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Montmartre secret

Montmartre secret

Pour les Amoureux de Montmartre sans oublier les voyages lointains, l'île d'Oléron, les chats de tous les jours. Pour les amis inconnus et les poètes.

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

C'est un cabaret qui a laissé son nom dans l'histoire (politique et artistique) mais sans le tableau de Manet, ce nom aurait sans doute moins d'éclat!

Tout commence au XVIIIème siècle quand la frontière de Paris s'arrête à ce qui sera plus tard la place de Clichy.

Le village de Clichy la Garenne a sur son territoire plusieurs hameaux dont celui des Batignolles où une ferme accueille les parisiens pour leur servir le petit vin guinguet.

Les affaires étant rentables, la ferme se transforme en cabaret, vraisemblablement vers 1765, "Au père Lathuille".

La construction de la barrière des Fermiers Généraux est une aubaine pour le cabaret où viennent de plus en plus nombreux les parisiens qui apprécient de payer moins cher le vin et les alcools qui n'ont pas eu à passer la barrière de l'octroi.

La barrière de Clichy (bureau de l'octroi, pavillon de Ledoux)

La barrière de Clichy (bureau de l'octroi, pavillon de Ledoux)

Horace Vernet.30 mars 1814
Horace Vernet.30 mars 1814

Le cabaret entre dans l'histoire le 30 mars 1814.

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Le tableau d'Horace Vernet rappelle ce jour héroïque.

On y voit le maréchal Moncey dirigeant la défense de Paris et donnant des ordres à un colonel.

On remarque le pavillon de l'octroi de Ledoux sur la gauche et au fond le cabaret du père lathuille.

Le peintre rend hommage au cabaretier qui ouvre les portes de son établissement aux gardes nationaux, leur sert à boire et à manger sans lésiner. On lui prête la phrase historique adressée aux combattants qui allaient affronter l'armée russe :

"Mangez, buvez, mes enfants! Il ne faut rien laisser à l'ennemi!"

La résistance menée par Moncey fut assez héroïque pour tenir jusqu'à l'armistice. Des boulets russes détruisirent une partie du cabaret, l'un d'eux se ficha dans le comptoir. On l'y laissa et il put être caressé comme une relique par les clients jusqu'en 1860!

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Le cabaret se trouvait au n°7 actuel de l'avenue de Clichy qui s'appelait alors grande rue des Batignolles.

Aujourd'hui à son emplacement s'élève un cinéma militant qui promeut les oeuvres de création, c'est le Cinéma des Cinéastes, apprécié des cinéphiles,

Chez Aubry
Chez Aubry

La paix revenue, le cabaret accueille une clientèle plus large et son restaurant est apprécié pour ses plats originaux comme "la sole Moncey" ou "le poulet Lathuille" (aux fonds d'artichaut).

Jouxtant l'établissement, au n°9 de l'avenue actuelle, Aubry, gendre du père Lathuille ouvre en 1830 un café au décor luxueux. La grande salle est décorée de peintures et, comble de luxe, éclairée au gaz. On peut jouer au billard dans une deuxième salle ou profiter du soleil dans un jardin à l'arrière.

Une porte de communication permet de passer du cabaret du père Lathuille au café Aubry. Ce café deviendra célèbre quand Guerbois le rachètera.

Beaucoup d'artistes fauchés habitent le quartier où les loyers sont moins élevés que dans la Nouvelle Athènes voisine. Les peintres, s'approvisionnent en matériel chez Hennequin, ami de Manet, dont la boutique est au 11 rue Grande des Batignolles.

De la boutique au café Guerbois, il n'y a qu'un pas. Entre 1866 et 1875, le café est un lieu de rencontres et de réunions. On y voit Monet, Cézanne, Degas, Renoir, Pissaro, Sisley, Manet!

Le café figurera dans le roman de Zola "l'Oeuvre" sous le nom de café Baudequin (contraction de Baudelaire qui fréquenta le café Guerbois et Hennequin le marchand de peintures)

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Manet peint son fameux tableau en 1880.

Zola le décrit ainsi :

"Il y a au salon de cette année une scène de plein air, Chez le père Lathuille, deux figures à une table de cabaret, d'une gaieté et d'une délicatesse de tons charmantes (...) "

Manet représente Louis, le fils du patron attablé à côté d'Ellen Andrée, actrice de renom qui joue notamment dans les pièces de Courteline et qui sert de modèle à de nombreux peintres comme Renoir ou Degas. Manet l'a déjà représentée dans un tableau peint en 1875 : la Prune.

Manet. La prune. (Ellen André)

Manet. La prune. (Ellen André)

La jeune-fille en blanc.
La jeune-fille en blanc.

Manet habitué du cabaret choisit encore pour modèle la fille du père Lathuille, Marguerite Gauthier-Latuille, pour son tableau, "La jeune-fille en blanc".

Louis Gauthier-lathuille (1879)
Louis Gauthier-lathuille (1879)

Il peint une nouvelle fois Louis, le fils du père Lathuille, déjà représenté avec Ellen Andrée, dans un autre tableau...

Le restaurant du père Lathuille cesse d'être à la mode dans les dernières années du XIXème siècle et Louis Gauthier-Lathuille qui a succédé à son père ne parvient pas à lui redonner le lustre d'antan.

Il est vrai que la plupart des grands peintres qui fréquentaient l'établissement sont morts!

avenue de Clichy (à gauche le Kursaal)

avenue de Clichy (à gauche le Kursaal)

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.

Le cabaret ferme ses portes en 1906.

Il est remplacé entre 1907 et 1927 par un Music-Hall, le Kursaal où se produisent, entre autres, Maurice Chevalier, Fréhel, Lucienne Boyer ou Berthe Silva...

Tampon de l'Eden.

Tampon de l'Eden.

Le music-hall périclite comme la plupart des établissements montmartrois quand la vogue du 7ème art se répand. Il est transformé en cinéma-music-hall, l'Eden, avant de n'être plus qu'un cinéma le Mirage puis le Pathé Clichy (1943).

En 1987 Claude Berri en prend la direction avec la Société des Auteurs réalisateurs et producteurs (l'ARP)

Dernière métamorphose en 1996 quand le cinéma est baptisé par sa marraine Fanny Ardant : Le Cinéma des Cinéastes!

On y trouve au 1er étage "le bistrot des cinéastes" sympathique mais un peu terne, sans un père Lathuille pour lui donner du panache!

Y aura t-il des cinéastes pour utiliser son décor et lui assurer comme l'ont fait les Impressionnistes pour le cabaret du père Lathuille une renommée internationale?!!!

Fresque dans le Cinéma des Cinéastes.

Fresque dans le Cinéma des Cinéastes.

En complément les panneaux historiques (pelles Starck) devant le 7 et le 9 de l'avenue de Clichy....

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
7 avenue de Clichy. Le Père Lathuille.

7 avenue de Clichy. Le Père Lathuille.

Le cabaret du père Lathuille. Avenue de Clichy.
9 avenue de Clichy. Guerbois.

9 avenue de Clichy. Guerbois.

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Ellen Andrée fut une actrice d'un certain renom, interprète de Courteline, de Guitry, et choisie par André Antoine pour jouer dans Poil de Carotte de Jules Renard ou La Terre de Zola.

Pourtant, si son nom reste connu aujourd'hui c'est parce qu'elle a servi de modèle à quelques uns des plus grands peintres de son temps.

Ellen Andrée par Nadar

Ellen Andrée par Nadar

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Ellen Andrée (1857-1925) commence tôt sa carrière d'actrice. Elle a 17 ans quand elle débute au théâtre du Palais Royal.

