sont parmi les plus belles "cariatides" de Paris.

 

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

    Là où s'élève le 118 a vécu en 1856 le poète parnassien Leconte de Lisle qui mena à Paris une vie de bohème après que sa famille réunionnaise avait été ruinée par l'abolition de l'esclavage pour laquelle elle s'était engagée et avait lutté. Il fut ami de Victor Hugo auquel il succéda à l'Académie.

Il rend hommage à la ville qu'il aime dans "Le sacre de Paris" :

 

"Ville auguste, cerveau du monde, orgueil de l'homme,

Ruche immortelle des esprits,

Phare allumé dans l'ombre où sont Athènes et Rome,

Astre des nations, Paris!"

.

   

      Au 121, le seul immeuble classé est le lycée Lamartine, fondé en 1893 dans une ancienne folie du XVIIème siècle.

    Cette folie avait été construite pour le Maître de ballet de Louis XIV, Pierre Beauchamps

 

    Elle est rebâtie en 1740 par Jacques Hardouin-Mansart, dernier rejeton architecte de la lignée des Mansart. Il reçoit la commande du marquis Phélypeaux de Saint-Florentin ministre de Louis XV qui, fortune aidant, se fera construire un autre hôtel près de la Concorde et après avoir vendu celui du faubourg.

 

    Nous sommes en 1769 et c'est un notaire royal, amateur d'art et admirateur de Greuze dont il possède de nombreuses toiles qui l'acquiert.

 

    Enfin, dernier avatar, en 1891 le Ministère de l'Instruction Publique l'achète pour le transformer en lycée de jeunes-filles. D'abord annexe du lycée Racine, puis indépendant.

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

    Par chance l'hôtel n'a pas été entièrement vandalisé! Le Ministère a conservé, outre les façades sur rue et cour, le salon sur jardin et une chambre aux boiseries classées qui servit de bureau au proviseur.

 

     En 1960 le lycée s'agrandit et achète au 119 une ancienne filature de coton.

                              119 immeuble de briques de la filature

127-129

127-129

Beaux immeubles haussmanniens aux 127-129.

130

130

     Il y avait au 130, au début du XXème siècle, une blanchisserie dont subsiste une photo, avec comme sur la plupart des photos des commerces de cette époque, avec les propriétaires, un petit chien heureux, de race improbable.

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

Le 134 est un des plus beaux immeubles du Faubourg. Il a été construit en 1866 par les architectes J. Suffit et O. Courtois-Suffit.

 

     Au niveau du 135 s'est élevée une des principales barricades des journée révolutionnaires de 1848 .

La révolution menée par le peuple avait contraint Louis Philippe à l'abdication au profit Philippe d'Orléans le 24 février.

             Le même jour Lamartine proclamait la 2ème République.

     Et maintenant passons devant un immeuble consternant , le 138....

    Dans les années pompidoliennes il reçut sans problème l'autorisation de détruire une maison qui faisait l'admiration de tous, entièrement en bois, siège de la menuiserie Wallart.  Un vandalisme de plus dont les années 70 furent des actrices décomplexées.

 

     Le 146  est le siège des Editions Sociales créées à la Libération par le parti Communiste et qui restera pendant 40 ans sa principale maison d'éditions.

Elle se constitue un fond unique en France des oeuvres de Marx et Engels en français.

161

161

     Le 161 n'aurait rien à nous raconter s'il n'avait été élevé sur un jardin qui agrémentait une petite maison où Charles de Bourbon Condé (1700-1760) vécut avec sa maîtresse madame de la Saune… (sa femme officielle n'était autre que la fille légitimée de Louis XV).

Charles de Bourbon Condé (Rigaud)

Charles de Bourbon Condé (Rigaud)

      Ce prince de sang avait une réputation sulfureuse au point qu'il fut sans doute un des inspirateurs du Marquis de Sade. On raconte qu'il faisait enlever des jeunes filles pour les utiliser dans des orgies. Des rapports de police furent tenus secrets étant donné le rang du personnage. "Me too" au secours!

157 et suivants

157 et suivants

      De nombreux immeubles côté pair (157 à 187) sont construits à l'emplacement des Promenades égyptiennes que nous avons rencontrées déjà en visitant la rue du Delta.

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

    Le parc avait pour attraction principale "les montagnes égyptiennes" ancêtres des montagnes russes. Le lotissement commença en 1824 quand le parc ne fut plus rentable.

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

     Côté pair un immeuble garde souvenir de la mode égyptienne qui s'empara de Paris après la campagne d'Egypte.

Rue du Faubourg Poissonnière dernière partie entre Lafayette et Magenta

     La rue rejoint le Magenta qui se termine avec le Louxor, remarquable cinéma art-déco sauvé par la ville et aujourd'hui lieu culturel d'exception.

Plus agréable à évoquer que le charnier de la barrière Poissonnière où furent jetés les cadavres de centaines de gardes suisses auxquels le roi avait ordonné de déposer les armes, tués aux Tuileries en août 1792.

 

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Cimetière.

