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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 13:17
Le 14 rue de l'abreuvoir. Maison Georges.

Le 14 rue de l'abreuvoir. Maison Georges.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     La rue de l'abreuvoir, une des plus pittoresques de Montmartre, n'a pas échappé aux destructions du XXème siècle et aux transformations du vieux village en quartier résidentiel et touristique.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Une adresse a résisté un peu plus longtemps que les autres (si l'on excepte la Maison Rose, sauvée par les peintres qui l'ont souvent représentée), c'est le 14, la Maison Georges.

 

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Ce fut jusqu'au début du XXème siècle, une épicerie de village, spécialisée comme de nombreuses épiceries d'alors dans la vente de vin. L'enseigne et le panneau peint sur le mur pignon ont subsisté après la vente de son commerce par monsieur Georges.

 

Vente qui eut lieu en 1924 lorsque les époux Baillot s'en firent acquéreurs. Henri Baillot, ancien combattant de la première guerre, le transforma en bar-restaurant : "l'Abreuvoir".

Un nom bien choisi! L'abreuvoir qui a donné son nom à la rue était utilisé par les paysans pour y faire boire leurs bêtes, le bar dut étancher d'autres soifs!

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Pendant l'occupation, les Baillot qui ont vu les bars du bas-Montmartre spoliés de leur comptoir de zinc par l'occupant nazi, s'empressent de dissimuler le leur en le murant derrière une paroi de plâtre.

Le comptoir échappe à la fonte et réapparaît à la Libération, nimbé de son aura de résistant.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     C'est lui que nous voyons aujourd'hui au musée de Montmartre!

 

    Le couple Baillot accueillait dans son restaurant le 2ème mardi de chaque mois le dîner du Dernier Carré de Montmartre, des amoureux de la Butte qui essayaient de lutter contre le vandalisme architectural des années d'après-guerre. 

La belle cabaretière (Marcel-François Leprin. 1924)

La belle cabaretière (Marcel-François Leprin. 1924)

     En 1957 le restaurant ferma ses portes et fut transformé en maison d'habitation. Louis Baillot, le fils des restaurateurs qui y avait vu le jour en 1924 y habita et c'est lui qui offrit le fameux comptoir au musée de Montmartre.

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.

     Louis Baillot faisait partie de la Société du Vieux Montmartre et se sentait Montmartrois d'âme et de cœur. 

L'essentiel de son engagement, résistance, lutte contre la politique coloniale, députation… l'inscrit dans la tradition humaniste et généreuse de la Butte.

 

   Le 14 rue de l'Abreuvoir est bien différent aujourd'hui mais son vieux comptoir de zinc, nostalgique, nous parle encore, à deux cents mètres de là,  d'un temps "que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître!"

 

Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.
Rue de l'Abreuvoir. 14. Maison Georges. Baillot. Le comptoir de zinc.
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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 09:58
Ninette Aubart (Fannie Brett, "Titanic" de James Cameron)

Ninette Aubart (Fannie Brett, "Titanic" de James Cameron)

Dans le cimetière Saint-Vincent (division 13) à quelques mètres du mur qui la sépare de la rue des Saules et du Lapin Agile, une tombe banale laisserait le passant indifférent si n'étaient gravés sur la pierre quelques mots qui intriguent....

Ninette Aubart 1887-1964 - Rescapée du TITANIC

Ninette Aubart 1887-1964 - Rescapée du TITANIC

Le Lapin Agile vu du cimetière Saint-Vincent

Impossible de ne pas chercher à en savoir plus! Qui est cette Ninette Aubart qui après avoir échappé à la catastrophe est venue s'échouer sur la Butte?

C'est à Montmartre, au Lapin Agile, de l'autre côté du mur, qu'elle s'est fait connaître grâce à un physique très parisien, fait de sensualité et de gouaille et une voix spirituelle.

Malgré ses qualités et son talent, elle n'aurait sans doute laissé aucune trace dans la vie montmartroise si elle n'avait embarqué à Cherbourg, le 10 avril 1912 sur le navire dont le nom est resté dans l'histoire.

Benjamin guggenheim

Elle n'a pas un goût particulier pour la Butte qui à la fin du XIXème siècle est un vaste chantier, entre avenues nouvelles et maquis. Elle préfère habiter dans les beaux quartiers, là où vivent les familles respectables!

C'est à Montmartre pourtant que la chance lui sourit. Elle séduit un Américain fortuné, amoureux de Paris au point d'y avoir acheté un grand appartement et d'y séjourner parfois sous divers prétextes. Il s'agit de Benjamin Guggenheim, homme marié et père de trois filles dont la dernière, Peggy illustrera son nom en devenant une des plus avisées et des plus audacieuses collectionneuses d'art, en même temps qu'un généreux mécène.

Benjamin est à ce point mordu qu'il propose à Ninette de rentrer avec lui aux Etats-Unis. Il a déjà réservé sa cabine sur le Lusitania qui doit quitter Cherbourg au début du mois d'avril 1912

Ninette n'hésite pas un instant et accepte de suivre son amant qui pour lui prouver sa reconnaissance la comble de présents achetés dans les joailleries et les magasins de haute couture.