Elle jouera par la suite aux Variétés, à la Renaissance, aux Folies Bergères...

Elle est vite remarquée par les artistes qui sont attirés par sa "présence", sa sensualité et sa bonne humeur.

Parmi les premiers à lui demander de poser, Manet n'est pas le moindre !

Manet. La parisienne (Ellen Andrée) 1874

Manet. La parisienne (Ellen Andrée) 1874

Dans la Parisienne (1874) elle est une femme élégante et digne, vêtue de noir. Etonnant tableau qui prend le contrepied de ce que son titre peut suggérer. La Parisienne n'est pas la coquette, piquante et accueillante qui fait fantasmer l'Europe mais une femme endeuillée, figure austère et hiératique, un portrait qui évoque Goya (la Marquise de la Solana).

Elle semble sortir du poème "A une passante" de Baudelaire:

(...) Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet.

(...)

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais.

Manet. La Prune. (Ellen Andrée) 1878

Manet. La Prune. (Ellen Andrée) 1878

Peint quatre ans plus tard, le tableau "La Prune" donne une autre image de la femme. Ellen Andrée en bonne comédienne, peut jouer tous les rôles!

Elle est attablée dans un café, le verre avec le fruit et l'eau de vie devant elle. Le décor est celui de la Nouvelle Athènes que fréquentait Manet, place Pigalle. Les lignes du cadre à l'arrière-plan mettent en valeur le visage de la femme, une femme du peuple, soeur de celles que décrit Zola. Fatiguée, dans une attitude de laisser-aller, elle s'abandonne un moment, la cigarette éteinte, au plaisir d'un moment de solitude et de rêverie.

Manet. Chez le père Lathuille (1879)

Manet. Chez le père Lathuille (1879)

Dans le célèbre tableau peint chez Lathuille en 1879, on la retrouve avec à ses côtés Louis Gauthier-Lathuille, le fils du cabaretier.

Elle est de nouveau vêtue en bourgeoise, un peu raide, à la fois intéressée et sur la réserve devant un jeune homme sensuel et dragueur. A l'arrière plan, un garçon de café observe la scène. Il est l'image même du peintre ou de l'écrivain naturaliste (Zola, Manet) qui observent la société!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Quittons Manet et revenons en arrière, en 1874, quand Gervex (un authentique Montmartrois, né en 1852 dans le village que Paris n'avait pas encore annexé) peint Rolla en s'inspirant du poème de Musset. C'est Ellen Andrée qui pose pour lui mais exige que son visage ne soit pas reconnaissable!

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"Henri Gervex répandit mon anatomie sur le lit de son "Rolla". Je ne tenais pas à être reconnue en cette Manon d'une tenue si abandonnée. Je recommandai à Gervex : surtout ne lui donnez pas ma figure!

Bref, pour le visage, c'est une brune qui posa...." Ellen Andrée.

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Elle n'a que 21 ans quand elle pose pour ce tableau et elle ne tient pas à compromettre sa jeune carrière.

De plus, elle subit encore l'influence du milieu familial et d'un père officier qui ne badine pas avec la morale!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Le tableau fait scandale et il est exclu du salon, ce qui assure sa célébrité! Les curieux émoustillés défilent en rangs serrés dans l'atelier de Gervex pour l'y voir!

Le poème de Musset nous présente un jeune débauché qui, écoeuré par sa vie sans idéal, décide de se suicider alors que Marie, la prostituée avec qui il a une liaison est étendue, abandonnée sur le lit.

J.K. Huysmans remarque surtout la figure masculine dans le tableau de Gervex. Il écrit :

"Le jeune homme regarde, regrettant et dégoûté, la fille inerte, avachie dans un long somme. Cette figure ravagée et sombre, détachée dans un flux de lumière blanche est vraiment belle. Dans ce dépoitraillé de costume, dans cette chemise au plastron et aux manches froissées, cet homme a grande allure et je vois dans cette fille éboulée, après des intimités haletantes, sur un lit, un coin de parisianisme et de modernité qui évoque en moi des souvenirs du grand et divin poète Charles Baudelaire."

Gervex. Avant l'opération. 1887.

Gervex. Avant l'opération. 1887.

Ellen Andrée pose pour un autre tableau de Gervex quelques années plus tard. Le tableau "Avant l'opération" s'intitulait en réalité "Le docteur Péan enseignant à ses élèves à l'hôpital Saint-Louis, sa découverte du pincement des vaisseaux"!

C'est un hommage à Rembrandt et à sa Leçon d'anatomie.

La fin du déjeuner; Renoir.

La fin du déjeuner; Renoir.

Renoir ne manque pas de la remarquer chez ses amis et il la fait poser pour plusieurs de ses toiles comme "la fin du déjeuner"....

Ellen andrée. Renoir

Ellen andrée. Renoir

Le déjeuner des canotiers. Renoir.(1881)

Le déjeuner des canotiers. Renoir.(1881)

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

Dans le célèbre déjeuner des canotiers, elle est présente parmi les 4 personnages du groupe principal, autour de la table. A droite, assis à califourchon sur sa chaise, le peintre Caillebotte semble plus intéressé par la femme en face de lui que par sa voisine (Ellen Andrée) vers laquelle se penche le journaliste italien, Maggiolo.

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Renoir privilégie sa sensualité et sa grâce. Ell sera satisfaite du résultat et considérera que c'est lui qui aura été le plus fidèle à sa nature de femme libre et vivante.

L'Absinthe. Degas. 1873

L'Absinthe. Degas. 1873

Elle ne pense pas la même chose de Degas qui la fait poser pour son tableau "l'Absinthe".

Elle est assise à côté de Marcellin Desboutin dans le café de la Nouvelle Athènes, place Pigalle, où Manet avait déjà peint "la Prune".

Degas donne à voir l'isolement des buveurs enfermés dans leur monde. Zola apprécie l'oeuvre et il dira à Degas, à propos de "l'Assommoir" : "J'ai tout bonnement décrit quelques uns de vos tableaux."

Ellen Andrée s'inquiète d'être assimilée à la femme alcoolique que le peintre a représentée. Elle insiste pour qu'il précise qu'elle était une femme tout à fait sobre et qu'il lui avait fait jouer un rôle de composition!

Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)
Ellen Andrée. Modèle à Montmartre. (Manet, Degas, Renoir...)

A force de fréquenter les peintres, Ellen Andrée finit par en épouser un!

En 1887, elle devient la femme de Henri Drumont, un vrai Montmartrois puisqu'il est né en 1859 dans la commune libre (comme Gervex), un an avant qu'elle ne soit rattachée à la capitale!

Près de la barque; Henri Drumont.

Près de la barque; Henri Drumont.

Laissons les derniers mots à Ellen Andrée qui évoque son existence d'artiste et de modèle :

"J'ai toujours été fourrée dans les peintres : Degas, Renoir, Manet... Ils m'ont tous fait mon portrait plus ou moins, souvent plutôt deux fois qu'une, mais j'ai perdu tout cela en des ventes, je partais pour l'Amérique, j'étais amoureuse..."

(Ellen Andrée par Jean d'Arc. Le Courrier Français 1891

Un coin d'atelier (1887) Edouard Joseph Dantan (Ellen Andrée)

Un coin d'atelier (1887) Edouard Joseph Dantan (Ellen Andrée)

Ellen Andrée. Degas (1876)

Ellen Andrée. Degas (1876)

Femme dans la rue. Degas. 1879. (Ellen Andrée)M

Femme dans la rue. Degas. 1879. (Ellen Andrée)M

Au café. Manet (1878) (Ellen Andrée)

Au café. Manet (1878) (Ellen Andrée)

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Publié le par chriswac
Publié dans : #OLERON
Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.