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Le tableau de David est si connu que l'on cherche malgré soi dans le cimetière Montmartre une statue de longue femme pâle allongée, pieds nus, sur un sofa de marbre....

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Déception! Madame Récamier ne nous attend pas, tournée vers nous, un léger sourire accueillant sur les lèvres.

Il faut chercher sa tombe dans la 30ème division, entre d'autres tombes serrées comme des livres dans une bibliothèque!

C'est un caveau modeste devant lequel peu de visiteurs s'arrêtent.

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                                        Madame Récamier. François Gérard (1805)

... Et pourtant elle fut sans doute une des femmes les plus célèbres de son temps...

On la voit ici peinte par Gérard qui fréquentait son salon. Il paraît que David apprenant que ce concurrent avait reçu commande, abandonna sa toile dont il laissa le décor inachevé (lui conférant ainsi son étrangeté!)

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                                                       Madame de Stael (Girodet)

      Dites moi qui sont vos amis je vous dirai qui vous êtes!

Les amis de Juliette Récamier faisaient partie des esprits les plus créatifs, les plus talentueux de leur temps! A commencer par Mme de Staël, fidèle entre les fidèles, exilée en même temps qu'elle par Bonaparte en voie de tyrannisation, Chateaubriand, Benjamin Constant, Gérard, Victor Cousin, Edgar Quinet, Tocqueville, Lamartine, Balzac, Talma, Rachel...

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                                                        François-René de Chateaubriand

S'il fallait en retenir deux ce seraient Germaine de Staël et Chateaubriand. C'est d'ailleurs chez Madame de Staël qu'elle fit la connaissance de René en 1801.

Chateaubriand décrit sa première vision de Juliette : "Une robe blanche sur un sofa bleu..."

Leur relation dura plus de trente ans.

Juliette avoue à une de ses amies "Il était impossible à une tête d'être plus complétement tournée que l'était la mienne du fait de Chateaubriand. Je pleurai tout le jour."

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                                                                   Canova

Opposée à l'Empire Juliettechoisit l'exil en 1811. C'est à Rome qu'elle rencontra Canova qui ,séduit comme tant d'autres, rendit hommage à la belle en donnant ses traits à la Béatrice de Dante.

Elle retourna à Rome en 1823 pour fuir Chateaubriand dont la liaison passionnée avec Cordélia bruissait dans tout Paris. Elle revint à Paris après avoir reçu des lettres enflammées de René qui avait été abandonné par sa Cordélia.

Leur amitié resta profonde même si  avec le temps Juliette porta un nouveau regard sur son grand homme : "Il me dit les mêmes choses qu'autrefois mais je ne les reçois plus et grâce à Dieu j'ai d'autres pensées."

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                                      Chambre de Juliette Récamier à l'Abbaye aux Bois

      Le salon de Madame Récamier restait un épicentre de la vie intellectuelle et artistique. Il l'était avant l'exil, le redevint après la chute de l'Empire et le resta quand après la ruine de son mari le banquier Jacques Rose Récamier, elle se réfugia dans un appartement de l'Abbaye aux Bois où elle reçut encore pendant une vingtaine d'années quelques unes des gloires de son temps.     

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Sous son nom est gravé sur la pierre tombale celui de son mari Jacques Rose Récamier  (1751-1830).

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                           Portrait présumé de Jacques Rose Récamier (Thierry Maigret)

Le banquier avait épousé Juliette en 1793 alors qu'elle avait 15 ans et lui 42. Cet ami de la famille aurait été son père naturel et il aurait voulu mettre sa fille à l'abri du besoin en lui offrant sa fortune. Le fait est que leur relation platonique et tendre à la fois faisait d'eux un couple hors normes, un Père Goriot qui aurait épousé Madame de Nucingen et qui aurait été flatté de voir sa fille courtisée et aimée par de nombreux soupirants... 

      Viennent ensuite sur la pierre le nom de ses parents: son père Jean Bernard mort en 1829, notaire royal, emprisonné sous le Consulat pour son engagement royaliste et libéré grâce à sa fille qui fit intervenir Bernadotte, sa mère Marie Julie Matton morte en 1807.

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      Un dernier nom apparaît sur la pierre tombale, celui de Pierre Simon Ballanche (1776-1847) "son ami".

Cet écrivain "théosophe" est bien oublié aujourd'hui. Il était à la fois antimilitariste, anticlérical et profondément attaché à la figure du Christ. Sa lecture de l'histoire et notament de la période révolutionnaire vue comme une expiation plaisaient à Madame Récamier qui était également séduite par sa gentillesse et sa timidité.

On devine cependant qu'un autre nom que celui de Ballanche aurait été désiré par Juliette, un nom trop grand pour être gravé sur une modeste pierre tombale du cimetière de Montmartre et qui ne pouvait être écrit que sur le granit face aux tempêtes! 

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                                                                       Tombeau de Chateaubriand

Chateaubriand est mort en 1848 moins d'un an avant son amie.

