C'est une rue modeste qui sans se faire remarquer relie la rue Condorcet au boulevard Rochechouart...
Elle étonne par son nom que l'on a du mal à mémoriser : Bochart de Saron.
Mais de qui s'agit-il donc?
Guillotine. Robespierre.
Un homme né en 1730 dont la tête était bien faite puisqu'il fut un grand mathématicien mais pas assez solide pour résister au couperet de la guillotine qui l'envoya dans la sciure d'un panier d'osier le 20 avril 1794.
Hôtel Bochart de Saron rue de l'Université (aujourd'hui sège des éditions Gallimard)
Il avait le tort d'être riche, de posséder deux châteaux (dont celui de Saron) et surtout d'être le Premier Président du Parlement de Paris, une des plus hautes fonctions sous l'Ancien Régime!
Entre l'avenue Trudaine et le boulevard de Rochechouart
C'est en 1821, après la tourmente révolutionnaire et l'Empire que la rue fut ouverte entre l'avenue Trudaine et le boulevard de Rochechouart.
Entre la rue Condorcet et l'avenue Trudaine
Et ce n'est qu'en 1860 que la partie entre la rue Condorcet et l'avenue Trudaine le fut.
Premiers immeubles sur la rue Condorcet.
Nous commençons la remontée de la rue à partir de la rue Condorcet. Le côté impair est entièrement occupé par les bâtiments sans grand intérêt d'une école dont l'adresse est avenue Trudaine .
Il s'agit d'une extension construite à la fin du XIXème siécle. Seule la façade mérite d'être mentionnée. Elle est due à l'architecte Juste Lisch qui s'est illustré par ses travaux de restauration de bâtiments célèbres comme le Palais de l'Elysée ou la cathédrale d'Amiens.
L'école côté Bochart de Saron et façade avenue Trudaine.
L'école a été construite à l'emplacement de la première usine à gaz parisienne, "la fabrique pour le gaz hydrogène" créée en 1819.
Côté pair, des immeubles harmonieux se succèdent. Hormis le 12, ils n'ont pas grand chose à nous raconter.
Le 2
Le 4
Le 6
Le 8
Le 10
Le 12
Le 12 a en effet abrité dans sa cave en 1891 les réunions de l'équipe de rédaction du journal libertaire l'Endehors.
Zo d'Axa (1860-1930) anarchiste, en était l'initiateur et le chef d'orchestre.
Cet homme intègre, passionné de justice, s'appelait en réalité Alphonse Gaillaud de la Pérouse. Il avait pour ancêtre le célèbre navigateur. Mais il navigua sur les vagues de la révolte et combattit pour l'abolition des bagnes d'enfants. Il fut dreyfusard par exigence de justice mais devait faire un effort considérable pour défendre un homme qui faisait partie d'une armée qu'il abhorrait comme tout ce qui touchait de près ou de loin au pouvoir militaire.
Aux élections de 1899, il présenta pour candidat un âne blanc.
Il était en avance sur les provocations salutaires de Coluche mais il était bien dans l'esprit des canulars montmartrois.
Parmi les collaborateurs de l'Endehors on trouve Octave Mirbeau,Sébastien Faure, Emile Henry, Louise Michel...
Le journal continuera plus tard sous la direction d'E. Armand.
Il existe toujours et il est diffusé en ligne, attaché à ses thèmes de prédilection : l'altermondialisme, l'amour libre et l'anarchie...
Il est loin le temps de la cave du 12! Assez confortable si l'on en juge par cette gravure qui nous montre debout Zo d'Axa, Jean Grave, Octave Mirbeau et Bernard Lazare...
Le 14
Nous traversons l'avenue Trudaine pour rejoindre l'autre partie de la rue. Côté pair les bâtiments austères, du type caserne du 2nd Empire, sont ceux qui ferment à l'ouest le lycée Jacques Decour, ancien collège Rollin.
Ils marquent la limite des abattoirs, sans doute moins effroyables que ceux que nous ont révélés les vidéos pirates mais tout aussi cruels. Ils furent en leur temps (1818) conçus pour remplacer les "tueries" nombreuses dans la ville.
Abattoirs de Montmartre peu avant leur destruction
Ils sont détruits après la création des abattoirs de la Villette.
Leur emplacement entre la place d'Anvers et la rue Bochart voient s'élever le collège Rollin.
Il est édifié entre 1867 et 1876 sur les plans de l'architecte Napoléon Alexandre Roger (quels prénoms conquérants!) dont c'est là la principale réalisation!
L'intérieur soigné et les cours lumineuses atténuent quelque peu l'aspect austère de ce bâtiment typique de la seconde moitié du XIXème siècle.
En 1944 il change de nom pour rendre hommage à Jacques Decour, le professeur d'allemand qui y enseigna et fut un résistant qui lutta jusqu'à la mort, en 1942, contre le mur des fusillés du Mont-Valérien.
Côté pair, la rue est occupée tout d'abord par un hôtel particulier dont l'adresse est sur l'avenue Trudaine au 14.
De belle apparence, il fut construit pour lui-même par l'architecte Léon Ohnet (1813-1874). L'homme est connu pour avoir participé avec Violet le Duc à la restauration de monuments en péril et plus encore peut-être pour avoir épousé Claire Blanche (quel joli nom!), fille du psychiatre Esprit Blanche dont les théories et les pratiques rendirent barbares les anciens traitements des "aliénés". Il eut pour patient Gérard de Nerval.
Georges Ohnet (1848-1918) fils de Léon et de Claire, occupa quelques années l'hôtel familial. Cet écrivain à succès est peu lu aujourd'hui bien que son roman le plus célèbre "le Maître de Forges" ait été adapté au cinéma dans un film dont Gaby Morlay fut l'interprète principale.