Dans ses malles, Ninette fait ranger soigneusement par sa femme de chambre, Emma Sägesser, 24 paires de chaussures, 24 robes, plusieurs "jeux" de culottes, des dizaines de pièces de lingerie fine...

Elle n'oublie pas de serrer dans ses coffrets les bijoux offerts par son amant dont les plus beaux sont d'or serti d'émeraudes.

Ninette aime à la folie ces pierres couleur d'eau profonde.

Le Titanic

Le Titanic

Les bagages sont prêts, la date se rapproche quand par malheur le départ est différé. Le Lusitania connaît des avaries et doit être inspecté et réparé. Le Carminie est prévu pour le remplacer, mais Benjamin Guggenheim préfère réserver sa cabine de 1ère classe et celle de Ninette sur un autre navire dont tout le monde parle et qui s'apprête à faire sa croisière inaugurale, le TITANIC.

Emma Sägesser, 44 ans après le naufrage

Ninette se réjouit de voyager sur le plus beau bateau du monde, en compagnie de la meilleure société.

Elle y embarque avec Emma Sägesser et s'installe dans la luxueuse cabine B-35.

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.

Pas de suspense! On connaît la suite!

Deux jours plus tard, dans la nuit du 14 avril le TITANIC heurte un iceberg. Ninette qui a ressenti la première secousse l'a jugée sans gravité et est retournée se coucher.

Benjamin la réveille et la conduit ainsi que sa femme de chambre jusqu'aux canots de sauvetage, réservés par priorité aux passagers de 1ère. Il assiste à la mise à l'eau du canot n°9 dans lequel elles ont été hissées.

Il revêt ensuite son plus beau costume et participe à l'organisation des secours. Il trouve le temps d'écrire une lettre à sa femme et de la confier à un steward.

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.

Il ne lui raconte pas d'histoire en lui parlant d'amour éternel, il lui dit simplement qu'il espère avoir fait de son mieux en remplissant son devoir.

Ninette Aubart

Ninette qui a tout perdu et qui plus tard dressera la liste de ses bijoux et de ses vêtements en espérant être indemnisée, assiste à la disparition du TITANIC et de l'homme qui devait changer sa vie.

Une fois débarquée aux Etats-Unis, elle n'a plus rien pour survivre. C'est la femme de Benjamin Guggenheim qui lui paye le billet de retour. Sans doute désire-t-elle l'éloigner au plus vite afin d'empêcher que s'ébruite une liaison qui, dans l'Amérique prude de ce temps, aurait porté préjudice à la réputation morale de son mari.

Ninette Aubart, sans ce naufrage, serait restée une illustre inconnue, une maîtresse parmi d'autres dans la liste d'un amateur de femmes.

Ninette Aubart (Fannie Brett) et Benjamin Gugenheim (Michael Ensign) Titanic de Cameron.

Ninette Aubart (Fannie Brett) et Benjamin Gugenheim (Michael Ensign) Titanic de Cameron.

Rescapée du naufrage, elle a vécu en France une vie banale.

Quelques rares photos nous montrent une femme apparemment sans histoire!

45 ans après le naufrage. Ninette joue au bridge.

45 ans après le naufrage. Ninette joue au bridge.

Ninette Aubart préfère sa Versailles au Titanic!

Ninette Aubart préfère sa Versailles au Titanic!

Elle repose aujourd'hui à quelques mètres du cabaret où elle a été chanteuse, très loin de la fosse marine où a été englouti son célèbre amant dans une eau de la couleur des émeraudes qu'il lui avait offertes.

tombe de Ninette Aubart (division 13)

tombe de Ninette Aubart (division 13)

Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.
Le Titanic.Ninette Aubart. Montmartre. Cimetière Saint-Vincent.
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4 juin 2019 2 04 /06 /juin /2019 07:21
Parc de la Turlure

Parc de la Turlure

Allez savoir pourquoi cet endroit de la Butte porte le nom de Turlure?

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

   Ce qui est avéré c'est qu'au XVIIIème siècle y fut construit le treizième et dernier moulin montmartrois, à proximité du moulin de la Lancette qui serait aujourd'hui à l'emplacement des bâtiments annexes du Sacré-Coeur et du moulin Paradis qui serait en léger contrebas.

                                              Moulin de la Lancette

Emplacement du moulin de la Lancette

Emplacement du moulin de la Lancette

    Le meunier Pierre Debray et sa femme Catherine Blanchard achetèrent ce terrain en 1769 pour y édifier un moulin qui prit le nom de son lieu de naissance. 

Tombe des meuniers Debray au cimetière paroissial du Calvaire.

Tombe des meuniers Debray au cimetière paroissial du Calvaire.

    Ce nom désignait au Moyen-Âge une tirelire. Il était également porté par une sorte de cornemuse  ("Ture" étant un instrument de musique et "Loure" une grande musette).