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En 1849  Juliette quitta l'Abbaye aux Dames pour s'éloigner du quartier de Sèvres où l'épidémie de choléra se montrait particulièrement virulente. Elle se réfugia chez sa petite nièce, rue des Petits-Champs. C'est là que la maladie la rattrapa et provoqua sa mort le 11 mai. Elle était alors âgée de 72 ans et si l'on en croit ceux qui fréquentaient son salon, toujours charmante et spirituelle.

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On aimerait lire sur la pierre ces quelques mots de Chateaubriand :

"On tombe d'amour à ses pieds et l'on y reste enchaîné par le respect"

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Liens :

Cimetière Montmartre. Classement alphabétique. Calvaire et Saint-Vincent.

Rues de Montmartre. Classement alphabétique.

Listes des liens des monuments et lieux typiques de Montmartre historique et moderne.

Liste et liens: Peintres et personnages de Montmartre. Classement alphabetique.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #OLERON
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

      Contemporain de Proust mais combien différent, aussi voyageur que l'autre était casanier, Loti n'en reste pas moins obsédé par le passage du temps et la disparition des êtres chers. Ses romans autobiographiques sont, à leur manière, une recherche du temps perdu... une tentative sans illusion de le retrouver et de lui donner un sursis de mémoire, aussi durable que le succès de librairie,  "l'éternité" de papier.

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

   Dans l'île d'Oléron où je passe l'été, je pense souvent à lui qui aimait ce berceau de ses aïeux huguenots et qui désira être enterré dans le jardin de la maison de Saint-Pierre.

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

     J'ai relu son "Roman d'un enfant" et "Prime jeunesse" et j'ai noté quelques passage révélateurs de sa sensibilité tourmentée, de son incapacité à vivre pleinement le présent menacé de disparition. La mort qu'il appelle "la reine des épouvantements" est présente dans son œuvre où elle règne en despote...

     Il écrit le "Roman d'un enfant" à 40 ans, en pleine maturité et en pleine gloire (il sera reçu bientôt à l'Académie) tandis que "Prime jeunesse", plus amer, plus désabusé paraît 30 ans plus tard, quatre ans avant sa mort.

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

"... Laisser un journal que des survivants liront peut-être… C'est ce que j'ai fait ici, et je prie ceux qui jetteront les yeux sur ce livre, de l'excuser, comme la tentative désespérée d'un de leurs frères qui va sombrer demain dans l'abîme et voudrait, au moins pour un temps, sauver ses plus chers souvenirs."

Prime Jeunesse (Un court prélude)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

" Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour?...

(…) Oserai-je dire ici que Lamartine m'était déjà antipathique, dès le collège, par sa poserie et son grand profil pompeux; cependant le début incontestablement splendide de ce poème, que je m'étais presque lassé d'accompagner si souvent au piano, avait peut-être amené en moi le premier éveil de mes terreurs en présence de notre course au néant…"

Prime jeunesse (chap.III)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

"Ce fut sans doute un des malheurs de ma vie d'avoir été beaucoup plus jeune que tous les êtres qui m'aimaient et que j'aimais, d'avoir surgi parmi eux comme une sorte de petit Benjamin tardif sur lequel devaient converger fatalement trop de tendresses, - et puis d'être laissé si affreusement seul pour les suprêmes étapes de la route!"

Prime jeunesse (chap. III)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

"Pour nous qui n'avons pas de durée et qui ne devinerons jamais le pourquoi de rien, la presque éternité des plantes frêles ajoute encore à l'immense étonnement douloureux que l'ensemble de la Création nous cause…"

Prime jeunesse (chap.XX)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

Après la mort de sa chère tante Claire, il conserve sa chambre intacte, comme un sanctuaire.

"Voici trente ans bientôt qu'elle nous a quittés, et sa chambre est restée telle que si elle venait d'en sortir pour revenir demain; dans ses tiroirs, dans ses armoires, elle retrouverait toutes ses petites affaires, devenues pour moi des reliques."

Prime jeunesse (chap. XXIII)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

"La pensée que le visage de ma mère pourrait un jour disparaître à mes yeux pour jamais, qu'il ne serait qu'une combinaison d'éléments susceptibles de se désagréger et de se perdre sans retour dans l'abîme universel, cette pensée, non seulement me fait saigner le cœur, mais aussi me révolte, comme inadmissible et monstrueuse."

Le Roman d'un enfant (chap.V)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

      Il raconte comment une lecture qui lui est faite, alors qu'il n'a que 7 ans le touche… Tante Claire lit l'histoire d'un petit garçon qui s'est enfui de la maison familiale et n'y revient que des années plus tard. ses parents et sa sœur sont morts. L'enfant va dans le vieux jardin abandonné et trouve sur le sol une perle bleue qui a appartenu à sa sœur...

"Oh! Alors je me levai, demandant que l'on cessât de lire, sentant les sanglots qui me venaient… J'avais vu, absolument vu, ce jardin solitaire, et, à moitié cachée sous ces feuilles rousses, cette perle bleue, souvenir d'une sœur morte… Tout cela me faisait mal, affreusement, me donnait la conception de la fin languissante des existences et des choses, de l'immense effeuillement de tout…"

Le Roman d'un enfant (chap.XIII)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

Il se rappelle les veillées dans le salon rouge avec, autour de lui sa mère, sa grand-mère, ses tantes, sa sœur….