Le 3 n'a aucune entrée sur la rue! Ou peut-être faut-il passer par la fenêtre, comme Fantomas dont le créateur vivait à deux cents mètres de là!
Le 5 est plus traditionnel puisqu'il ouvre sur la rue et fait l'angle avec la rue Cretet.
Le dernier immeuble côté impair est le 9. Sa façade principale avec ses ateliers d'artistes donne sur le boulevard de Rochechouart (47)
Eugène Lavieille
Un numéro qui donne à la rue son âme artistique montmartroise! C'est ici, en effet que le peintre Eugène Lavieille (1820-1889) eut son atelier.
Eugène Lavieille. Photo de Carjat.
Paysage aux vaches (Eugène Lavieille)
Oublié aujourd'hui, il fut reconnu en son temps comme virtuose des paysages, surtout hivernaux. Elève de Corot, il était amoureux de la nature et plantait son chevalet dans la campagne ou sur les chemins de douanier le long des côtes.
Dans les champs (Eugène Lavieille)
Il n'est pas étonnant de le retrouver à Barbizon où il vécut pendant quatre ans. Mais il aimait Montmartre sans éprouver le désir de le peindre et c'est là qu'il vint se fixer. Dans la même quartier vécurent Gautier et Baudelaire qui s'intéressèrent à lui et apprécièrent ses paysages hivernaux qui lui valurent d'être qualifié de "peintre des cieux tristes et de la neige."
Barbizon sous la neige (Eugène Lavieille)
Grâce à ses amis photographes Nadar et Carjat (le photographe de Rimbaud) nous avons gardé son image.
Eugène Lavieille (Nadar)
Adrien Lavieille
Il communiqua sa passion à ses enfants puisque son fils Adrien fut peintre ainsi que sa fille Marie qui occupa le même atelier de la rue Bochart…
Porte sur jardin (Marie Lavieille). Je n'ai pas trouvé d'autres œuvres d'elle!
Et comme les chats ne font pas de chiens (et vice versa) sa petite fille Andrée reprit le flambeau, ou plus exactement le pinceau.
Le port de Doelan par Andrée Lavieille
Nous quittons la rue en beauté avec ces artistes de talent qui ne demandent qu'à être redécouverts!
Elle apparaît sur de nombreuses toiles, non pas sous son nom de jeune fille mais sous celui d'épouse, dépossédée de son prénom. Elle est Madame Manet….
Carolus Leenhoff père de Suzanne.
Suzanne Leenhoff est née à Delft en 1830. Son père Antonius Leenhoff est un artiste, professeur de musique, carillonneur et organiste à la cathédrale de Zaltbömmel. Dans ce milieu ouvert, elle prend goût à la musique et le piano est son instrument préféré.
Suzanne Manet à son piano. (Manet, 1867)
Quand elle arrive à Paris, elle essaie de gagner sa vie grâce à ce talent reconnu et c'est comme professeur de piano qu'elle entre chez Auguste Manet, le père du peintre, en 1849, pour donner des leçons aux deux fils, Edouard et Eugène.
Portrait d'Auguste et Eugénie Manet (parents d'Edouard). Toile acceptée au salon de 1861.
Auguste n'est pas insensible aux charmes de Suzanne et ne manque pas de la courtiser.
Trois ans après son arrivée, elle met au monde un garçon qui portera le nom de Léon et qui figurera sur plusieurs toiles du peintre.
Manet. Portrait de Léon.
S'il est vrai qu'Edouard alors qu'il a 20 ans courtise lui aussi Suzanne, il n'en reste pas moins vrai que plane un doute sur le géniteur du garçon. Certains historiens de l'art n'hésitent pas à considérer qu'Auguste est le père de l'enfant.
La nymphe surprise (1859-1861). Suzanne a alors 29 ans.
Ce qui est sûr, c'est que jamais Edouard ne reconnaîtra cet enfant et qu'il ne se décidera à épouser Suzanne qu'après la mort de son père en 1863.
Les cavaliers espagnols (Manet 1859) Léon en premier plan)
Il n'en assume pas moins son rôle de "parrain" comme l'appelle Léon et il élève l'enfant comme le sien.
Il le représente sur plusieurs toiles, soit comme sujet principal, soit comme "figurant".
Lenfant à l'épée (1861) Léon Leenhoff
Après l'enfant à l'épée, Léon figure, adolescent, dans Les Bulles de Savon en 1868...
Jeune homme pelant une poire (1868)
Nous le voyons également dans "Les Cavaliers Espagnols" où il figure en premier plan :
Nous le voyons encore, à l'écart, occupé à taquiner le goujon dans la toile de 1863, "La pèche".
Cinq ans plus tard, il est présent dans la lecture, Suzanne étant le sujet principal, son fils apparaissant en arrière plan avec, à la main, le livre qu'il lit pour elle. Toile qui peut prêter à une interprétation psychologique sur cette relation entre la mère dans la lumière et le fils en partie mangé par l'ombre.
Le déjeuner dans l'atelier date de la même année.
Léon est au premier plan dans la toile peinte à Boulogne sur mer où la famille passait l'été. Le fameux chat noir d'Olympia est sur le fauteuil, à gauche, à côté d'accessoires de théâtre.
On le retrouve dans une toile peinte en 1871, "Intérieur à Arcachon" où il tient de nouveau compagnie à sa mère vers laquelle il est tourné alors qu'elle a devant elle la fenêtre ouverte et la vue sur le bassin.
La présence fréquente de Léon est comme une reconnaissance sinon de paternité, du moins d'affection et d'attachement.