C'est un monument discret érigé sur la route du Bastion, entouré d'une végétation "libérée" de tout entretien!

Il a été inauguré le 30 avril 1946 pour commémorer la libération de l'île au cours de "l'Opération Jupiter" qui débuta le 30 avril 1945 (jour anniversaire d'Hitler !) à 2h45...

Le monument tel qu'il était avant les dégradations.

Le monument tel qu'il était avant les dégradations.

Le monument aujourd'hui après restauration.

Le monument aujourd'hui après restauration.

Le monument s'est dégradé et il a fallu le restaurer en 1970.

Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.

La plaque commémorative a dispau et la signature du sculpteur sur le côté est devenue illisible. La pierre calcaire supporte mal les vents marins!

Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.
Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.
Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.

Sur les vieilles photos on voit qu'était gravé sur le socle "Notre-Dame de la Libération".

Renseignements pris à la mairie, le monument aurait été offert à la ville par les religieuses du Château. Il représente la Vierge se dressant pour briser les chaînes de l'occupation.

Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.

La vierge se détache du menhir dressé vers le ciel, comme sortie d'un sommeil de pierre.

Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.

La libération de l'île fut rapide et sans comparaison avec celle de la Normandie.

700 hommes débarquèrent à Saint-Trojan (Gatseau) le matin. Ils furent suivis par d'autres vagues de combattants amenés par des landing-crafts. Leur progression fut ralentie par les champs de mines. Le soir, le Château était libéré.

Il y eut d'autres combats plus au nord. En bref une cinquantaine de soldats allemands sur les deux mille qui occupaient l'île furent tués. Parmi les libérateurs (plus de huit mille hommes) il y eut dix-huit morts.

Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.

Il n'y aurait eu aucun mort si l'on avait attendu quelques jours!

En effet c'est une semaine plus tard, le 7 mai, que l'Allemagne nazie signait sa capitulation et le lendemain qu'était proclamée la fin de la guerre.

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Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.
Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.
Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.
Oléron. Le Château. Monument à la Libération. 30 avril 45.

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Publié le par chriswac
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Le Petit Village

Le Petit Village

Le Château d'Oléron

Le Château d'Oléron

Les arbres en couleurs et les glycines assurent le clou du spectacle...

les roses trémières se concentrent dans leurs feuilles avant de sauter à la perche ...

Dans les forêts, ajoncs et genêts font éclater le bouquet final...

Dans les marais des milliers de fleurs modestes ne demandent rien à personne...

"Le printemps clair, l'avril léger..." passe en l'effleurant sur l'île d'Oléron....

La Chevalerie

La Chevalerie

Le Château d'Oléron

Le Château d'Oléron

Le Grand Village

Le Grand Village

La Chevalerie

La Chevalerie

Ors. Les marais.

Ors. Les marais.

Piste cyclable entre la Chevalerie et le Château

Piste cyclable entre la Chevalerie et le Château

Boyardville

Boyardville

Boyardville

Boyardville

Trillou

Trillou

Petit Village

Petit Village

Forêt de Saint-Trojan

Forêt de Saint-Trojan

Forêt de Saint-Trojan

Forêt de Saint-Trojan

Port des Salines

Port des Salines

Piste cyclable au Petit Village

Piste cyclable au Petit Village

Les marais et au loin le viaduc

Les marais et au loin le viaduc

Printemps 2015 à Oléron. Photos d'avril.
Port des Salines

Port des Salines

Le Château d'Oléron

Le Château d'Oléron

Le Château d'Oléron

Le Château d'Oléron

Avail

Avail

Montravail

Montravail

Le Grand Village

Le Grand Village

Forêt de Saint-Trojan

Forêt de Saint-Trojan

Printemps 2015 à Oléron. Photos d'avril.
Près de Dolus

Près de Dolus

La Brée

La Brée

Cabanes des artisans. Le château

Cabanes des artisans. Le château

Printemps 2015 à Oléron. Photos d'avril.
Sur les balcons du ciel. Prêts à s'envoler à bord d'Avril!

Sur les balcons du ciel. Prêts à s'envoler à bord d'Avril!

Un brin de muguet pour le 1er mai!
Un brin de muguet pour le 1er mai!

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Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

Le mur des je t'aime est devenu un lieu incontournable, passage obligé des amoureux ou des aspirants à l'amour venus visiter Paris.

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Jehan-Rictus (Steinlen)
Jehan-Rictus (Steinlen)

Il est élevé dans le square Jehan-Rictus, place des Abbesses.

Pas sûr que Jehan-Rictus, le poète de la misère et de la révolte soit le meilleur gardien de cette "oeuvre" qui sans doute le ferait sourire.

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

Laissons-le soliloquer dans son coin...

La plupart des visiteurs ne savent pas qui il est... et veulent croire qu'ils entrent dans un jardin romantique et bohême...

Paris (Montmartre en particulier) a l'art de se fabriquer des images!

L'ancienne mairie du 18ème place des Abbesses.

L'ancienne mairie du 18ème place des Abbesses.

En cet endroit s'élevait l'ancienne mairie du XVIIIème, où siégea Clémenceau en 1870 et Jean-Baptiste Clément, le poète du Temps des Cerises, pendant la Commune.

Sur un mur pignon assez laid, ont été posés des carreaux de lave émaillée.

Il y en a 612... (je n'ai pas vérifié! mais les matheux peuvent s'y coller : sachant que le mur a une superficie de 40 m2 et que chaque plaque mesure 21cm x29,7cm.... )

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

En 1992, un jeune homme, Frédéric Baron, a fait la vendange d'un millier de "je t'aime" exprimés en 311 langues et dialectes, du mandarin au navajo, du berbère au basque...

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

Une artiste, Claire Kito les a calligraphiés....

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

Et voilà notre mur habillé pour l'hiver!

Il a la superficie moyenne d'un petit deux pièces parisien pour jeune couple pas trop fauché...

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

Des éclats rouge vif sont projetés sur le fond bleu marine.

Ils forment les pièces d'un puzzle qui si on les réunissait, dessineraient un coeur parfait,

un coeur irrigué de sang,

un coeur battant!

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

C'est la belle idée de cette oeuvre et c'est ce qui lui évite de tomber dans la miévrerie.

On pense à Babel, à toutes ces langues qui séparent les hommes.

Pourquoi tant de mots différents pour dire la même chose?

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

Devant ces taches rouge, je pense au Temps des Cerises...

Au sort qu'on réserva sur notre Butte aux hommes et aux femmes qui luttèrent pour qu'un jour tous les habitants de la Terre puissent se dire "Je t'aime".

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.
Le Mur des Je t'aime. Montmartre.

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Tombe de Maman Perdon. Division 2.

Tombe de Maman Perdon. Division 2.

Voilà une femme hors du commun qui ne trouvait pas exceptionnel de se dévouer pour les autres.

Sa tombe dans le petit cimetière attire l'attention du visiteur.

La veilleuse sur la tombe

La veilleuse sur la tombe

Jeanne Lepailleur est née en 1872 à Paris, dans le XVIIème arrondissement.

Elle épousa à 20 ans monsieur Perdon, un brave homme sans histoire.

Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.

Elle choisit d'être infirmière par vocation et elle donne la mesure de son dévouement pendant la guerre de 1914.

Les témoignages de nombreux soldats blessés rendent hommage à sa disponibilité et à son attention.

Les hommes souffrants ou angoissés appellent leur mère à leur chevet et c'est l'infirmière qui tente de les rassurer. Très vite, les hommes la surnomment "Maman Perdon".

Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.
Monument aux infirmières (Pierrefonds)
Monument aux infirmières (Pierrefonds)

Elle est infirmière major à proximité du front. Une de ses amies,Elisabeth Jalaguier est tuée non loin d'elle lors d'un bombardement sur le centre de soins.

Maman Perdon s'engagera après la guerre pour qu'un monument soit érigé à la mémoire des infirmières tuées, à l'emplacement précis où sa camarade avait trouvé la mort.

Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.

En 1915, à l'hôpital de Villers-Cotterets, elle fait preuve d'un courage exemplaire. Les journaux publient sa citation à l'ordre du jour :

"Madame Juliette Perdon a contribué avec le plus grand dévouement, à soigner les malades et les blessés de l'hôpital d'évacuation, ne reculant devant aucune besogne. Au cours du bombardement du 17 juin 1915, elle vit éclater à moins de dix mètres d'elle un obus de 380 millimètres dont l'explosion l'a couverte de débris de terre, n'en continua pas moins, sans manifester aucune émotion, à donner ses soins aux malades et blessés et ne consentit à quitter l'hôpital qu'après une évacuation complète."

Maman Perdon à 67 ans.

Maman Perdon à 67 ans.

Après la guerre, à Montmartre où elle habite, elle ne compte pas son temps et sa peine pour soigner les malades.

Il n'est pas surprenant qu'en 1939, lors de l'exode, elle apporte du secours aux blessés sur les routes.

Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.

Elle prend sous son aile des gosses de la Butte, des petits Poulbots particulièrement vulmérables. Elle veille sur eux et les emmène loin de Paris, à l'abri des bombardements. C'est pendant cette "mission" qu'elle est renversée par un camion militaire. Elle est heurtée au visage et perd la vue.

Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.

Après la guerre, bien que modeste, elle n'est pas insensible aux honneurs. Elle porte avec fierté ses nombreuses médailles!

En 1948, elle est nommée Chevalier de la Légion d'honneur et c'est Robert Schuman qui la décore.

Elle reçoit : la Croix de guerre avec palme, la médaille interalliée, la médaille de la Victoire, la Croix d'honneur du dévouement national et... les Palmes académiques...

L'arrière du 3 (à gauche) donne sur l'est de la Butte.

L'arrière du 3 (à gauche) donne sur l'est de la Butte.

Les dernières années sont un peu tristes. Elle vit seule, sans famille, dans une petite chambre tapissée de souvenirs, 3 place du Tertre.

Sa fenêtre ne donne pas sur la place mais sur l'église Saint-Pierre et le Sacré-Coeur.

Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.
Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.

Elle meurt à 82 ans, le 30 novembre 1954.

Elle est enterrée dans le cimetière Saint-Vincent.

Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.

La stèle sculptée qui orne sa tombe ne la flatte pas!

La bonne infirmière y paraît sévère et raide.

Celle qui apporta tendresse et compassion aux grands blessés apparaît ici, sur une pierre couleur d'ossements...

Elle porte des lunettes rondes qui font penser à des orbites creuses...

Sur son visage, un sourire esquissé se transforme en rictus...

Maman Perdon. Cimetière Saint-Vincent.

Par chance, maman Perdon a perdu la vue et si l'envie lui prenait de sortir de sa tombe à l'appel d'un voisin qui aurait besoin de réconfort, elle n'y verrait que du feu...

Le feu de la veilleuse que des mains reconnaissantes allument parfois sur sa pierre...

La dernière photo de maman Perdon

La dernière photo de maman Perdon

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La Folie Sandrin en 1830

La Folie Sandrin en 1830

La Folie Sandrin aujourd'hui

La Folie Sandrin aujourd'hui

La Folie Sandrin!

Qui ne connaît à Montmartre cette imposante construction sise au 22 rue Norvins, tournant fièrement son fronton vers Paris, l'air de dire qu'aucune demeure, aucun hôtel de la capitale ne jouira jamais d'une telle situation ni d'une telle vue?

Au 1er plan le réservoir. La grille d'entrée telle qu'elle est restée depuis le sieur Sandrin.

Au 1er plan le réservoir. La grille d'entrée telle qu'elle est restée depuis le sieur Sandrin.

Les bâtiments dont une partie remonte au XVIIIème siècle se sont d'abord appelés Palais Bellevue. C'est sous ce nom qu'ils deviennent la propriété en 1774 d'Antoine Gabriel Sandrin (parfois orthographié Cendrin).

Notre homme a fait fortune dans la bougie! Il est en effet Maître et marchand chandelier.

Atelier du Maître Chandelier (ou cirier).

Atelier du Maître Chandelier (ou cirier).

La propriété acquise par Sandrin était telle qu'elle avait été édifiée à la fin du XVIIème siècle, un peu austère au goût du chandelier, homme des lumières avant la lettre, qui rasa quelques bâtiments annexes et fit édifier une demeure vaste et claire dans ce village de Montmartre où elle fut appelée aussitôt "Folie Sandrin".

Rappelons s'il en était besoin que la folie n'est pas la maladie que tentera de soigner en ce lieu le célèbre Docteur Blanche, mais une "feuillée" c'est à dire une maison de campagne sous les arbres !

Des rocailles ensauvageaient les jardins et furent à l'origine du nom de maison des rochers que certains Montmartrois donnèrent alors à la folie.

La Folie Sandrin. Montmartre. Rue Norvins.
La Folie Sandrin. Montmartre. Rue Norvins.

Une description notariale a été rédigée pour la vente de la propriété en 1795 à un marchand de vin (clin d'oeil de l'histoire puisque le réservoir situé devant la folie est devenu le siège de la commanderie pinardière du Clos Montmartre, soucieuse de promouvoir dans l'univers la production des vignes locales).

Elle nous donne une idée de l'opulence de cette demeure qui comportait 24 pièces et était entourée d'un vaste jardin aménagé, à l'arrière, dans le goût anglais.

Arrière de la folie rue des saules. Les jardins.

Arrière de la folie rue des saules. Les jardins.

La folie depuis la rue des Saules.

La folie depuis la rue des Saules.

Philippe Pinel (1745-1826) dont le docteur Prost est disciple.

Le marchand de vins ne fit pas fortune et, en 1805, revendit sa propriété au docteur Prost, aliéniste disciple de Philippe Pinel qui,s'insurgeant contre les traitements inhumains réservés aux "fous" (chaînes, électricité...) prônait un traitement "moral" de la folie. Il importait pour lui de traiter les malades avec bienveillance et compassion, leur parler, vivre avec eux...

Le docteur Prost partageait ses repas avec ses pensionnaires, les écoutait, les traitait avec respect. Il obtint des résultats si encourageants que son établissement devint célèbre.

Pinel libère de leurs chaînes les aliénés de la Salpétrièree. (Robert Fleury 1795)

Pinel libère de leurs chaînes les aliénés de la Salpétrièree. (Robert Fleury 1795)

Au coeur du village, la maison de santé du docteur Prost. (gravure 1820)

Au coeur du village, la maison de santé du docteur Prost. (gravure 1820)

Esprit Sylvestre Blanche (seule photo connue du docteur)

En 1820 le docteur Prost cèda son établissement qui avait acquis une réputation flatteuse à un autre docteur, Esprit Blanche (1796-1852).

Avec lui, la Folie Sandrin entra dans l'histoire littéraire. Un des plus grands poètes du XIXème siècle, Gérard de Nerval y séjourna en effet

Il la décrivit dans "La Bohême Galante" comme une "villa fashionable et même aristocratique"!g>

La Folie Sandrin. Entrée 22 rue Norvins.

La Folie Sandrin. Entrée 22 rue Norvins.