"Hélas! avec quel recueillement triste je les passe en revue, ces figures aimées ou vénérées, bénies, qui m'entouraient ainsi les dimanches soir; la plupart ont disparu et leurs images, que je voudrais retenir, malgré moi se ternissent, s'embrument,, vont s'en aller aussi…"

Le Roman d'un enfant (chap.XXIII)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

Adolescent, il regarde les objets du quotidien utilisés par sa mère et il pense au jour où elle ne sera plus là pour les utiliser :

"Et sa corbeille à ouvrage, toujours celle d'autrefois, que je l'ai priée de ne jamais changer, même malgré un peu d'usure, - et les différents bibelots qui s'y trouvent, étuis, boîtes pour les aiguilles, écrous pour tenir les broderies! - L'idée que je pourrai connaître un temps où les mains bien-aimées qui touchent journellement ces choses ne les toucheront jamais plus, m'est une épouvante horrible contre laquelle je ne me sens aucun courage. Tant que je vivrai, évidemment, on conservera tout tel quel, dans une tranquillité de reliques; mais après, à qui écherra cet héritage qu'on ne comprendra plus; que deviendront ces pauvres petits riens que je chéris?

Le Roman d'un enfant (chap. LIII)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

Quand il pense à la profession qu'il devra exercer (il est question qu'il étudie à Polytechnique) et qu'il regarde les hommes mûrs qui sont passés par là :

"Il faudra un jour être comme l'un d'eux, vivre utilement, posément, dans un lieu donné, dans une sphère déterminée, et puis vieillir, et puis ce sera tout… alors une désespérance sans bornes me prenait; je n'avais envie de rien de possible ni de raisonnable; j'aurais voulu plus que jamais rester un enfant, et la pensée que les années fuyaient, qu'il faudrait bientôt, bon gré, mal gré, être un homme, demeurait pour moi angoissante."

Le Roman d'un enfant (chap.LIII)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

Il tient un journal et il souhaite qu'il soit brûlé à sa mort et que personne ne lise ses pensées secrètes. Plus tard, il se rend compte qu'il a changé :

"J'en suis venu à chanter mon mal et à le crier aux passants quelconques, pour appeler à moi la sympathie des inconnus les plus lointains; - et appeler avec plus d'angoisse à mesure que je pressens davantage la finale poussière… Et, qui sait? en avançant dans la vie, j'en viendrai peut-être à écrire d'encore plus intimes choses qu'à présent on ne m'arracherait pas, - et cela pour essayer de prolonger, au-delà de ma propre durée, tout ce que j'ai été, tout ce que j'ai pleuré, tout ce que j'ai aimé…"

Le Roman d'un enfant (chap.LVIII)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

Le moment du réveil, le matin, est particulièrement important, c'est alors que se présentent à nous les tristesses, les inquiétudes….

"Plus tard, ils devaient bien s'assombrir , mes réveils! Et ils sont devenus aujourd'hui l'instant de lucidité effroyable où je vois pour ainsi dire les dessous de la vie dégagés de tous ces mirages encore amusants qui, dans le jour, reviennent me les cacher; l'instant où m'apparaissent le mieux la rapidité des années, l'émiettement de tout ce à quoi j'essaie de raccrocher mes mains, et le néant final, le grand trou béant de la mort, là tout près, que rien ne déguise plus."

Le Roman d'un enfant (chap. LXVIII)

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

     Le roman d'un enfant se termine sur une évocation des étés passés dans le midi, des étés de soleil et de jeux. Pierre Loti revient dans la maison où il a connu ces vacances de rêve. Tout a changé, tout s'est "rapetissé".... Il lui semble entendre une chanson des rondes du passé...

"(…) La petite voix était flutée, bizarre; surtout elle était triste, triste à faire pleurer, triste comme pour chanter, sur une tombe, la chanson des années disparues, des étés morts."

Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.
Obsession du temps qui passe chez Pierre Loti.

La reine des épouvantements a cessé de tourmenter Pierre Loti. Pourtant il lui échappe en partie et reste vivant grâce à ses écrits. La maison de Rochefort dont il a tant parlé, où il a été si heureux et si malheureux rouvrira bientôt ses portes, rénovée, telle qu'elle était jadis…avec les bibelots, les collections, les objets qu'il aimait tant... 

     Il est le seul à ne pas le savoir là où ses restes reposent, dans le jardin de la maison des aïeules dans l'île d'Oléron..

 

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Oléron

 

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Publié le par chriswac
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L'avenue Rachel va du boulevard de Clichy au cimetière Montmartre. Elle ne mesure que 104 mètres de long, ce qui ne l'a pas empêché de changer plusieurs fois de nom.

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                                           Rue du Cimetière du Nord (1886)

Elle fut à l'origine rue du Cimetière Montmartre (1825) puis rue du Cimetière du Nord (1867) avant de prendre son nom actuel en 1899.