Léon Leenhoff
Après son mariage avec Manet, Suzanne qui connaît son homme et son goût pour les rencontres féminines, fait preuve d'une grande tolérance.
Elle-même si réservée et si "sage" se permet une aventure en 1875 avec Jules Armand Hanriot.
La nymphe endormei (Hanriot)
Il s'agit d'un jeune peintre sans le sou, de 24 ans plus jeune, qui a été accueilli par Manet sous le toit familial.
Bien sûr le mari si volage et si satisfait de "posséder" une femme aimante et paisible est furieux quand il surprend sa liaison avec le jeune ingrat!
Nu dans la clairière (Hanriot)
Il menace de le faire passer de vie à trépas malgré les supplications de sa femme. Le salut étant dans la fuite, Hanriot prend ses jambes à son cou et disparaît… On le retrouve à Arcachon et en divers endroits où il continue de peindre des femmes nues comme il les aime et à s'aventurer dans des illustrations pour livres érotiques.
Portrait de Mme Manet (1876)
Manet continue cependant de prendre sa femme pour modèle. Après ce "drame" digne d'un vaudeville comme il s'en donnait avec succès sur les boulevards, il produit plusieurs toiles où figure sa femme : Mme Manet en 1876, Madame Manet dans la serre en 1879, Madame Manet dans le jardin de Bellevue en 1880.
Madame Manet dans la serre (1879)
Madame Manet dans la serre (1879)
Dans ce tableau, Manet représente sa femme venue assister à son travail. Il la fait poser à l'endroit même où se tenait, pour son tableau, le couple mondain, les Guillement. La femme est une parisienne spirituelle et élégante, très appréciée dans le monde des fêtes.
Suzanne ne ressent aucune jalousie et aime ce tableau qu'elle accrochera dans sa chambre après la mort de son mari.
Madame Manet dans le jardin de Bellevue (1880)
Autoportrait à la palette (1879)
Depuis des années, Manet souffrait d'atteintes qu'il croyait rhumatismales et qui étaient en réalité les manifestations d'une maladie qui faisait un ravage à l'époque : la syphilis. En 1882, il souffre au point de ne pouvoir se déplacer. Il ne peint alors que des natures mortes ou des portraits de visiteuses.
Les lilas blancs (1882)
Il rédige un testament dans lequel il lègue tous ses biens à son épouse (Léon serait à son tour légataire après la mort de sa mère)..
Femme au chat (Suzanne Leenhoff) Manet
Il meurt le 30 avril 1883. Suzanne confie à son fils le soin de s'occuper des toiles et des dessins de son mari.
Elle meurt 23 ans plus tard, en 1906. Elle a le temps d'assister à la gloire posthume de son mari dont les œuvres sont achetées par les musées.
Aujourd'hui, celle que l'on appelait Madame Manet est connue de tous ceux qui aiment la peinture sous son véritable nom : Suzanne Leenhoff… Mais c'est avec les yeux de son mari que nous la voyons et c'est comme il l'a vue et aimée qu'elle traverse le temps…
Il est avec le chenal d'Arceau, le plus beau des chenaux ostréicoles de l'île d'Oléron (donc de France!)
Il est le plus long de l'île avec ses 1500 mètres depuis le pertuis de Maumusson.
Il fait partie de l'histoire de l'ostréiculture.
Il se développe dès le début du XIXème siècle en même temps que l'engouement pour les mollusques bivalves qui gagne la société des gourmets.
A Paris s'ouvrent des restaurants spécialisés fréquentés par les bourgeois triomphants comme par les gens de lettres. Parmi les grands hommes qui ont contribué à cette mode, citons Balzac qui après avoir écrit un roman se précipitait au restaurant et réclamait "un cent d'huîtres" et quatre bouteilles de vin blanc avant de poursuivre son repas!
Mais la plus grande extension date de 1865 avec l'établissement fondé sur le chenal par un certain Roussel.
C'est son successeur, Emile Tricard qui en assure le plus grand succès avant d'en confier la conduite à son neveu, Fernand Baudrier.
Le chenal est alors le plus important de toute la France.
Voilà pourquoi, pour que ne s'efface pas la mémoire de ces deux entrepreneurs, des panneaux ont été installés, depuis le pont d'Ors jusqu'au pertuis pour que le visiteur se cultive avant de passer à table.
Le chemin Tricard et Baudrier rappelle la glorieuse histoire de l'ostréiculture locale. Plus de cent personnes travaillaient sur le chenal à l'année, plus de cinq cents saisonniers pour le ramassage des huîtres et leur détroquage.
Le pont n'existait pas et ce sont des bateaux (2 à vapeur et 3 à voiles) qui se chargeaient de la livraison.
Parmi les innovations apportées à ce commerce par Tricard et Baudrier, figure la fiche de salubrité collée sur les bourriches. Elle donnait des indications de date et d'origine.
L'établssement avait compris l'importance de la publicité et menait des campagnes avec affichage (on parlait alors de "réclame") à Paris où vivaient la majorité des amateurs.
Par ailleurs, sur le plan social, elle avait une politique, généreuse pour l'époque, puisqu'elle assurait le transport de ses employés qui vivaient parfois à des kilomètres du chenal. N'oublions pas qu'Oléron est la plus grande île de France méridionale, après la Corse!
Bien avant son temps, elle voulut intéresser ses employés aux bénéfices réalisés. Bonne initiative quand on songe à la modestie des "salaires".
Aujourd'hui le chenal reste très actif et il offre au touriste l'occasion de rencontrer les authentiques indigènes de l'île, loin des plages réservées aux baignassoutes comme on les nomme perfidement ici.