    Nous passerons sous silence ou presque "la turlute" québécoise qui est une façon de chanter par onomatopées sur un air de violon et "la turlute" française qui est comme chacun sait une fantaisie dont la haute tenue morale de mon blog m'interdit de dire plus!

Parc de la Turelure.

Parc de la Turelure.

      Pourtant...vous connaissez les Montmartrois! Ils ont souvent la langue qui fourche et il leur arrive de parler du "parc de la turlute" avant de se reprendre, l'air penaud  : Euh ! Pardon! De la Turlure! 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Ce moulin de la Turlure ne fut pas une tirelire pour les Debray car après  une soixantaine d'années il fut vendu par la veuve Debray et disparut corps et ailes comme avait disparu quelques années plus tôt, en 1817, le moulin Paradis englouti par les carrières de plâtre.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Tel fut le sort de nombreux moulins, fragilisés par les carrières quand ils n'étaient pas avalés par elles.

Le moulin de la Lancette connut le même sort et fut détruit avant de risquer d'être aspiré comme Jonas par la baleine mais sans espoir de résurrection!

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

     Toujours est-il que le seul des trois disparus dont on se rappelle le nom c'est notre moulin !

   Le parc actuel étant toujours appelé "parc de la Turlure" par les Montmartrois malgré sa métamorphose en 1988 en "square Marcel Bleustein- Blanchet". 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Malgré ce que prétend le panneau informatif, le moulin ne fut pas élevé "sur les terrains appartenant aux sœurs du Cénacle" pour la bonne raison que les susnommées ne s'installèrent en ces lieux qu'à la fin du XIXème siècle.

                               Le Cénacle, rue Lamarck

 

Elles en restèrent propriétaires jusqu'à ce la mairie les incite à en vendre une partie, aussitôt transformée en logements sociaux et en résidence pour personnes âgées.

La grotte du parc.

La grotte du parc.

    De leur sainte occupation ne subsiste qu'une grotte, ancienne réplique miniature de celle de Lourdes. Les statues sulpiciennes en ont été enlevées et l'accès a été protégé par des grilles qui en interdisent l'accès aux enfants pour lesquels une aire de jeux a été installée.

 

Le parc s'étend côté sud rue du Chevalier de la Barre :

 

Entrée rue du Chevalier de La Barre
Entrée rue du Chevalier de La Barre

Entrée rue du Chevalier de La Barre

    L'entrée principale est ornée d'un éphémère pochoir de Louise Michel. La Vierge Rouge est pour toujours présente, à proximité des fameux canons et non loin de l'école qu'elle dirigea. 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.
Rue de la Bonne

Rue de la Bonne

Le côté ouest du parc longe la rue de la Bonne dont le nom rappelle la fontaine de la bonne eau située dans sa partie basse.

Côté nord vers la rue Lamarck.

Côté nord vers la rue Lamarck.

    Le côté nord donne sur l'escalier de la rue de la Bonne et la résidence pour personnes âgées.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    Faisons un petit tour dans le parc apprécié des enfants et des amoureux…

Plusieurs espaces sont bien délimités : 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

La partie haute est "le grand salon" qui jouxte l'allée sous les tonnelles de glycines.

Le jardin a été conçu par l'architecte Antoine Grumbach, celui-là même qui a restructuré le centre de Shangaï! Il a sur, sur un terrain relativement réduit, donner l'impression de variété et d'espace. 

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

...L'allée verte qui relie le "grand salon" au "salon vert".

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

    "Le salon vert" abrite un  amphithéâtre trop peu utilisé.

Il y avait jadis en fond de scène un mur d'eau qui est malheureusement tari aujourd'hui et qui n'est plus qu'un mur...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

La partie basse est occupée par l'aire de jeux...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Par une pente quasi sauvage...

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Et par le boulodrome sur lequel donnent les fenêtres de la résidence pour les seniors...

Marcel Bleustein-Blanchet

Marcel Bleustein-Blanchet

     Pourquoi la Turlure a t-elle reçu le nom de Bleustein-Blanchet?

    C'est que l'homme est lié à Montmartre où il a passé son enfance. C'est aussi sur le Barbès qu'il commença à vendre des meubles avant d'être attiré par la publicité (la réclame!)

Edouard Vaillant

Edouard Vaillant

   Notons que sa femme est la petite fille d'Edouard Vaillant, élu de la Commune dont on sait à quel point elle est liée à l'histoire de Montmartre.

Pas étonnant de retrouver le jeune Marcel dans la Résistance, en première ligne pendant l'occupation (pendant laquelle il prend le nom de Blanchet).

Rue du Chevalier de La Barre. A gauche la crèche Marcel Bleustein-Blanchet

Rue du Chevalier de La Barre. A gauche la crèche Marcel Bleustein-Blanchet

… Une crèche porte son nom rue du Chevalier de la Barre à 200 mètres du square. Elle doit son existence, pour l'essentiel à une donation considérable qu'il lui a faite.

On s'amusa en remarquant que ses initiales étaient prémonitoires  M.B.B. "Aime bébés"!

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.

Et voilà comment nous sommes passés de la Turlure à la tututte! 