Utrillo (1910)

Utrillo (1910)

C'est en 1841 qu'il est accueilli à la Folie Sandrin. La maison lui paraît luxueuse, en contraste total avec les asiles d'aliénés où les malades sont à peine mieux traités que des animaux. Les tarifs sont si élevés que le poète n'aurait jamais pu y payer sa pension si la générosité du docteur Blanche n'avait acccordé la gratuité aux artistes.

Nerval est atteint de psychose maniaco-dépressive doublée de schizophrénie, une maladie que l'on traite aujourd'hui par la chimie. Le docteur Blanche le juge incurable.

Maison de santé du docteur Blanche à Passy.

Maison de santé du docteur Blanche à Passy.

Emile Blanche (John singer Sargent)

Nerval apprécie le calme et le charme de Montmartre au point qu'il choisira d'y séjourner en 1846, au Château de Brouillards.

Quand il subira sa grande crise en 1853-1854, il retrouvera le docteur Blanche.

Mais la maison de soins aura déménagé à Passy et le docteur Blanche ne se prénommera plus Esprit mais Emile (fils du précédent).

C'est pendant ce dernier séjour qui précèdera sa mort qu'il écrira Aurélia où rêve et réalité se mêlent, où sont percées les "portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible".

Jacques Arago

Jacques Arago

Portrait du chef hawaïen Ooro (Jacques Arago. 1819)

Portrait du chef hawaïen Ooro (Jacques Arago. 1819)

Parmi les pensionnaires célèbres du docteur Blanche à Montmartre, on trouve Jacques Arago (1790-1854)

Frère de Jean et de François (le plus célèbre des trois) il est à la fois écrivain et explorateur. Il rapporte de ses voyages de nombreux croquis.

C'est lui qui nous laisse dans son ouvrage "Paris ou le livre des cent et un" la description la plus complète du docteur Blanche, de sa femme et de la "maison de fous" comme il l'appelle :

Au haut de la butte Montmartre, sur un tertre dominé par les bras gigantesques de plusieurs moulins à vent, est un édifice irrégulier de quelque apparence, dont la façade blanche, assez élégante, appelle les regards des curieux (...) Le derrière de la maison donne sur un jardin à l’anglaise, petit, mais agréable. Les malades, les idiots, les fous, s’y promènent à volonté ; ceux dont la folie est dangereuse sont séparés des autres par une haute palissade de planches, qu’ils ne peuvent ni franchir, ni abattre. D’un côté la douleur, de l’autre le </em>désespoir (...)

En 1899. Dessin de Pierre Vidal.

En 1899. Dessin de Pierre Vidal.

La Maison du docteur Blanche en 1906

La Maison du docteur Blanche en 1906

La Folie Sandrin. Montmartre. Rue Norvins.

Monrose dans l'Etourdi de Molière.

Un autre pensionnaire célèbre fut Claude Barizain (1783-1843) acteur du théâtre Français connu sous le nom de Monrose.

Il était spécialisé dans les rôles impertinents de valets, tels Scapin, Crispin ou Sganarelle. Spirituel et primesautier sur scène, il était dans la vie d'une grande mélancolie. Une "mélancolie incurable" diagnostiquera le docteur Blanche.

Quand sa femme meurt en 1841, il reste prostré, frappé d'amnésie. Il est conduit en 1842 dans la maison de Montmartre.

En janvier 1843, le docteur Blanche l'accompagne au théâtre où devant son public, Monrose, retrouvant soudain la mémoire, joue sans une faute le rôle de Figaro dans le Barbier de Séville. Il connaît un immense et ultime succès dû à sa performance et à l'émotion de ses admirateurs qui savaient qu'ils assistaient à un adieu.

Trois mois et demi plus tard, Monrose meurt dans son refuge montmartrois. Il est enterré au cimetière Montmartre.

Emilie de Lavalette.

Parmi les hôtes célèbres de la Maison Blanche, mention doit être faite d'une grande amoureuse : Emilie de Lavalette (nièce de Joséphine de Beauharnais, 1781-1855)

Emilie de Lavalette à la Conciergerie. D'après Dévéria.

En 1815, pendant la "Terreur Blanche", son mari, Antoine de Lavalette, ancien aide de camp de Napoléon, est arrêté et condamné à mort. Emilie se rend avec sa fille à la Conciergerie où il est incarcéré. Après avoir dit adieu à son mari elle quitte la prison. On découvrira, trop tard pour le rattraper, qu'Antoine est ressorti déguisé en femme avec sa fille tandis qu'Emilie prenait sa place dans sa cellule!

Après des mois d'emprisonnement éprouvant où elle est traitée sans ménagement, Emilie a recours aux soins du docteur Blanche qui dans un premier temps la remet d'aplomb. Mais après la mort de sa fille, sa raison défaille de nouveau. Elle ne reconnaîtra pas son mari revenu d'exil.

La Folie Sandrin. Montmartre. Rue Norvins.
La Folie Sandrin. Montmartre. Rue Norvins.

Après le départ du docteur Blanche, sa maison connaît divers avatars.

Elle devient jusqu'en 1875 une institution de demoiselles de bonne famille, sous la houlette d'une certaine veuve Mathieu.

La veuve disparue, une fabrique de broderies avec de jolies brodeuses style Mimi Pinson, occupa les lieux. Elle appartenait à un Monsieur Gilbert dont je n'ai trouvé aucune trace!

Folie Sandrin. Cours Normal de Montmartre (1964)

Folie Sandrin. Cours Normal de Montmartre (1964)

La fabrique fait faillite. Un institut normal de jeunes filles prend possession des lieux dans les décennies 1950 et 60.

Hélène, une Montmartroise qui y fut élève se rappelle son école :

"J'ai été élève au Cours Normal de Montmartre dans les années 58-60. J'en ai gardé le souvenir de bâtiments vétustes (le plafond de la salle de classe menaçait de s'effondrer!) et d'un immense jardin où nous faisions la gym et allions en récré.

Le jardin était boisé et mal et moins bien entretenu mais il avait plus de charme."

Cours Normal de Montmartre. Les jardins.

Cours Normal de Montmartre. Les jardins.

La Folie avant les travaux de réhabilitation

...et puis Montmartre devient la proie des promoteurs aux longues dents. La folie est rachetée, restructurée, modernisée et vendue en appartements de luxe!

Les travaux. En route vers la Résidence de luxe!

Les travaux. En route vers la Résidence de luxe!

Jean Marais. Orphée.

Jean Marais. Orphée.

Respectons l'anonymat de ses heureux habitants.

Parmi ceux qui après y avoir vécu ont quitté à tout jamais la Butte, retenons le plus flamboyant d'entre eux, Jean Marais, qui partageait sa vie entre Vallauris et Montmartre!

La Folie Sandrin. Montmartre. Rue Norvins.
Folie Sandrin. Jardins.

Folie Sandrin. Jardins.

La propriété se protège derrière ses grilles et ses murs.

Le prix du m2 peut y flirter avec les 22 000 euros.

Le bon docteur Blanche n'aurait plus les moyens d'y installer sa maison de soins et Nerval irait se pendre ailleurs!

La Folie Sandrin. Montmartre. Rue Norvins.
La Folie Sandrin. Montmartre. Rue Norvins.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #POEMES. ALZHEIMER PERE
Poème : Vendredi Saint. Mort de mon père.
Poème : Vendredi Saint. Mort de mon père.

 

 

 

Vendredi Saint.