J'ai pris ces quelques photos en septembre 20018... qu'elles vous invitent à la balade le long du chemin Tricard et Baudrier et vous donnent envie d'ouvrir sans vous estropier quelques huîtres aux couleurs d'océan et d'opale. (envolée lyrique écrite par quelqu'un qui n'a jamais pu avaler une seule huître à la seule idée qu'elle était vivante!)
Quand le chemin de fer fut construit sur l'île, la petite gare d'Ors eut son utilité….
La gare voisine de la Chevalerie, à quelques mètres du chenal a été restaurée et, portes ouvertes, elle informe sur le chemin de fer oléronais, le touriste ou le cycliste qui peut la traverser sans quitter la piste!
Une dernière curiosité du chenal d'Ors….
Un endroit d'art brut, de créativité foutraque, de poésie sans rime ni raison, c'est le repaire du "Marginal" où rien ne se jette, rien ne rouille inutilement, où tout participe à l'élaboration d'un univers à la facteur Cheval, façon marais et ostréiculture!
Il n'est pas étonnant que ce chenal mouvant aux rives incertaines, avec ses mouvements de marée qui en font une lagune où glissent les bateaux ou qui le transforment en paysage désolé envahi par la vase suscite de telles divagations…
C'est un des endroits de Paris qui a retrouvé son charme depuis que la place a été agrandie avec la disparition d'une voie le long des immeubles qui ne laissait aux piétons qu'un terre-plein triangulaire, une île entre les voitures!
Partout où l'on rend la ville aux piétons, la vie revient avec l'envie de flâner ….
Comme la rue de Navarin, la rue Henry Monnier et la rue Clauzel qui l'encadrent, la place date de l'époque romantique, 1830, quand le "Sieur Bréda" obtint la permission de lotir les terrains qu'il possédait. La place s'appela alors Place Bréda.
En 1905, elle "disparut" pour faire partie de la rue Henry Monnier. Ce n'est qu'en 1954 qu'elle redevint "place" et qu'elle prit le nom de Gustave Toudouze.
Gustave Toudouze
Le prénom "Gustave" a été précisé afin d'éviter la confusion avec un autre Toudouze, Georges, fils du premier, écrivain lui aussi qui a mis de la Bretagne dans de nombreux romans et qui était atteint de bretonite aigue, au point de militer dans le "Framm Ketiek Breizh" mouvement indépendantiste soutenu pendant la guerre par les nazis.
Maison des Goncourt à Auteuil.
Gustave, lui, était très parisien; il avait pour amis Zola et Alexandre Dumas fils et il était assidu aux "dimanches" de Flaubert comme il aimait participer au "grenier" des frères Goncourt après qu'ils eurent quitté la rue Saint-Georges voisine pour s'installer à Auteuil. On sait que dans ce "grenier" aménagé pour recevoir les amis écrivains, est née la future Académie qui porte leur nom.
Camaret. Quai Gustave Toudouze.
… Gustave quittait parfois Paris pour passer des vacances à Camaret, charmant port de pêche dont le curé est resté fort célèbre .
La numérotation de la place comptait 4 numéros, du 2 au 8. On constate qu'elle s'est inversée, le 8 faisant aujourd'hui partie du 2 comme on peut le voir sur cette photo de bougnat. Le commerce faisait transition sur un pan coupé, entre la rue Clauzel et la place.
Aujourd'hui, le no stress l'a remplacé et a effacé le petit Africain de ses panneaux qui n'est pas sans rappeler le "Y'a bon Banania" de la publicité de l'époque.
Le 2.
Le 4, seul immeuble classé, représentatif de la belle architecture de la première moitié du XIXème siècle (1839) est aussi le seul à nous raconter une histoire.
Celle des 400 coups, le film de Truffaut où le jeune Antoine vit chez sa mère et son beau père dans cet immeuble.
Les liens de Truffaut avec le quartier sont étroits. Il passa une partie de sa jeunesse, à 50 mètres de la place, 33 rue de Navarin.
33 rue de Navarin
Ses grands- parents Jean et Geneviève de Montferrand habitaient rue Henry Monnier… au 21
21 rue Henry Monnier
Le jeune Antoine (Léaud) et sa mère (Claire Maurier). Les 400 coups.
Le dernier immeuble qui a pour adresse la place Toudouze est le 6.
Il n'y a, du 2 au 6 que des restaurants adaptés à ce quartier recherché pour son image culturelle et branchée…
Il convient de mentionner la fontaine Wallace et son filet d'eau fraîche qui coule entre les cariatides de bronze. On sait que ces fontaines sont un don de Richard Wallace, Anglais amoureux de Paris, horrifié par la condition des habitants de Montmartre privés d'eau pendant le siège de Paris et la Commune.
Richard Wallace en fontaine. Caricature de Lafosse.
D'autres enfants jouent sur la place comme le fit sans doute le jeune François Truffaut. Souhaitons qu'il y ait parmi eux un futur cinéaste de son acabit!
Premier portrait de Victorine Meurent par Manet (1862). Museum of fine arts, Boston.
Elle a vécu dans le quartier de la Nouvelle Athènes, rue Bréda (aujourd'hui Henry Monnier) où elle inspira quelques grands peintres avant de réaliser son rêve d'adolescente : devenir peintre elle-même dans un monde qui laissait peu de place aux femmes.
Victorine Louise Meurent (1844-1927) est connue dans le monde entier grâce à deux chefs d'œuvre qui ont marqué l'histoire de l'art : "Le Déjeuner sur l'Herbe" et "Olympia" de Manet. Deux tableaux où elle posa nue et qui eurent un retentissant succès de scandale!
Les réactions outrées devant le "Déjeuner sur 'herbe" amusent aujourd'hui et prouvent que Manet avait vu juste en reprenant un thème classique et le modernisant. Il était sûr alors de choquer le bourgeois qui se repaissait de nus mythologiques grâce à l'alibi culturel!