    Retenons encore que sur ce haut-lieu de Montmartre où l'on fusilla sans procès pendant la Commune, le parc porte le nom d'un homme dont la fille Elisabeth Badinter soutint sans relâche son mari qui obtint grâce à son courage et sa volonté l'abolition de la peine de mort.

La Turlure. Le moulin. le parc. le square Bleustein Blanchet.
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21 mai 2019 2 21 /05 /mai /2019 12:08
La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.
Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

Simone Valéry à la Gaîté Rochechouart

     Ils sont nombreux les music-halls dont ne subsistent que le nom dans la mémoire de notre quartier… La Gaîté Rochechouart est un de ceux-là.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

     Ce n'était à l'origine, au 15 du boulevard de Rochechouart, qu'un vaste hangar qui servait d'entrepôt. Un dénommé Flécheux l'acquit pour le transformer en music-hall. Disons plutôt pour y installer chaises, tables, estrade rudimentaire. Le lieu était triste et banal, une bonne raison pour l'appeler "La Gaîté"!

Nous sommes en 1867, date de naissance de ce "music-hall" qui l'année suivante compléta son nom et devint "La Gaîté-Rochechouart".

Emilie Bécat

Emilie Bécat

     Il passa ensuite entre les mains de plusieurs propriétaires parmi lesquels, la plus originale fut Emilie Bécat, chanteuse aux nombreux admirateurs fascinés par son talent et son énergie. 

Paulus qui l'aimait beaucoup a parlé d'elle dans ses mémoires : "C'était du vif argent. Elle courait, bondissait, se tordait avec des gestes câlins et canailles". elle inaugura un genre qu'on qualifia d'épileptique!

 

     C'est en 1876 que grâce à un riche protecteur, elle put réaliser son rêve et acquérir ce music-hall. Elle en prit possession comme un capitaine ignorant des règles de la navigation.

Elle présenta sur scène Jean Richepin qui interprétait ses textes et qui malgré son succès populaire fut poursuivi par la justice à cause de ses "Chansons des gueux". Amende et prison pour avoir décrit une étreinte entre deux clochards!

 

Jean Richepin

Jean Richepin

 La jeune Mistinguett y fit ses débuts en 1876 mais n'y chanta que quelques mois avant de choisir l'Eldorado dont le nom et le renom nom lui promettaient une riche carrière!

    Ni Richepin ni Mistinguett ne suffirent à assurer la rentabilité de la salle qu'Emilie ne savait gérer. Elle perdit l'argent que ses charmes lui avaient rapporté et elle quitta Paris pour Saint-Pétersbourg où elle espérait se refaire une santé!

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

Jane d'Alma à la Gaîté Rochechouart

     La salle fut reprise par Auguste Richard qui créa les premiers cafés- concerts jusqu'en 1892 où les Varlet prirent le relais et firent de la Gaîté un des lieux les plus vivants et les plus appréciés des amateurs.

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Roussel à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

Mauricette d'Arbois à la Gaîté Rochechouart

    Pendant 24 ans la Gaîté-Rochechouart vécut sa grande période. La plupart de ses vedettes d'une saison sont aujourd'hui oubliées mais il suffit de regarder leurs photos pour que revive la Belle Epoque avec sa fantaisie, son kitsch, ses artifices et ses charmes.

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

De Vincenzi à la Gaîté Rochechouart

Ces "beautés" fin de siècle nous étonnent parfois tant elles sont, pour la plupart, éloignées des canons actuels. 

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

De morlaix à la Gaîté Rochechouart

    Parmi les vedettes les plus appréciées, une certaine Merelli occupa une des premières places si l'on en juge au grand nombre de cartes postales la représentant. 

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Léotor à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Verly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

Sterly à la Gaîté Rochechouart

     Pendant cet âge d'or, la Gaîté faisait sa publicité sur les murs de Paris et recevait parmi ses spectateurs des poètes et des peintres de Montmartre.

 

                                       

 

     Certes les autres music halls du boulevard, surtout après l'ouverture du Moulin Rouge, avaient-ils plus de succès et plus de "stars" que la Gaîté mais on connaît au moins un dessin de Lautrec y représentant Nicolle en pierreuse (prostituée de la rue)

 

 

     Une autre artiste qui marquera l'histoire de la chanson française passa par la Gaîté en 1910.

Il s'agit de Fréhel. Elle venait de divorcer d'un comédien bellâtre, Roberty qui après avoir fait un enfant qui ne survivra que quelques mois, lui avait préféré Damia, la grande rivale aux accents tragiques, voire mélodramatiques.

 

    Fréhel qui avait abandonné son nom de scène "Pervenche" pour celui du cap breton qui lui rappelait ses origines, impressionne encore aujourd'hui par sa voix forte et populaire, par ses textes réalistes qui avec le temps ont pris une teinte poétique et mélancolique.

Le bas Montmartre où elle a vécu et où elle est morte, misérable, dans une chambre sordide d'un hôtel de Pigalle, reste lié à son histoire. Elle a d'ailleurs chanté le quartier saccagé par la spéculation immobilière:

"Mais Montmartre semble disparaître

Car déjà de saison en saison

Des Abbesses à la place du tertre

On démolit nos vieilles maisons.