 

 

 

 

Tu disais souriant à peine

Je veux mourir Vendredi Saint

Je prenais ta main dans la mienne

Et te parlais des lendemains

 

Nous étions quatre autour de toi

Quand ton souffle s'est arrêté

Quatre enfants autour de la croix

Où la douleur t'avait cloué 

 

Comme un navire à son baptême

Tu as glissé dans nos mémoires

 

N'aie pas peur quand il fera noir

Tu seras guidé sans problème

Par les éclats

De nos "je t'aime"

 

 

 

 

 

Poème : Vendredi Saint. Mort de mon père.
Poème : Vendredi Saint. Mort de mon père.
Poème : Vendredi Saint. Mort de mon père.
Poème : Vendredi Saint. Mort de mon père.

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Publié le par chriswac
Publié dans : #MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités, #MONTMARTRE. Rues et places.
Jehan-Rictus par Steinlen.

Jehan-Rictus par Steinlen.

Poète à part, virtuose de l'argot et du parler populaire, Jehan-Rictus ne pouvait trouver refuge que dans le Montmartre des artistes fauchés et des anars.

Jehan-Rictus par Léandre.

Jehan-Rictus par Léandre.

Gabriel Randon (véritable nom de Jehan-Rictus) est né en 1867 à Boulogne sur mer.

On ne peut pas dire qu'il ait eu une enfance heureuse, non reconnu par ses parents, élevé par une mère névrosée qui rêvant d'une gloire théâtrale s'installe avec son fils âgé de huit ans à Paris.

Gabriel Randon est né au 8 de la place Navarin bombardée en 1915.(Boulogne sur mer)

Gabriel Randon est né au 8 de la place Navarin bombardée en 1915.(Boulogne sur mer)

Il racontera son enfance de garçon mal aimé dans son roman Fil de Fer publié en 1906 qui n'est pas sans évoquer Poil de Carotte.

A 14 ans, il cesse d'aller à l'école. Il est employé dans des maisons de commerce comme apprenti jusqu'à l'âge de 16 ans où il se sépare de sa mère.

Très vite il est attiré par Montmartre où il survit grâce à de petits boulots qui lui assurent à peine de quoi se payer nourriture et abri. En 1889 il vit dans la rue avec les clochards et les laissés pour compte qui trouvent refuge dans le maquis. Il n'oubliera jamais cette période de sa vie où il fait l'apprentissage de la misère.

Le maquis de Montmartre (1904)

Le maquis de Montmartre (1904)

C'est là qu'il rencontre pour la première fois Steinlen dont le Cat's Cottage est en bordure du maquis. Steinlen deviendra un ami fidèle et c'est lui qui illustrera son plus célèbre recueil : Les Soliloques du Pauvre.

Il représentera page apès page le poète comme un errant, un passant tragique à la silhouette de Juif errant. Ses dessins sont au plus près de l'os, images charbonneuses d'un artiste mangé par la misère et la nuit, image un tant soit peu fantasmée du clochard idéal!

Jehan-Rictus à Montmartre.
Jehan-Rictus à Montmartre.

Gabriel Randon qui n'a pas encore choisi de s'appeler Jehan-Rictus se sent poète. Il admire alors Heredia qui l'aide à trouver un emploi dans l'administration de la Préfecture de la seine.

A la même époque il se lie d'amitié avec un poète symboliste, Albert Samain.

On a du mal à reconnaître l'écorché vif dans les vers qu'il écrit, inspirés des Parnassiens ou des Symbolistes....

Jehan-Rictus à Montmartre.

(...)

Vous me refusez. Adieu! tout s'écroule.

Je sais une mer, là-bas, dont la houle

Fermera sur moi son linceul flottant.

 

Si vous demeurez dédaigneuse, altière,

Je sais une croix dans un cimetière

Où j'irai clouer mon coeur palpitant."

 

Gabriel Randon. (sonnet à Léonie Godart. 1887)

 

En 1892, le poète qui ne donne pas satisfaction à l'administration qui ne lui en donne pas plus, va exercer sa plume dans le journalisme. Sans grand succès.

Il se sent poète avant tout et commence à fréquenter les cabarets où il lit ses textes.

Les Quat'z'Arts 62 bd de Clichy

Les Quat'z'Arts 62 bd de Clichy

Aujourd'hui! lingerie sexy à l'emplacement des Quat'z'Arts!

Aujourd'hui! lingerie sexy à l'emplacement des Quat'z'Arts!

Il débute 62 bd de Clichy au cabaret des Quat'z'Arts. Il délaisse alors le formalisme des vers classiques pour s'exprimer dans un langage populaire mâtiné de patois picard et d'argot parisien.

Il rencontre le succès grâce à un de ses textes les plus forts : le Revenant.

Il est invité dans des fêtes syndicales pour le déclamer devant un public ému.

Il fréquente le Lapin Agile où il a l'occasion de rencontrer, sans pourtant les apprécier, Max Jacob et Apollinaire.

Illustration de Steinlen pour le Revenant

Illustration de Steinlen pour le Revenant

Le long poème donne la parole à un clochard qui voit surgir face à lui, un soir de brume, le Christ, aussi décharné et aussi désespéré que lui.

Il compatit au sort misérable de l'homme divin et lui présente la société moderne plus dure encore et plus injuste que celle pendant laquelle il a vécu avant de subir sa passion :

.

"-Ah! Comm' t'es pâle...ah! comm' t'es blanc.

Sais-tu qu't'as l'air d'un Revenant,

Ou d'un clair de lune en tournée?

T'es maigre et t'es dégingandé,

Tu d'vais êt' comm' ça en Judée

Au temps où tu t' proclamais Roi!

A présent t'es comm' en farine.

Tu dois t'en aller d' la poitrine

Ou ben... c'est ell' qui s'en va d' toi!

Steinlen. Illustration pour le Revenant.

Steinlen. Illustration pour le Revenant.

Après avoir soliloqué longuement, après avoir accusé le Christ d'être un défaitiste qui tend la joue gauche alors qu'il faudrait se révolter, après l'avoir vu pleurer...le clochard se rend compte que c'est à son propre reflet dans le miroir d'une devanture qu'il a parlé en croyant s'adresser au fils de Dieu!

.

-Et Jésus-Christ s'en est allé

Sans un mot qui pût m'consoler,

Avec eun' gueul si retournée

Et des mirett's si désolées

Que j' m'en souviendrai tout' ma vie.

Et à c' moment-là, le jour vint

Et j' m'aperçus que l'Homm' Divin...

C'était moi, que j' m'étais collé

D'vant l' miroitant d'un marchand d' vins!

On perd son temps à s'engueuler...

.

Jehan-Rictus à Montmartre.

Le poème fera partie du recueil qui paraîtra en 1897 et qui assurera jusqu'à nos jours la renommée de Jehan-Rictus : "Les Soliloques du Pauvre".

Heureuse époque où un recueil de poèmes pouvait rencontrer le succès, être épuisé en quelques jours et nécessiter une réédition (au Mercure de France) !

Le 64 rue Lepic où Jehan-Rictus vit de 1895 à 1904

Le 64 rue Lepic où Jehan-Rictus vit de 1895 à 1904

Le 50 rue Lepic où il vit de 1904 à 1913

Le 50 rue Lepic où il vit de 1904 à 1913

Pendant ces années d'intense activité entre écriture et cabaret, Jehan-Rictus habite au coeur de Montmartre, rue Lepic.

D'abord au 64 où il loue un modeste appartement, ensuite au 50 dans un immeuble proche de celui où vécut Théo Van Gogh et où Vincent séjourna.

Le Bateau lavoir, ancienne Maison du Trappeur.

Le Bateau lavoir, ancienne Maison du Trappeur.

Pendant ces années fécondes, il fréquente la Maison du Trappeur qui allait devenir le Bateau Lavoir. Il y rencontre des poètes et des peintres anarchistes.