Victorine Meurent est assise, nue, et regarde avec aplomb le spectateur tandis qu'à l'arrière-plan, un autre modèle, Alexandrine-Gabrielle Meley, représente une femme qui s'apprête à se soulager. Cette Alexandrine deviendra Madame Zola, épouse fidèle et tolérante de son écrivain de mari.
Olympia (Manet)
Avec Olympia, tableau peint la même année mais exposé en 1865, le scandale fut plus grand encore. Les critiques ne reconnurent pas, comme pour le Déjeuner l'œuvre dont Manet s'était inspiré. Ils ne virent qu'une prostituée prête à recevoir l'homme qui lui envoie des fleurs. "Elle n'est pas jolie" dirent-ils! "C'est une cocotte dans toute sa vulgarité." Eh oui! pas d'alibi mythologique ou historique mais une femme de chair et d'os, une femme réelle qui a un nom réel : Victorine Meurent!
Bien que la vie du célèbre modèle ait été romancée par des écrivains, américains pour la plupart, on ne connaît pas grand chose de sa jeunesse, sinon qu'elle est née à Paris dans une famille modeste, son père étant brunisseur de bronze et sa mère modéliste.
Etude de Victorine Meurent (Stevens)
A 16 ans, elle travaille comme modèle dans l'atelier de Thomas Couture puis dans celui d'Alfred Stevens qui aurait été son amant. Le peintre belge la représente à plusieurs reprises.
Le sphinx parisien (Stevens) 1867
Deux de ses tableaux sont connus sous le même nom de "sphinx parisien". Le premier est peint en 1867 et le second en 1870 pendant la Commune de Paris.
Le sphinx parisien (Stevens 1870)
Peu importe qu'elle ait été ou non la maîtresse de Stevens, comme on prétend qu'elle le fut de Manet, il y eut en réalité entre elle et lui une forte relation qui resta amicale et attentive bien après que Victorine eut cessé de poser.
Alfred Stevens
Le peintre habitait un petit hôtel particulier rue Victor Massé, immeuble qui allait devenir célèbre en abritant le 2ème Chat Noir.
12 rue Victor Massé
Victorine vivait à deux cents mètres de là, 25 rue Bréda dans un petit immeuble qui a été détruit pour être remplacé par un opulent immeuble de style 1900 bourgeois, orné d'amours joueurs.
25 rue Henry Monnier (emplacement du 25 rue Bréda où vécut Victorine Meurent)
On admet en général que c'est dans l'atelier de Stevens qu'elle rencontra Manet et que le peintre belge proposa à son ami de la choisir pour modèle. Ce qui convenait à Manet à la recherche de figures féminines naturelles et non stéréotypées. Il ne fut pas arrêté par sa petite taille et son manque de rondeurs qui lui valurent d'être surnommée 'la crevette".
Edouard Manet
Manet l'apprécia et la représenta sur plusieurs toiles (outre le Déjeuner et Olympia). La première toile où elle apparaît, elle pose pour lui dans l'atelier de Stevens costumée avec des déguisements entreposés là par une troupe de théâtre madrilène de passage à Paris. Il s'agit de "Mlle V. en costume d'Espada" (1862).
Etrange tableau où la femme est tournée vers le spectateur, son épée pointée vers le vide, alors que le combat se déroule à l'arrière-plan. Elle attend le moment où le picador aura fait son sale boulot et affaibli la bête que le torero n'aura plus qu'à exciter une dernière fois avec sa muleta et à achever avec son épée.
Vous voulez du sang, vous allez en avoir! C'est ce que semble dire la femme en noir, comme pour inviter le spectateur à prendre la place du taureau!
La chanteuse de rue. (Musée des Beaux Arts de Boston)
La même année 1862, toujours chez Stevens, Manet peint "La chanteuse de rue". Il aurait eu l'intention de faire poser une artiste de cabaret qu'il avait croisée quittant la nuit l'établissement où elle travaillait. Elle aurait refusé sa proposition et il se serait écrié, cachant sa déconvenue : "Peu importe, j'ai Victorine!"
C'est une œuvre forte, un moment de vie, un mouvement saisi et arrêté… La femme sort du cabaret, la guitare sous le bras, des cerises tenues dans l'angle du coude. Son visage est blanc, inexpressif. Il fait penser à un visage de madone qui tiendrait non pas un enfant mais une guitare et des cerises. La figure est à la fois hiératique et instable, la robe soulevée laissant apparaître le jupon.
En 1866, Manet peint "la Femme au perroquet", une de ses plus belles œuvres. Victorine Meurent dans un déshabillé rose se tient debout, hiératique et triste à côté d'un perroquet gris sur un perchoir.
Une fois encore la référence à la Vierge est présente. On songe à la Vierge de Van Eyck qui tient, comme le modèle de Manet un bouquet de violettes à côté d'un perroquet.
Détail de Van Eyck.
La lecture. Manet (1865). Suzanne Manet (Leenhof).
Dans les mêmes années, Manet travaille avec d'autres modèles, et l'un d'eux, Suzanne Leenhof devient sa concubine puis son épouse (1863). Comme celle qu' a choisie Zola, elle a toutes les qualités: égalité d'humeur, tolérance, acceptation des infidélités de son mari!
Cependant c'est bien Victorine qui est la principale inspiratrice du peintre dans ces années déterminantes.