Sur les terrains vagues de la Butte

De grandes banques naîtront bientôt,

Où ferez-vous alors vos culbutes,

Vous les pauvres gosses à Poulbot? (…)"

Colette

Colette

     Une autre grande dame se produisit à la Gaîté. Il s'agit de Colette qui y donna ses pantomimes avec un certain succès.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

Elle évoque cette période de sa vie dans son roman "La Vagabonde" où la Gaîté-Rochechouart est appelée "L'Empirée-Clichy". La romancière y a rencontré de nombreuses artistes fauchées et a porté sur elles un regard fraternel (on dirait aujourd'hui sororal) et quelques fois amoureux.

"L'espèce n'est pas rare en ce pays montmartrois de ces filles qui vivent de misère et d'orgueil, belles de leur dénuement éclatant."

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    En 1923 un incendie détruisit le théâtre qui fut remanié et reconstruit.

Pendant quelques années de nombreuses pièces légères y furent données comme "Quand on a fait ça une fois"... "La mariée en vadrouille"... Certaines y furent créées : "C'est un enfant de l'amour", "Jojo le livreur d'amour", "L'Ecole des courtisanes"...

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Mais comme la plupart des théâtres du boulevard, la Gaîté ne faisait plus recette. L'avènement du cinématographe lui porta le coup de grâce. Tout en gardant son nom, la salle se transforma en cinéma en 1932.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

   En attendant que la télévision à son tour ne le détrône et provoque la fermeture des grandes salles aux trois-quarts vides.

Le nom même de  "Gaîté -Rochechouart" disparut définitivement en 1988.

La Gaîté-Rochechouart. Un music-hall disparu.

    Des commerces variés et éphémères se sont installés à sa place. Aujourd'hui, c'est une enseigne de vêtements masculins, sans fantaisie ni originalité qui ouvre ses portes à des hommes qui ignorent que leurs aînés venaient là, au temps du music hall, non pour acheter des jeans et des joggings mais pour rêver devant des femmes vêtues de plumes, de strass et de lumière.

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2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 16:12
Rue de l'abreuvoir

Rue de l'abreuvoir

 Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 rue de l'abreuvoir (2019)

Le 4 (1930)

Le 4 (1930)

     Au début de la rue de l'abreuvoir, séparée de la maison rose par un seul immeuble, une maison à l'architecture composite attire l'attention des passants. Il s'agit de la maison des aigles.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Sur les photos du début du XXème siècle, elle n'existe pas encore. Elle n'a pas encore remplacé une modeste demeure villageoise dont un mur pignon donnait sur la rue et dont les pierres auraient été réutilisées dans la nouvelle construction.

(On peut voir sur la carte ci-dessus, un peu avant le personnage, la vieille maison et son mur pignon).

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Il faut attendre 1924 pour voir la maison des aigles nidifier sur la Butte.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     De style rustique et composite, elle serait si l'on en croit André Roussard,  grand érudit montmartrois malheureusement décédé, l'œuvre de Joseph de la Nézière. (Dictionnaire des lieux de Montmartre. Editions andré Roussard).

     Je ne sais qu'en penser pour la bonne raison que Joseph de La Nézière (1873-1944) n'était pas architecte mais peintre, intéressé non par Montmartre mais par les pays du Maghreb où il résida souvent et pour lesquels il créa de nombreuses affiches. Peut-être a t-il dessiné cette maison avant qu'un architecte ne la réalise? 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Mais pour qui a t-elle été construite ? La réponse est plus facile, une plaque apposée sur la façade nous renseigne!

 

Elle fut la demeure du "commandant Henry Lachouque, historien de Napoléon et de la Grande armée (1883-1971)".

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Lachouque? Le touriste restera dubitatif, comme je le fus devant cet illustre commandant. Napoléon éveillera sans doute plus de clignotants dans sa cervelle.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Le commandant fut pourtant un historien passionné par Napoléon.

Il fut formé à Saint-Cyr, promotion Austerlitz (!) et combattit pendant la 1ère guerre avec les gants blancs et le casoar. Il fut blessé en 1914 à la bataille de la Marne et dut quitter l'armée. 

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     Les toqués de Napoléon qui comme on sait rendit fous de nombreux de ses fans, le connaissent bien sûr et ont dévoré la quinzaine de livres qu'il consacra au grand homme et à son armée.

   

     Il fonda l'Association des amis de Sainte-Hélène, il fit restaurer la fameuse maison de Longwood où l'empereur déchu passa ses dernières années, il fut enfin conservateur pendant dix ans du musée de la Malmaison. Une vie consacrée à Napoléon!

La Malmaison

La Malmaison

    Cette passion a envahi la maison des aigles. Les pièces abritaient un musée de souvenirs napoléoniens, d'objets divers ayant appartenu à Napoléon, à Joséphine ou aux princes impériaux.