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Sous l'occupation lorsque l'Institut d'Etude des Questions Juives s'illustrait comme on sait, le capitaine Sézille tenta d'imposer son brillant projet de marquer d'une étoile jaune toutes les plaques de rues portant un nom juif avant de les débaptiser! L'avenue Rachel faisait partie de la liste.

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C'est encore ce sinistre personnage qui rédigea l'introduction du catalogue de l'exposition de 1941 au Palais Berlitz... 

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Il avait toujours avec lui un répertoire des noms juifs, ce qui permettait à ce rustre de savoir que Rachel était juive, Rachel Félix (1821-1858) la tragédienne qui en pleine époque romantique bouleversa le public en interprétant les grands classiques du XVIIème siècle.

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                                         Frédérique O'Connell. Rachel dans Phèdre.

On imagine mal à quel point elle était admirée. Elle était une véritable "star" et les hommes les plus en vue la courtisaient. Dans le salon de Mme Récamier où elle était conviée, les plus grands écrivains (Chateaubriand, Lamartine, Musset, Hugo...) étaient à ses pieds. Elle était libre et ne s'embarrassait pas de ses amants quant ils lui devenaient importuns.  Elle eut deux fils, le premier du Comte Walewski fils de Napoléon, le deuxième d'Arthur Bertrand, fils du général qui fut le dernier compagnon de Napoléon à Sainte Hélène.

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                                       Jean auguste Barre. Mademoiselle Rachel (Louvre)

Le destin de cette artiste est étonnant. Fille d'un marchand ambulant, elle chante et déclame des poèmes en accompagnant son père dans les rues. Une partie de son répertoire est composé de chansons grivoises dont elle comprend à peine le sens. Quand elle arrive à Paris, elle ne sait ni lire ni écrire et cependant suit des cours au Conservatoire d'art dramatique. Il faut croire que son talent crève les yeux et les oreilles puisqu'à 17 ans, elle entre au Théâtre Français. Elle transforme les tragédies de Corneille et Racine qui ronronnaient depuis des générations en pièces à succès qui soulèvent l'enthousiasme et parfois le délire.

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Sa maigreur nerveuse, sa beauté fragile, sa voix timbrée et chantante subjuguent le public. Elle devient rapidement une des femmes les plus célèbres de Paris. Son renom dépasse les frontières; elle part en tournée en Allemagne, en Angleterre et jusqu'aux Etats-Unis où elle se produit au Metropolitan.

La tuberculose la terrasse alors qu'elle n'a que 37 ans. Ses funérailles sont quasi nationales! Plusieurs dizaines de milliers de Parisiens se pressent dans le carré juif du cimetière du Père lachaise.

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                                               Tombe de Rachel au Père Lachaise

L'avenue Rachel conduit donc à un cimetière où la tragédienne ne repose pas! 

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                                                              Le 3 avenue Rachel

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                                                              Le 2 avenue Rachel

L'avenue commence côté pair et impair avec de beaux immeubles dont la façade principale donne sur le boulevard de Clichy. D'un côté on trouve un pub irlandais le Corcoran's Irish Pub et de l'autre l' American Bar! Il faut plaire aux touristes et surtout aux groupes déguisés et vociférants des fans de foot qui débarquent en ligne directe sur la place de Clichy après les matches du Stade de France! 

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                                                                                    Le 2

Le bel immeuble de pierres de style 1900 est dû à l'architecte Henri Petit.

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                                          Galeries de France. Alger. (arcitecte Henri Petit)

Un architecte qui s'illustra en construisant à Alger les Galeries de France, la Médersa et plusieurs bâtiments de style néo-mauresque.

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                                                          Le Casanova, 2 avenue Rachel.

C'est au 2 que fut ouvert dans les années 1920 un cabaret tenu par des Russes en exil. Si l'on en croit le Quotidien de Montmartre du 14 septembre 1930, on y était accueilli par un "authentique" Prince Russe, servi par "un ancien aide de camp du défunt Tsar" et "dépouillé de son pardessus par un amiral qui commandait effectivement dans la Baltique"!

Gageons que la vodka y coulait à flots! 

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Toujours côté pair, le bistro de Montmartre petit restaurant sympathique et sans prétention, idéal après une balade dans le cimetière...

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Vient ensuite le très bel immeuble du 7 au 9 construit en 1900 sur les plans de l'architecte Albert Walwein dont plusieurs immeubles sont visibles à Paris, notamment dans la rue Réaumur qui est un véritable musée des audaces et des innovations de l'architecture du tournant entre le XIXème et le XXème siècles.

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                                                             Le 7

Deux gardiens sont sculptés au-dessus de ses portes. Méduse pour éloigner les importuns...

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                                                               Le 9

...et Héraclès dans sa peau de lion pour rappeler aux méchants ce qui risquerait de leur arriver s'ils passaient le seuil avec de mauvaises intentions!