Le Chemin de fer (1870)
En 1870, Manet peint pour la dernière fois celle qui a participé à plusieurs de ses chefs d'œuvre. Il s'agit du "Chemin de fer". C'est un adieu à la femme qui l'a inspiré et qu'il a sans doute aimée. Elle est habillée en bourgeoise et tient sur les genoux un petit chien endormi, bien différent du chat étonné et sensuel d'Olympia. La grille barre le tableau. L'avenir est de l'autre côté, dans la direction des fumées du train que regarde l'enfant. Cet autre côté où va s'éloigner Victorine qui quitte Paris pour vivre quelques années aux Etats-Unis. Son regard une fois encore est tourné vers le spectateur qui est aussi le peintre. Comme sur un quai, on regarde aussi longtemps que possible celui que l'on quitte.
Victorine Meurent passe plusieurs années loin de la France. Il y a peu de traces de son séjour aux Etats Unis et de ce qu'elle y fit. Le mystère qui entoure cet épisode de sa vie a inspiré des écrivains américains qui ont tenté d'imaginer sa biographie. Parmi ces derniers, on peut citer Eurice Lipton, "Alias Olympia" (1992), Debra finerman, "Mademoiselle Victorine" (2007), V.R. Main "A woman with no clothes on" (2008)…. sans oublier l'écrivain irlandais George Moore qui fait d'elle un des personnages de son roman "Memoirs of my dead life" (1906) où elle vit une passion lesbienne avec un courtisane célèbre.
Dans l'atelier du peintre (Etienne Leroy)
De retour à Paris, Victorine qui avait observé pendant des années les peintres qui se servaient d'elles, se lance à son tour dans la peinture. Elle prend des cours à l'Académie Julian, dans l'atelier d'Etienne Leroy et commence à réaliser plusieurs œuvres.
Dans la Serre. (Manet) 1879
Le plus étonnant, elle voit un de ses autoportraits accepté au Salon de 1876 alors que Manet y est refusé!
Elle participera ainsi à quatre salons : en 1879 avec "Une bourgeoise de Nuremberg au XVIème siècle", en même temps que Manet qui est cette fois accepté avec "Dans la serre". Les deux toiles sont dans la même salle, celle des "M".
Artiste appréciée par la critique, elle prend sa place dans la vie artistique et elle fait partie en 1903 de la "Société des Artistes Français"
Malheureusement il est difficile aujourd'hui d'avoir une idée juste de son talent car la quasi totalité de ses œuvres ont disparu. On sait seulement qu'elle était classique, plus proche d'Ingres que de Manet. La seule toile qui subsiste, "Le jour des Rameaux", est aujourd'hui au musée de Colombes.
Si elle cesse de poser pour Manet qui s'est éloignée d'elle, elle le fait pour Norbert Goeneutte dont l'atelier est situé dans l'immeuble où elle habite, 21 rue Bréda.
Boulevard de Clichy (Norbert Goeneutte)
Victorine Meurent (Norbert Goeneutte) 1884.
Elle vit désormais librement ses amours féminines. Sa grande amie au début du XXème siècle est Marie Dufour, professeur de piano. Elles quittent Paris pour habiter dans un pavillon à Colombes. Victorine pour mieux gagner sa vie se spécialise dans la peinture d'animaux de compagnie qui était alors fort prisée de la bourgeoisie. Elle donne également des cours de guitare, instrument qu'elle n'a jamais quitté et dont elle jouait pour ses amis.
A la mort de Manet, elle écrivit à sa femme afin de réclamer un don que le peintre lui aurait promis. En effet, comme il ne payait pas cher ses séances de pose, il lui aurait dit à plusieurs reprises que si un jour les toiles où elle était présente avaient du succès et se vendaient bien, elle recevrait une juste rétribution en signe de reconnaissance. Elle ne reçut aucune réponse de la veuve...
Sans doute voulait-elle en recevant ce cadeau avoir l'impression d'être associée au-delà de la mort, à celui dont le génie avait utilisé son corps, son visage, son regard qui pour toujours nous interpelle.
Le petit Village fait partie de la commune du Grand Village et n'en est séparé que par la route qui, en été, voit passer à la queue leu leu, comme des fourmis véloces, les voitures venues du viaduc.
Oublions le lotissement qui a dévoré l'espace libre où poussaient les herbes sauvages et les roses trémières. Toutes les maisons s'y ressemblent et forment un de ces innombrables "mitages" qui enlaidissent et banalisent l'île d'Oléron.
Il y a encore quelques vieilles demeures comme celle qui fait l'angle avec la rue du petit village et la rue principale. Elle possède le fameux escalier extérieur caractéristique de l'habitat ancien mais elle a été "restaurée" brutalement avec un tartinage d'enduit…
La porte du premier a été obstruée et l'escalier bute désormais sur un mur!
Allée des pinsons
Il n'y aurait rien à dire de plus si n'avait été créé le port des salines, espace écologique et pédagogique avec écomusée, marais salants, sentier de balade le long des canaux, bornes d'information, location de barques…. commerces… et restaurant sur pilotis.
L'ensemble bien conçu attire de nombreux touristes en quête d'authenticité et bien que tout soit reconstitué, satisfaits de ce contact "naturel" qui alerte notre espèce sur la bio diversité et la nécessité de la préserver.
Le petit musée est organisé pour intéresser les enfants, avec jeux et questionnaires. C'est idéal, les jours de pluie, pour les occuper et faire naître peut-être en eux une vocation d'ostréiculteur ou de saliculteur!
Les marais salants rappellent modestement ceux qui s'étendaient jadis entre Grand Village et Saint -Trojan.
Il est possible d'y voir travailler le saulnier et même de le rencontrer et d'apprendre avec lui à récolter le fameux or blanc qui participa, il y a bien des décennies, à la richesse d'Oléron.
Un entrepôt à sel, une "salorge", accueille les visiteurs heureux d'acheter un petit cadeau, salière, pot à sel, sachets de fleur de sel… de quoi donner du goût à leurs souvenirs.