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

     L'extérieur n'est pas en reste! L'entrée est surveillée par deux aigles prêts à fondre sur leur proie. Ils ont donné son nom à la maison.

 

On retrouve l'aigle impériale sur l'enseigne qui se balance au vent….

 

   Une des curiosités de la maison est le cadran solaire, un des plus photographiés de France et de Navarre.

Ce n'est pas un aigle mais un coq (dessiné par Henry Lachouque lui-même) qui s'exprime...

    Il s'adresse au campanile du Sacré-Cœur voisin et il lui dit qu'au moment où il fera sonner ses cloches pour les Laudes matinales, il l'accompagnera de son chant.

Le campanile du Sacré-Coeur vu de la rue de l'abreuvoir et de la maison des aigles. 

    Et voilà ce qu'on peut dire de cette maison qui suscite l'intérêt des passants!

Notons que Henry lachouque, reconnu comme spécialiste sérieux de l'Empire fut sollicité à plusieurs reprises pour donner des conseils à des cinéastes dont les films se situaient à cette époque.  

La maison des aigles. 4 rue de l'abreuvoir. Henry Lachouque.

    J'ai oublié un détail intrigant. La phrase prononcée par le coq comporte une curiosité.

 

    Le "N" de "quand" est écrit à l'envers, comme une lettre de l'alphabet cyrillique.

Est-ce une allusion à la désastreuse campagne de Russie? 

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26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 18:11
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Je republie cet article qui est devenu "historique" puisque la spéculation a fait disparaître il y a peu le Singe qui lit, dévoré par l'agrandissement de la Mère Catherine aux appétits d'ogresse!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

   Le Singe qui lit faisait partie des enseignes montmartroises qui avaient survécu à la mutation touristico-immobilière de notre quartier.

Depuis 1908 il y avait à son emplacement, jouxtant le Cadet de Gascogne, une brocante tenue pendant des années par un personnage haut en couleurs comme en suscite souvent la Butte : Emile Boyer.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

On voit sur cette carte qu'avant la brocante, il y eut une crémerie...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Emile Boyer (1877-1948) est fils de chiffonnier. Il pratique plusieurs métiers avant de se percher place du Tertre où il gère un bric à brac hétéroclite, à la fois épicerie et brocante! On dit que Gen Paul le chargeait de vendre ses aquarelles qu'il accrochait à l'aide de pinces à linge à un fil suspendu dans la boutique.

On raconte encore qu'Utrillo payait son ardoise de gros rouge avec des toiles que notre brocanteur-épicier collectionnait.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Rue de Montmartre sous la neige. (Emile Boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

Montmartre; (Emile boyer)

     C'est ainsi que le virus pictural qui circule librement par les rues de Montmartre contamine notre homme qui s'achète un chevalet et bien des années avant l'invasion de la place du Tertre par les barbouilleurs, s'installe sur le trottoir devant son échoppe..

Indifférent aux courants nouveaux et aux précurseurs, il peint à sa manière, réaliste et colorée, sans se soucier des modes. Son oeuvre est restée dans l'ombre malgré une exposition en 1973 au musée de Montmartre. Dans les salles de vente, il est possible d'acquérir une de ses toiles pour un millier d'euros.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Le livre de Martine et Bertrand Willot.

Un livre lui a été consacré : "Emile Boyer -Années folles-" par Martine et Bertrand Willot.

Voici en quels termes leurs auteurs le présentent :

"Brocanteur, anarchiste, fort en gueule, caractériel, marchand de frites et peintre"!

Bref! un homme complet!

Emile Boyer et sa friteuse!

Emile Boyer et sa friteuse!

...Car... il est le précurseur à Montmartre des "baraques à frites" chères à nos amis nordistes!

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Pourquoi la boutique porte-t-elle ce nom : Le Singe qui lit?

Il y aurait eu à Montmartre à la fin du XIXème siècle une revue d'artistes qui s'appelait ainsi. J'en ai cherché la trace et ne l'ai pas trouvée. Aucun document, aucun témoignage... rien ne permet de confirmer cette source!

Un singe en argot est un patron mais aussi un ouvrier typographe, un typo. Or, parmi ses multiples activités, Emile boyer fut ouvrier typographe! Il est plausible et réjouissant de lui accorder la paternité du nom!

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Le singe lecteur. Gabriel von Max (1904)

Après Emile Boyer, la boutique connaît divers avatars...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Elle s'appelle pompeusement "Relais des Arts" et se spécialise dans la marionnette.

     Le Relais disparaît à son tour avec ses petits personnages qui laissent le Singe reprendre possession de sa boutique pour ne plus la lâcher.

On voit à droite la brocante de Grémillet

On voit à droite la brocante de Grémillet

     Comme à l'époque d'Emile Boyer un joyeux bric à brac s'y installe, une brocante foutraque encombrée d'objets hétéroclites ou incongrus.

Eau forte de Georges Gremillet

Eau forte de Georges Gremillet

... et c'est un autre artiste qui succède à Emile Boyer : Georges Gremillet.

Il fait sa publicité en vendant ses dessins et ses eaux fortes exposés sur les murs et dans la vitrine...