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                                                     Le 17 Bistrot Tifinagh

Le Tifinagh, encore un bistrot. Cette fois le mot est écrit avec un "t" contrairement au "Bistro de Montmartre" voisin. Le mot à l'orthographe flottante serait né sur la Butte selon la légende montmartroise, riche en inventions fantaisistes. Les soldats russes après la bataille de Paris (1814) auraient pris l'habitude de réclamer leur verre de vin  en criant "bistro" ce qui signifie "vite" en russe!

En réalité, contrairement à ce que prétend la plaque apposée sur la façade de "la Mère Catherine" place du Tertre, le mot n'est apparu que 70 ans plus tard! Il viendrait du méridional "bistroquet" qui était le nom donné au domestique, puis à l'employé du marchand de vin, puis au tenancier lui même avant de désigner l'établissement!

le "t" que l'on trouve parfois s'explique par cette origine provençale. Montmartre peut aller se rhabiller! 

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Avant l'entrée du cimetière, on peut voir, donnant sur la rue Caulaincourt cette pittoresque baraque, le "Café du père Rousseau".

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Elle donne une idée de ce qu'étaient les rues de la Butte avec leurs maisonnettes de planches dont il ne reste quasiment plus rien.

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Quelques traces de peinture subsistent...

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                                                                              Le 8

Côté impair, un immeuble construit en 1930 et composé d'ateliers d'artistes... 

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Son architecte est Ulysse Moussali à qui l'on doit le pavillon des Etats du Levant construit sur l'ïle des Cygnes pour l'exposition des Arts et Techniques de 1937 et dont il ne reste rien...

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                                                                                   Le 10

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                                                                 Le 12

L'immeuble du 12 est dû à l'architecte J.J. Desclers, un des représentants de l'Art Nouveau...

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...plus inspiré quand il conçoit la Rotonde de Thaon les Vosges.

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                                                                           Le 16

Le dernier immeuble côté pair est une résidence hôtelière à l'architecture banale. Une façade plate et triste, aussi indigente que l'hôtel Ibis de l'autre côté de la rue Caulaincourt et qui a détruit le Gaumont Palace.

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L'avantage c'est que les voisins ne sont pas bruyants....

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                                                    Entrée du cimetière en 1825

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L'avenue Rachel s'arrête là. Malgré la proximité du boulevard et de Pigalle, elle est paisible, à l'écart de l'agitation. Elle est comme un sas entre le plaisir des vivants et la paix des morts! 


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Si les célébrités ont choisi d'habiter le cimetière, rares sont celles qui se sont arrêtées avenue Rachel. On peut citer le jeune Malraux qui après la guerre de 14-18 a loué un meublé dans l'avenue.

Il aimait alors fréquenter le Lapin Agile et le Moulin Rouge. Avec le succès, il changea de quartier en 1920 pour le luxueux hôtel Lutetia et Monparnasse qui avait supplanté Montmartre.

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Liens :

Rues de Montmartre. Classement alphabétique. Articles complets.

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Publié le par chriswac
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Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.
Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

La place Pigalle est le cœur du Montmartre des cabarets.... et la rue qui va de la rue Blanche jusqu'au petit jet d'eau célébré par la chanson de Georges Ulmer en fait partie...

 

Mais dans l'histoire mouvementée de Montmartre, place et rue sont avant tout l'épicentre de la création et de l'émulation artistique....

Nous avons consacré trois articles à la place, aussi est-ce à la rue que nous voulons aujourd'hui rendre justice...

Rue Pigalle à partir de la rue Blanche.

Rue Pigalle à partir de la rue Blanche.

Le 1.

Le 1.

Remontons donc le temps et la rue qui commence à quelques pas de l'église de la Trinité, rue Blanche.

Au n°1, dans un hôtel particulier aujourd'hui disparu, le sculpteur dont elle porte le nom : Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785) a vécu... La rue s'appelait alors rue Royale...

 

Elle suivait le tracé du vieux chemin qui montait vers la Butte. Ce ne fut pas son dernier avatar puisqu'en 1795 elle devint rue de la République, en 1800 rue de l'An Huit, en 1803 rue Pigalle et enfin en 1993 rue Jean-Baptiste Pigalle!

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Pour revenir à notre sculpteur, rappelons que c'est grâce à la protection de Mme de Pompadour qu'il connut le succès et reçut de nombreuses commandes d'aristocrates dont il immortalisa dans le marbre le visage.

Mais parmi ses œuvres, son "Mercure attachant sa talonnière" fut sans doute la plus appréciée.

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Aujourd'hui, le sculpteur est en bonne place dans les encyclopédies et les dictionnaires pour avoir représenté Voltaire, à la fois fragile et volontaire, nu et spirituel...

Il mourut quatre ans avant la Révolution et fut inhumé dans le minuscule cimetière du Calvaire qui jouxte la vieille église de Montmartre. Vous pouvez lui rendre visite, une fois par an, le jour de la Toussaint, quand le cimetière est ouvert à tous.

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Encore un peu d'imagination pour se représenter au n°2  un des moulins qui appartenaient aux religieuses de l'abbaye de Montmartre : le Moulin de la Tour des Dames.