Des barques vous invitent à ramer dans les canaux sinueux et d'apercevoir, quand les promeneurs sont discrets, quelques oiseaux des marais. Aigrettes, hérons, canards…. paisibles avant la saison de la chasse et les coups de feu qui crépitent autour de l'enclave minuscule des Salines.
Les aigrettes
Parce que ça canarde dur dans l'île d'Oléron où les canardeurs se réjouissent d'avoir pour président de la République un défenseur de leurs intérêts qui vient d'allonger la période de la chasse aux oies sauvages! Hulot, dans son cabinet ministériel fait la hulotte!
Le centre névralgique de ce "port des salines", c'est la place sur laquelle s'ouvrent quelques boutiques : bijoux, souvenirs, épices.
Au centre du centre, fièrement campé sur ses pilotis, un restaurant affiche une carte alléchante de produits du pays. Il annonce la couleur et prévient que les prolos ne seront pas acceptés! Enfin! Avec plus de délicatesse il annonce que soucieux de la noble tradition oléronaise, il ne servira ni moules ni frites prolétariennes!
… Et pourtant! Réussir des frites n'est pas à la portée de tous et quelques restaurants, parmi les meilleurs n'y parviennent pas toujours.
Le site ne manque pas de charme grâce aux cabanes colorées, au ciel immense et au jeu du soleil sur les canaux. Il se veut soucieux de la préservation de l'île et participe à l'obtention par la commune du pavillon bleu.
Chaque mercredi pendant la saison se tient un "marché des producteurs" tout petit mais qui attire les foules.
La piste cyclable passe par Petit Village. D'un côté elle file vers la forêt, les plages, SaintTrojan et de l'autre vers le Château, Dolus etc...
Elle passe devant un élevage de biquettes où l'on peut acheter un délicieux fromage. C'est avec ce goût et cette odeur authentiques que nous laissons le Petit Village!
Le montmartrois que je suis ne peut ignorer ce peintre orientaliste (1840-1887) qui est enterré au cimetière de Montmartre et dont la tombe s'orne d'une belle statue de Louis Barrias qui s'inspire de ses tableaux de fileuses.
Guillaumet découvre l'Algérie par hasard et non par désir de connaître cette terre colonisée brutalement. Il est aussitôt séduit par la beauté du pays et surtout par la simplicité et l'authenticité de ses habitants.
Campement dans la forêt de cèdres de Teniet el Had dans le massif de l'Ouarsenis
On peut dire qu'il lui consacre toute sa vie de peintre. S'il a un atelier à Sèvres (puis Cité Pigalle) et un appartement dans le quartier de la Nouvelle Athènes au pied de la Butte, c'est à l'Algérie qu'il pense en terminant les tableaux esquissés pendant ses voyages. Pas moins de dix longs séjours pendant sa courte vie d'artiste!
Portrait d'homme
Les villes de la colonisation ne l'intéressent pas et s'il a besoin d'être protégé lors de ses périples, c'est avec regret. La seule fois où il assiste à une razzia, expédition punitive, il est bouleversé.
Aveugle mendiant
Il s'attache d'abord à l'Oranie avant de descendre vers le sud, le désert, les oasis. A la fin de sa courte carrière, il ne peindra que le sud où il trouve une réponse à ses questions existentielles.
La veillée (1866).
Il ne représente pas les troupes françaises qui l'escortent. Il préfère montrer les Algériens faisant partie des unités supplétives. Le paysage nocturne est quasi onirique et empreint d'une atmosphère quasi mystique.
Campement d'un goum à la frontière du Maroc (1869)
Même atmosphère avec ce bivouac dans ce paysage qu'affectionne Guillaumet sous un ciel gris où semble planer une sourde menace.
(Le Goum est une unité de combattants marocains faisant partie des troupes supplétives.)
Le Labour (1869)
Toile qui montre la pauvreté des paysans, la femme conduisant l'attelage, un bébé sur le dos. Ce n'est pas une représentation pittoresque mais au contraire une "rencontre" en sympathie avec de simples gens du peuple qui peinent pour survivre.
Une fois encore la dimension contrastée avec cette ligne de fuite et ce ciel tourmenté participent au romantisme (réalité tragique de la destinée humaine) de l'œuvre.
Le Labour (1882)
Il est intéressant de retrouver une scène de labour peinte plusieurs années plus tard. L'aspect tragique, à la Delacroix, a disparu. Le ciel s'est apaisé et le soleil couchant éclaire d'une lumière dorée l'homme au travail.
La brochure de l'exposition compare cette métamorphose à celle que l'on retrouve chez Millet dont les paysans sont sublimés.
La Famine (1869)
C'est un des rares tableaux historiques de Guillaumet. La famine régnait en Algérie, aggravée par des épidémies peut-être liées à l'arrivée des occidentaux et par le manque de réserves de céréales. Entre 1866 et 1869, elle va faire des ravages et on estime qu'un tiers de la population fut décimée.
Le tableau est une violente critique envoyée à la face de ceux qui affirmaient que la conquête était une œuvre émancipatrice et ne voulaient voir que "l'Algérie heureuse". Elle déplut au public et fut critiquée sans mesure. Guillaumet abandonnera dès lors les représentations historiques comme il se libérera de l'influence trop manifeste de Delacroix (on pense ici aux Massacres de Scio).
Détails de Guillaumet et de Delacroix (en-dessous)
D'autres tableaux évoquent la rudesse de l'existence et la misère d'une façon plus symbolique.
Comme ce désert avec une charogne au premier plan, peint en 1868 pendant la famine. Au loin apparaît comme un mirage une oasis ou une caravane, perdue dans l'immensité incandescente.