L'esprit de la Commune est encore présent sur la Butte !

Jehan-Rictus à Montmartre.

Un public chaleureux l'accueille à la Roulotte, cabaret proche de la place de Clichy (42 rue de Douai) où se produit un autre poète du Pas de Calais, Marcel Legay, l'auteur de la chanson "Ecoute ô mon coeur" qui met la larme à l'oeil de tous les Artésiens!

25 rue Lepic. Emplacement de la Vache Enragée.

25 rue Lepic. Emplacement de la Vache Enragée.

Parmi les lieux où il interprète ses poèmes, citons encore au 25 rue Lepic le Cabaret de la Vache Enragée.

Jusqu'en 1914 il publie divers recueils ( Le Coeur Solitaire, Doléances, les Cantilènes du malheur) des plaquettes (la Frousse, les petites Baraques) un roman (Fil de fer).

Après cette date, bien qu'il lui reste une vingtaine d'années à vivre, il ne produit quasiment plus rien, comme si l'embourgeoisement de la vie rangée l'avait privé d'un talent qu'irriguaient la révolte et la misère.

Jehan-Rictus à Montmartre.

L'anarchiste, le rebelle vit correctement de ses droits d'auteur et d'aides publiques. Il a abandonné tout espoir et même tout désir de révolution.

Pire, il se rapproche par certaines idées de l'Action Française!

Le pacifiste a abandonné ses rêves de fraternité et la guerre le contraint à renoncer à ses illusions d'entente entre les peuples.

..

"(...) Gn'y en a qui dis'nt que l' Monde un jour,

Y s'ra comme un grand squar' d'amour,

Et qu' les Homm's qui vivront dedans

S'ront d' grands Fan-fans, des p'tits Fan-fans,

Des gros, des beaux, des noirs, des blancs.

(La Farandole des pauv's tits fan-fans)

 
8 rue Camille Tahan où Jehan-Rictus vit de 1914 à sa mort en 1933.

8 rue Camille Tahan où Jehan-Rictus vit de 1914 à sa mort en 1933.

8 rue Camille Tahan depuis le cimetière de Montmartre!

8 rue Camille Tahan depuis le cimetière de Montmartre!

Il vit au dernier étage d'un immeuble cossu, 8 rue Camille Tahan. Il ne ressemble plus au Juif errant, au fantôme émacié qu'avait dessiné Steinlen.

Comme si après l'épuisement de son talent et de sa révolte, il n'attendait plus que la mort physique, il a choisi d'habiter contre le cimetière de Montmartre. Le mur pignon de son immeuble donne sur la ville des morts.

Jehan-Rictus à Montmartre.

Il meurt en 1933.

Il est âgé de 66 ans.

Il ne saute pas par la fenêtre pour rejoindre le cimetière Montmartre.

Il est transporté dans sa boîte en sapin à Bagneux où il est enterré dans la 25ème section.

Sur sa pierre tombale sont gravés ces vers tirés des Soliloques :

.

.

"Voui, dormir... n'pus jamais rouvrir

Mes falots sanglants su' la Vie,

Et dès lors ne pus rien savoir

Des espoirs et des désespoirs.

Qu' ça soye le soir ou bien l' matin,

Qu'y fass' moins noir dans mon destin,

Dormir longtemps... dormir...dormir !

Jehan-Rictus (c'est en 1920 qu'il tient à écrire son nom avec le trait d'union) reste vivant aujourd'hui pour tous ceux qui ont lu ses poèmes.

Sa légende est plus coriace que sa biographie.

Il est à jamais l'homme des Soliloques, le poète de de la compassion et de la révolte.

Sa long fantôme noir et voûté ne cesse de hanter les rues de la Butte....

Peut-être se plante t-il devant la vitrine d'une boutique de luxe des Abbesses pour apostropher le Christ :

"Avoue-le, va... t'es impuisssant,

Tu clos tes châss's, t'as pas d' scrupules,

Tu protèg's avec l' même sang-froid

L'sommeil des bons et des Crapules

Et quand on perd quéqu'un qu'on aime,

Tu décor's, mais tu consol's pas.

.

Illustration pour Le Printemps (Steinlen)

Illustration pour Le Printemps (Steinlen)

Au-dessus des murs des "Je t'aime" square Jehan-Rictus.

Au-dessus des murs des "Je t'aime" square Jehan-Rictus.

Ou bien, devant les couples qui s'embrassent dans le square qui porte son nom et où a été élevé le Mur des "Je t'aime" se laisse t-il émouvoir... un instant...

Des Enlacés pass'nt deux par deux

(Comm' la Mort toujours près d' la Vie)

Y m' frôl'nt, y vont - je m'fais des ch'veux

Car moi j' suis seul et ça m'ennuie.

Mais l' ciel s' met eun' si bell' liquette,

L'ensemble il a l'air si joyeux,

Y fait si doux, y fait si chouette,

Qu' ça s'rait p'têt' vrai qu'y a un Bon Guieu!"

(Le Printemps. Les soliloques)

Le mur des "Je t'aime" square Jehan-Rictus
Le mur des "Je t'aime" square Jehan-Rictus

Le mur des "Je t'aime" square Jehan-Rictus

Jehan-Rictus à Montmartre.

Liens :

Artistes, peintres célébrités de Montmartre

Rues, places de Montmartre

Monuments et lieux typiques de Montmartre

Cimeière Montmartre. Célébrités

Merci à Christian Tanguy de m'avoir signalé" quelques erreurs que j'ai pu corriger grâce à lui.

site : http://www.florilege.free/jehan-rictus

Il est le rééditeur de Fil de Fer et des poésies de Rictus aux éditions la part commune.

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Le Château des Brouillards. Montmartre.

C'est un des lieux les plus romantiques de la Butte.

Son nom fait rêver.

On imagine, émergeant de la brume un palais de contes de fées, avec quelques sorcières rôdant aux alentours.

Le Château des Brouillards. Montmartre.

La réalité est plus prosaïque et pourtant...

Montmartre en 1789. Les canons.

Montmartre en 1789. Les canons.

A l'origine, c'est à dire au début du XVIIème siècle, il y avait sur ce versant de la Butte un terrain vague où se délabraient une vieille ferme abandonnée et un moulin qui battait de l'aile!

Il s'était appelé "moulin des brouillards" avant d'être baptisé "moulin du vin".

Nous sommes à l'époque des "folies", ces résidences campagnardes que les nobles ou les bourgeois enrichis se font construire à proximité des villes.

Un avocat au Parlement de Paris, un certain Legrand Ducampjean, tombe amoureux de l'endroit. Il achète le terrain de 7000 m2, rase les ruines de la ferme et du moulin pour faire construire sa "folie".

Bien que relativement modeste elle est vite appelée "château" par les villageois.

La fontaine du But (autrefois du Buc)

La fontaine du But (autrefois du Buc)

En contrebas se trouve la Fontaine du But.

Cette fontaine, à l'origine Fontaine "du buc" est située dans le tournant de la rue de l'Abreuvoir et de la rue Girardon, au pied de l'escalier qui aujourd'hui permet de rejoindre la place Constantin Pecqueur (jadis place de la Fontaine du but).

Le Château des Brouillards. Montmartre.

C'est là que les meuniers de la Butte amenaient leurs ânes, c'est encore là que les éleveurs venaient laver leurs boeufs avant de les conduire à l'abattoir.

De la fontaine s'élevaient des vapeurs qui certains jours d'hiver formaient un rideau de brume. Il n'en fallait pas plus pour que la rue fût appelée rue des Brouillards de même que le "château" construit à proximité.