Il s'élevait sur un terrain qui se situerait aujourd'hui entre la rue Jean-Baptiste Pigalle et la rue qui fait référence à ce moulin, la rue de la Tour des Dames.

Les 1, 3, 5.

Les 1, 3, 5.

Au 3 vécurent des peintres qui furent célèbres en leur temps : Thomas Couture et William Hunt.

Les romains de la Décadence. thomas Couture.

Les romains de la Décadence. thomas Couture.

 

Thomas Couture (1815-1879) a formé dans son atelier pendant plus de six ans Edouard Manet et s'il est connu grâce à cet élève de génie, c'est aussi une de ses œuvres qui lui assura en 1847 la notoriété. Il s'agit des fameux "Romains de la Décadence" qui nous paraissent aujourd'hui très peu romains et très peu décadents!

Il quitta Paris en 1860 pour vivre dans sa ville natale : Senlis.

L'immeuble du 3 rue Jean-Baptiste Pigalle où il vécut a été remplacé par celui que nous voyons aujourd'hui.

Paysage. William Hunt.

Paysage. William Hunt.

William Hunt (1824-1879) est un peintre américain qui séjourna quelques années à Paris et étudia chez Couture. C'est Millet cependant qui l'influença comme l'école de Barbizon dont on retrouve des correspondances dans ses toiles.

Le 7

Le 7

Au 7, c'est encore un peintre que nous rencontrons. Il s'agit d'Eugène Berthelon (1829-1916) spécialisé dans les paysages de campagne et dans les marines. Il appréciait ce bas Montmartre puisqu'après avoir vécu 7 ans rue Pigalle, il eut pour adresses successives le boulevard de Clichy, la rue Alfred Stevens et le boulevard de Rochechouart.

 

Les 8-10-12

Les 8-10-12

Les 8-10-12 sont une horreur architecturale absolue. Une de ces verrues modernes innommables qui ont enlaidi Paris sans complexe! Au nom de la rentabilité et de l'argent, il fallait créer des parkings pour "adapter Paris à la voiture", comme disait le fin lettré Pompidou. Des immeubles qui portaient une partie de l'histoire artistique de la capitale ont donc disparu sans vergogne.

 

Citons, pour mémoire, au 8, la boutique du marchand de couleurs Mullard où Renoir venait se fournir en voisin.

 

Théâtre Pigalle

Théâtre Pigalle

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.
Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Ironie du sort, le parking qui permet aux spectateurs des théâtres voisins de trouver une place de stationnement a remplacé un théâtre! Le théâtre Pigalle.

Ce chef d'œuvre de l'Art Déco avait été Inauguré en 1929, il était par son architecture et sa machinerie un des plus audacieux d'Europe. Il fut, à ses débuts, dirigé par Antoine, puis par Jouvet. Faute de bonne gestion, il fut vendu en 1948 et remplacé par le garage-parking calamiteux que l'on sait.

 

 

Pour mémoire, c'est dans un hôtel particulier qu'il s'était fait construire en 1857, à l'emplacement du théâtre devenu parking que vécut et mourut l'écrivain de théâtre le plus célèbre et le plus joué en son temps, en France comme en Europe : Eugène Scribe (1791-1861).

 

On peut dire qu'il est l'écrivain le plus célébré pendant la Restauration. Il a écrit des centaines de pièces, vaudevilles, livrets.... Il avait l'art à partir d'un incident souvent anodin de dérouler une série d'enchaînement implacables. Il reste un maître de la mécanique théâtrale et il est surprenant qu'aucun metteur en scène actuel ne s'intéresse à lui!

C'est grâce aux livrets qu'il écrivit pour Rossini, Meyerbeer, Auber, Donizetti, Verdi qu'il n'est pas tombé complétement dans l'oubli comme son hôtel du 12 rue Pigalle...

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle, vers la Butte Montmartre.

Rue Jean-Baptiste Pigalle, vers la Butte Montmartre.

Le 17.

Le 17.

Le 17 nous ramène une nouvelle fois à Jean-Baptiste Pigalle qui y avait son atelier. Il n'avait donc qu'une trentaine de mètres à franchir pour aller de chez lui à son lieu de travail...

 

Le nom de Lemoine apparaît sur la façade de l'immeuble qui ne garde aucun souvenir du passage de Pigalle. Les Editions Lemoine sont une des plus vieilles entreprises françaises. Elles ont été créées en 1772 et se spécialisaient dans les œuvres musicales. L'immeuble actuel date de 1867. Achille Lemoine a en effet racheté l'ancien hôtel à la place duquel il a fait édifier les bâtiments actuels sur les plans de l'architecte de l'Hôtel-Dieu : Arthur Stanislas Diet.

 

Il est permis de préférer cet immeuble élégant et composite à la caserne de l'Hôtel-Dieu!

Le 18, inscrit comme le 17 au patrimoine architectural de l'arrondissement est un hôtel construit pour le duc d'Aumale dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Il a été fortement remanié extérieurement. Son intérêt réside dans les pièces d'apparat qui ont gardé plafonds à caissons, panneaux et lambris mais qui ne se visitent pas!