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

     Quand il cède son commerce, c'est la fantaisie et la créativité qui s'en vont avec lui.

Les nouveaux propriétaires en font une boutique de souvenirs made in China, semblable aux dizaines de boutiques qui jalonnent le circuit touristique.

Par chance, ils conservent l'enseigne qui faisait encore il y a peu partie du patrimoine montmartrois.

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.

    Mais allez comprendre pourquoi en cette année 2018, le restaurant de la Mère Catherine a pu obtenir l'autorisation de tuer le Singe ?      

N'aurait-elle pas pu conserver au moins l'enseigne?.... et conserver ainsi une petite partie de l'histoire de la Butte!

Il faut croire que les responsables chargés de veiller sur la défense de la Butte, s'ils ne sont pas des singes, ne doivent pas lire beaucoup

Hier

Hier

aujourd'hui

aujourd'hui

Le singe qui lit. Montmartre.Place du Tertre.
Bazar made in China

Bazar made in China

Singe.. (Gabriel von max 1913)

Singe.. (Gabriel von max 1913)

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

>Plus une trace, plus un poil du Singe qui lisait.

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 17:06
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Jean Baptiste Troppmann, cet assassin qui a fait la une de la presse du Second Empire  a un lien avec Montmartre, en plus de celui de figurer en bonne place sur une toile à la fois naïve et violente exposée au premier étage du musée de la rue Cortot.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

     En effet, avant que le Lapin agile prît ce nom, le cabaret de la rue des saules s'appelait le cabaret des assassins et ses murs étaient couverts de toiles représentant des crimes célèbres dont celui de Troppmann.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Si le peintre est inconnu, le sujet de son tableau ne l'est pas. Il s'agit d'un crime qui passionna la société française tant il parut monstrueux.

Jean Baptiste Troppmann

Jean Baptiste Troppmann

L'histoire est assez compliquée, inutile d'entrer dans les détails.

 Un jeune homme de 20 ans, Troppmann,  empoisonne un père de famille, Jean Kinck, se débarrasse du fils aîné, Gustave Kinck, en le poignardant et en l'ensevelissant dans un champ, près des Quatre Chemins, à Pantin.

La famille Kinck. Jean et Hortense et trois de leurs six enfants.

La famille Kinck. Jean et Hortense et trois de leurs six enfants.

Il élimine ensuite le reste de la famille : Hortense la femme, enceinte de plusieurs mois, sa fillette âgée de deux ans et ses garçons âgés de 8, 10, 13 et 16 ans.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il les emmène en voiture de louage à Pantin, leur faisant croire que le père y a loué une maison. Dans le champ où il avait tué Gustave, il se livre à un véritable massacre.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il égorge, tue à coups de pioches, s'acharne sur ses victimes qu'il lacère avant de les enterrer dans une fosse.

D'après les experts, il aurait agi dans une sorte de crise de folie, avec une rage et une force décuplées....

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Le massacre comme tous les faits divers sanguinolents a un retentissement considérable et permet aux journaux de multiplier par dix leur chiffre de vente!

Le jeune criminel fascine et horrifie.

Ses crimes font l'objet de nombreuses études et interprétations. Certains enquêteurs ne veulent pas croire qu'il les  ait commis seul.

On a parlé de complices, de trafic de fausse monnaie...

 

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

La sauvagerie du massacre, les coups de couteau frénétiques, le démembrement à coups de pioche et de pelle sont détaillés au cours d'un procès suivi par une foule de curieux parmi lesquels des écrivains comme Flaubert, Dumas ou Barbey d'Aurevilly.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Lautréamont voit en l'assassin un marginal, un révolté absolu se déchaînant contre l'image de la bourgeoisie, contre la famille, contre l'ordre établi...

Il parle dans ses poésies de "la révolte féroce de Troppmann"

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.
Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

S'il est vrai qu'il subsiste des zones d'ombres dans cette sinistre histoire, il est cependant avéré que l'argent en est le mobile.

Les juges ne s'y trompent pas et Troppmann est condamné à la guillotine.

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Il y a foule le 19 janvier 1870 pour assister à l'exécution et pour voir le condamné, soudain habité d'une force terrible, faire sauter les sangles qui le maintiennent sur la planche et mordre la main de son bourreau au point de presque sectionner un de ses doigts!

Parmi les spectateurs se trouve Ivan Tourgueniev qui a pu grâce à Maxime Ducamp rendre visite au condamné dans sa cellule avant d'assister au supplice.

La tête de Troppmann dessinée par Gill....

La tête de Troppmann dessinée par Gill....

Il en a laissé un récit bref et précis : "'L'exécution de Troppmann" 

"A l'apparition de Troppmann, le bruit de la foule se tut comme un monstre qui s'endort.

Enfin retentit un bruit léger de bois qui se heurtent. c'était la chute de la lunette supérieure avec la découpure transversale pour laisser passer le tranchant, la lunette qui prend le cou du criminel et rend sa tête immobile; puis quelque chose gronda sourdement, roula et éructa comme si un grand animal eût craché."
 