Peint quinze ans plus tard, avec pour décor les falaises des grottes d'El Kantara, le cheval blanc dévoré par les chiens, est comme une allégorie du pays. Le cheval fier a tenté de lutter et puis il est tombé, épuisé. Guillaumet raconte cette agonie dans son texte "Une razzia dans le djebel Nador".
Le peintre ayant besoin pour voyager d'une protection militaire aura l'occasion de visiter des lieux habités par les supplétifs, c'est à dire les populations qui se sont ralliées à la France.
Il visite des villages de spahis et a l'occasion d'y peindre des femmes.
La source du figuier à Aïn Kerma, smala de Tiaret.
Scène paisible qui évoque un paysage biblique. L'ombre y protège les villageois de la chaleur qui règne dans l'azur du ciel et la blancheur aveuglante des murs. Les femmes se penchent vers la source dont on imagine la fraîcheur...
Marché arabe dans la plaine de Tocria (1865)
Ici Guillaumet joue avec les couleurs ocres et les blancs pour donner cette impression de vie dans un décor immuable. Il aime peindre les populations nomades qui continuent de vivre comme elles l'ont toujours fait.
Guerriers arabes au repos (1886)
Etude pour un grand tableau représentant une noce arabe qui ne sera jamais peint, interrompu par la mort de Guillaumet.
Bivouac des chameliers (1875)
L'inspecteur des moissons (non daté)
Tisseuses à Bou Saâda
Dans les villages, le peintre peut entrer dans les maisons, occasion pour lui de montrer la pauvreté certes, mais surtout la dignité des femmes qui travaillent. Les femmes qu'il peint n'ont rien à voir avec celles de Delacroix qui sont telles que les imaginent les occidentaux, plus proches de courtisanes que de paysannes.
Scène de gourbi à Biskra (1882)
C'est au cours des derniers voyages qu'il entre ainsi dans l'intimité de ces maisons de terre.
Fileuse (1874)
Il s'agit d'une étude pour un tableau plus important représentant une famille arabe nomade sous une tente. Les fileuses de Guillaumet auront l'heur de plaire et c'est à l'une d'elles que Louis Barrias confiera de jeter des fleurs sur la tombe du peintre au cimetière Montmartre.
La nativité de Bou Saâda.
Une des plus étonnantes scènes d'intérieur nous donne à voir une nativité. Nous sommes ici devant le mystère de l'interprétation que nous nous faisons des autres cultures. "On se figure parfois entrer dans une étable" écrit Guillaumet.
Le chrétien qu'il est voit dans la pauvreté et la simplicité une image qui le renvoie à sa foi. De nos jours, il s'expose à la critique de ceux qui considéreraient cette "interprétation" comme non respectueuse de la foi des indigènes. L'interprétation des œuvres peut ainsi changer avec le temps alors que dans ce cas précis on ne peut soupçonner Guillaumet de quelque sentiment de supériorité… Au contraire.
Laghouat (1879)
C'est peut-être la plus belle œuvre de l'exposition. Elle est l'aboutissement des tentatives du peintre pour rendre la lumière du sud, si difficile à saisir. Ici hommes et paysages sont liés comme embarqués sur le pont d'un immense navire qui naviguerait sur les sables. A la proue apparaît un minaret. Les habitants sont paisibles dans le soir qui tombe et apporte un peu de fraîcheur. Ils semblent être là depuis des siècles.
On voit ici tout ce qu'une grande œuvre peut suggérer. Elle s'inscrit dans une lignée de peintres qui saisissent la magie surréelle de l'univers. On pense à certains Dali et surtout à Chirico. Mais chez Chirico, c'est l'architecture qui semble l'emporter et éliminer les vivants. Ici tout le monde est embarqué dans le même mystère
La toile eut un grand succès et fut tout de suite considérée comme un chef d'œuvre..
Autre chef d'œuvre: La Séguia, près de Biskra (1885)
Le tableau est peint deux ans avant la mort de Guillaumet. Il est l'image même qu'emporte avec lui le peintre de ce pays. La paix, la beauté des habitants et particulièrement des femmes. L'eau, les murs de terre, le ciel se partagent sans se heurter l'espace. Vision idéale d'un monde antique et pourtant actuel.
D'autres œuvres nous montrent ces paysages du sud avec des laveuses.
L'oued à Bou Saâda. Trois laveuses.
Laveuses dans l'oued de Bou Saâda. 1882
Jeunes filles dans l'oued de Bou Saâda. 1882
L'oued Mzi, Laghouat.
Mais je termine aves deux de mes tableaux préférés : l'oued de Mzi avec ce paysage épuré, en lignes de fuite vers un horizon vers lequel se tournent les deux silhouettes… Le symbolisme est présent dans cette œuvre du silence ainsi que l'épure et la simplification quasi abstraite. La touche picturale y est déjà impressionniste.
Femmes dans une oasis.
Comme dans ce dernier tableau des femmes dans une oasis. L'eau est miroir où se reflète l'argent du ciel gris. Le silence, la paix du soir envahissent le paysage. Tous les détails ont disparu. Ces femmes sont là, immuables et fragiles dans un monde sans brutalité.
Elles sont ce pays qu'aime Guillaumet et dont il emporte l'image dans son dernier voyage lorsqu'il meurt en 1887.
Cette belle exposition est présentée au musée des Beaux Arts de La Rochelle jusqu'au 17 septembre 2018. Elle le sera ensuite au musée des Beaux Arts de Limoges du 19 octobre au 4 février 2019, puis à la Piscine-musée d'Art et d'industrie André Diligent de Roubaix du 8 mars au 2 juin 2019.