 

Le 20

Le 20

Le hall du 20

Le hall du 20

Une plaque commémorative nous apprend qu'au 20 (qui était alors le 16 de la rue Pigalle)dans des pavillons remplacés par des immeubles modernes dans le jardin sacrifié à l'arrière, George Sand et Chopin ont vécu pendant près de quatre ans...

 

C'est au retour du fameux voyage à Majorque que le couple occupa les deux pavillons d'été au fond du jardin. Sand partageait le sien avec sa fille Solange et l'autre était occupé par Chopin qui y donnait des leçons de piano et par Maurice, le fils de Sand.

 

Tout ce que Paris comptait comme artistes romantiques  fut reçu par Georges Sand rue Pigalle.

Balzac décrit ainsi son logis : Elle demeure rue Pigalle, au fond d'un jardin, au-dessus des remises et des écuries d'une maison qui est sur rue. Son petit salon est couleur café au lait et le salon où elle reçoit plein de vases chinois superbes...

 

Le 21

Le 21

Au 21 s'élevait un immeuble où vécut Edgar Degas de 1882 à 1890. Degas était un familier de ce quartier dans lequel il eut plusieurs adresses et plusieurs ateliers. Une fois encore le lieu a été effacé, remplacé par d'autres immeubles. 

 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.
Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Rien de spécial à signaler pour les 25 et 27 sinon qu'ils forment un des plus beaux ensembles de la rue.

L'architecte peut être fier de sa création! Il s'agit d'Albert Tournaire (1862-1958) qui fut architecte en chef de la Ville de Paris et à qui on doit bon nombre d'immeubles remarquables comme l'Hôpital Pasteur de Nice, la villa Arnaga d'Edmond Rostand à Cambo..ou la villa Ephrussi à Saint-Jean-Cap-Ferrat...

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Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Le 28! Il faudrait des encyclopédies pour en parler! Ce petit immeuble sans prétention a vu peindre dans un atelier quelques chefs d'œuvres. Imaginez!  Pierre Bonnard y travailla tout en partageant l'espace avec Vuillard. Le même atelier quand il fut laissé libre par ces peintres reçut Lugné-Poé et Maurice Denis! 

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Une plaque rappelle que c'est dans cette maison que Bonnard, Vuillard et quelques jeunes peintres ont créé le groupe des Nabis, ou "prophètes" après une polémique née de discussions enflammées autour de la toile de Sérusier "Le Talisman".

 

Le 34

Le 34

Le 34 abrita, dans un immeuble disparu une loge maçonnique en 1787 : La Loge des Amis Réunis.

Dans l'immeuble qui fut construit à son emplacement, vécut un compositeur dont, je l'avoue humblement, j'ignorais le nom, ne connaissant qu'un seul Godard, demi dieu du cinéma!

Il s'agit de Benjamin Godard.

 

Il a composé deux opéras, des sonates, des symphonies et il est paraît-il connu pour son "Jocelyn" composé d'après Lamartine. J'ai écouté la "célèbre berceuse" extraite de cette œuvre;  elle est effectivement très touchante.

 

Le 45

Le 45

Le 45 ne paie pas de mine... Pourtant il n'est plus l'hôtel de passes qu'il fut après guerre. C'est là que mourut dans la misère une des chanteuses les plus populaires de son époque : Fréhel.

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Sa voix puissante et gouailleuse, tantôt émouvante, tantôt drôle, trouve aujourd'hui encore un public qui a pu la découvrir dans Pépé le Moko ou dans La Maman et la Putain de Jean Eustache.

Cette grande amoureuse fut malheureuse en amour. Son premier mari l'abandonna pour sa rivale Damia... Elle eut une courte relation avec Maurice Chevalier mais ne trouva jamais l'homme de sa vie, remplacé par l'alcool et la drogue...

Rue Jean-Baptiste Pigalle. 1ère partie du 1 au 46.

Elle a chanté Montmartre comme peu d'artistes ont su le faire. 

Des maisons d'six étages

Ascenseur et chauffage

Ont r'couvert les anciens talus

Le P'tit Louis réaliste

Est dev'nu garagiste

Et Bruant a maint'nant sa rue

... et toutes ces chansons qu'on fredonne encore sans se lasser : La Java Bleue... Où est-il donc... Où sont tous mes amants... Tel qu'il est il me plaît....

Le 46

Le 46

Les adresses de Baudelaire à Paris sont nombreuses et variées mais on sait qu'il vécut quelques mois avec Jeanne Duval au 46.

Je suis ému de penser que l'un des plus grands poètes français a peut-être écrit quelques uns de ses poèmes des Fleurs du Mal (qui allaient être condamnées par le juge Pinard) dans cette maison, en 1855.

Nous continuerons notre visite de la rue la prochaine fois mais là où nous sommes, avec tout ce passé qui déjà a resurgi, avec tous ces endroits exceptionnels qui ont été détruits, comment ne pas laisser le dernier mot à Baudelaire ?

"La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains."

Baudelaire (Rochegrosse)

Baudelaire (Rochegrosse)

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