Certains adorateurs de la dive bouteille prétendent que le nom de "brouillards" daterait du moulin du vin où le soir de joyeuses compagnies vidaient force tonneaux et se retrouvaient dans un état comateux dû à la boisson sacrée!

Le Château des Brouillards. Montmartre.

L'avocat fait édifier un bâtiment central et deux pavillons au milieu de ses terres et de ses vignes qui descendaient au-delà de la rue Caulaincourt actuelle.

Notre homme est bien placé pour sentir tourner le vent!

Il liquide ses biens avant que n'éclate la Révolution, place son argent en pièces d'or et attend à l'écart que s'éloigne la tourmente.

On ignore alors ce que devient sa "folie".

Le Château des Brouillards. Montmartre.

On ne retrouve des traces de son histoire qu'en 1818. Le domaine est alors divisé en deux parties et vendu à deux acquéreurs.

C'est vers 1828 que Nerval serait venu y résider.

En bon Montmartrois dont la bonne foi est égale à celle des Marseillais, j'estime que c'est une certitude!

Nerval y a vécu pendant presque 10 ans et c'est en ce lieu champêtre qu'il a écrit son Voyage en Orient, parole de Montmartrois!

Il a tellement aimé l'endroit qu'il l'a évoqué dans Promenades et Souvenirs :

..."Ce qui me séduisait avant tout, dans ce petit espace abrité par les grands arbres du château des Brouillards, c'était le reste du vignoble lié au souvenir de Saint-Denis qui, au point de vue philosophique, était peut-être le second Bacchus..."

Le Château des Brouillards. Montmartre.

C'est un éclairage intéressant sur saint Denis dont le nom, comme chacun sait, vient du grec Dionysos, c'est à dire le dieu du vin, le Bacchus des Latins.

Qu'il ait perdu la tête au milieu des vignes apporte de l'eau (!) au moulin de ceux qui affirment que les "brouillards" sont ceux de l'ivresse!

Entrée du Château des Brouillards rue Girardon

Entrée du Château des Brouillards rue Girardon

Montmartre en 1848 (photo le Gray, bnf)
Montmartre en 1848 (photo le Gray, bnf)

En 1848, pendant la révolution, le Club Républicain de Montmartre siège dans le "château" sous la direction de Léon Chautard.

Allée des Brouillards
Allée des Brouillards

En 1850 le parc est en partie sacrifié, les bâtiments annexes sont détruits pour laisser place à une série de modestes pavillons, là où s'élèvent aujourd'hui les immeubles très recherchés de l'Allée des Brouillards.

Château des Brouillards (Parisienne de photos)

Château des Brouillards (Parisienne de photos)

Le Château des Brouillards. Montmartre.

Les pavillons de bois sont proches du Maquis fait de cabanes et de constructions hétéroclites qui couvraient toute l'avenue Junot actuelle.

Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient été parfois occupés par des artistes sans le sou. Steinlen, l'homme au grand coeur, passionné de justice et de chats y aurait vécu avant de s'établir plus bas, dans son Cat's Cottage ouvert aux miséreux et aux matous faméliques.

Le Château des Brouillards. Montmartre.

En 1889 Renoir débarque avec sa petite famille dans le pavillons 6.

L'entrée se fait par la grille du Château au 13 rue Girardon.

Jean Renoir (Auguste Renoir)

Jean Renoir (Auguste Renoir)

Son fils Jean y voit le jour et c'est là qu'il passe les trois premières années de sa vie.

Il garde le souvenir du jardin sauvage, des chèvres qui y venaient brouter. Le panthéisme qui inspirera certains de ses plus beaux films doit sans doute quelque chose à la Butte encore sauvage où vivaient artistes et marginaux.

Aline Renoir, modèle pour les Canotiers.

Aline Renoir, modèle pour les Canotiers.

Le Château des Brouillards. Montmartre.

Parmi eux le pittoresque Bibi la Purée qui s'invite parfois dans la cuisine d'Aline Renoir.

Jean parlera plus tard d'un couple moderne de deux gentils garçons, toujours tirés à 4 épingles et qui avaient entouré leur pavillon de clochettes et de sonnailles qui les avertissaent de l'approche d'un visiteur, fût-il un petit garçon qui savait à peine marcher!

Un beau matin la police débarqua et malgré le tintement des cloches, investit le pavillon. Les deux oiseaux n'étaient plus dans le nid! Ils avaient pris la poudre d'escampette et l'on ne retrouva au logis que du matériel d'imprimerie et des liasses de faux billets!

Dorgelès se souviendra de cette histoire dans son roman "Le Château des Brouillards"!

Gabrielle et Jean Renoir (Auguste Renoir)

Gabrielle et Jean Renoir (Auguste Renoir)

Gabrielle
Gabrielle

La femme de Renoir fait venir de sa province pour la naissance de son deuxième fils, Gabrielle qui servira de nourrice au petit Jean et de modèle maintes fois brossé au grand Auguste!

Zola et Alexis
Zola et Alexis

Parmi les voisins de Renoir figure Paul Alexis, écrivain naturaliste surnommé "l'ombre de Zola" qui participe aux Soirées de Médan et qui comme son maître défend avec véhémence Dreyfus. Sa fille Paule est parfois présente dans les toiles de Renoir.

Château côté Girardon

Château côté Girardon

Entrée, rue Girardon

Entrée, rue Girardon

Le Château des Brouillards. Montmartre.

Les pavillons ont abrité d'autres hôtes qui deviendront illustres. Léon Bloy y résida de 1904 à 1905 pavillon 3)

De retour de ses années danoises il s'était installé à Lagny ("Cochons sur Marne") qu'il fuit en 1904 pour vivre à Montmartre où il rencontre Rouault le peintre qui lui ressemble le plus.

Cocteau y fit un bref passage et puis... Montmartre devint à la mode et le maquis fut détruit.

Le château trembla plusieurs fois sur ses fondations car de nombreux projets le rayaient de la carte pour laisser place à des immeubles cossus.

Il importe de rendre hommage à Victot Perrot, notaire, historien et président du Vieux Montmartre qui l'acheta, le restaura et, une fois ruiné, en vendit une partie.

Le Château des Brouillards. Montmartre.

L'allée des Brouillards se transforma en ruelle, les pavillons légers disparurent, remplacés par de petits immeubles pour artistes et bourgeois désireux de se donner une image de bohême (de luxe).

Citons par exemple Jean-Pierre Aumont. Une plaque commémorative rappelle au passant qui risquerait de l'oublier, que le comédien y vécut (n° 4) de 1980 à 2000.

La suite n'a que peu d'intérêt... mais beaucoup d'intérêts...

En 2002 le château est racheté par un nabab belge enrichi par les jeans de luxe.

En 2012 il le revend à un prix astronomique après une restauration luxueuse qui n'a pas toujours respecté le charme du vieux bâtiment.

Mais où sont les brouillards d'antan?

Neige et brouillard

Neige et brouillard

Entrée hier

Entrée hier

Entrée aujourd'hui

Entrée aujourd'hui

Allée des Brouillards et rue de l'Abreuvoir

Allée des Brouillards et rue de l'Abreuvoir

Vu par Utrillo

Vu par Utrillo

A quels seins se vouer?

A quels seins se vouer?

Côté Place Casadesus

Côté Place Casadesus

L'arrière sur le square... le grand n'importe quoi architectural

L'arrière sur le square... le grand n'importe quoi architectural

Le Château côté rue Girardon par Utrillo

Le Château côté rue Girardon par Utrillo

Le Château des Brouillards. Montmartre.
Le Château des Brouillards. Montmartre.
Le Château des Brouillards. Montmartre.

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