 

 

Les crimes de Troppmann. Musée de Montmartre.

Quelques mois après la mort de Troppmann, c'est le Second Empire qui est guillotiné à Sedan... bientôt suivi de l'invasion prussienne et de la Commune de Paris.

 Les résistants seront écrasés au cours de massacres sauvages qui ne feront pas le tri sur les barricades entre les hommes, les femmes, enceintes ou non, les gavroches...

Rien à voir me direz-vous avec Troppmann.

Oui vous avez raison mais j'y ai pensé malgré moi à cause de l'auteur du tableau dont le nom est  Douay...

Or c'est le général Douay, commandant des troupes versaillaises qui inaugura le dimanche 21 mai 1871 la Semaine Sanglante!

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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 13:25
La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

 

   Cette croix de pierre, plantée sur le parvis de l'église Saint-Pierre, près de la grille du cimetière du Calvaire, ne manque pas d'intriguer.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

    Elle semble ne pas être à sa place, à l'écart, comme penaude d'être là et n'assumant pas sa haute taille !

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

    Peut-être n'ignore t-elle pas qu'elle n'a rien à faire en ce lieu où elle a été transportée par les amis de la Société du vieux Montmartre à la fin du XIXème siècle.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

   Si l'on est curieux et que l'on s'approche, on peut lire, gravée dans la pierre, cette inscription :

"Cette croix a esté faite et plantée par Philippe Cottin ancien marguillier de sa paroisse La Chapelle S.Denis le 25 may 1763.... Est décédé le 29 may 1764 M.O. Un De profundis."

La Chapelle. Eglise Saint-Denis.

La Chapelle. Eglise Saint-Denis.

     Eh oui! Elle n'est pas montmartroise notre croix mais elle vient de la commune qui était voisine : La Chapelle… 

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

   Le sieur Philippe Cottin était marguillier, ce qui sous l'ancien régime désignait les membres d'un conseil paroissial chargés d'en gérer les affaires. 

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     Le marguillier prévoyant l'heure inéluctable de son décès, fait édifier dans le cimetière paroissial, le 25 mai 1763, cette croix qui un an après son installation l'accueillera et fera de l'ombre sur sa tombe. Il meurt en effet le 29 mai 1764!

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     La croix s'apprête à voyager car le cimetière paroissial trop petit est désaffecté en 1804 tandis qu'un autre, plus grand, s'ouvre sur des terres agricoles. C'est le cimetière Marcadet (qui occupe à peu près l'emplacement de la rue Pierre Budin actuelle).

 

     Nous retrouvons notre croix dans le nouveau cimetière où elle coule des jours paisibles jusqu'en 1849, année où le nouveau cimetière, à son tour jugé insuffisant, est fermé. Tant pis pour la croix qui ne reçoit plus de visites jusqu'en 1871 et les massacres de la Commune.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     En effet, le cimetière ouvre de nouveau ses portes et ses fosses aux centaines de cadavres, hommes, femmes, adolescents dont on ne sait que faire. Ils auront le droit de reposer en paix (!) jusqu'en 1887 où nul ne voit l'intérêt de continuer à entretenir ce lieu de mémoire et où l'on ferme définitivement le cimetière Marcadet.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     La croix est menacée de destruction quand les promoteurs s'abattent sur les terrains libérés comme des corbeaux sur un champ de maïs.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     Mais les amoureux de Montmartre, membres de la Société du vieux Montmartre, veillent au grain et font transporter la croix menacée au sommet de la Butte, sur le parvis de Saint-Pierre, église qui elle aussi avait été menacée de destruction.

 

… Et notre croix est toujours là, modeste malgré sa haute taille. Les touristes ne la remarquent pas mais les pigeons parfois s'attardent sur sa branche.

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.

     Elle a peut-être la nostalgie de son village d'origine. C'est ce que pensent les habitants de La Chapelle qui ont pétitionné en 2002 pour qu'elle redescende et retrouve son lieu de naissance, près de l'église St Denis.

 

     Apparemment ils n'ont pas été entendus.

     La croix s'est donc habituée à sa condition d'exilée.

 

    Philippe Cottin ne doit pas être mécontent!

    Son nom est pour l'éternité (relative) gravé au cœur de Montmartre. Ce qui ajoute à sa notoriété, plus peut-être que le petit passage qui porte le nom de sa famille, un peu plus bas et qu'Utrillo a peint deux ou trois fois.

 

La croix Cottin. Parvis de l'église Saint-Pierre de Montmartre. Philippe Cottin.
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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 11:16
Notre-Dame de Lorette et le Sacré-Coeur.

Notre-Dame de Lorette et le Sacré-Coeur.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Si vous entrez dans l'église par la porte de gauche, vous vous retrouvez devant la loge de l'accueil installée dans la chapelle de la Mort et de la Résurrection. L'endroit est si détérioré, si sinistre que l'on craint un instant que la Mort l'ait emporté!

 

     La résurrection artistique est de l'autre côté, vers la porte de sortie, dans l'or et le bleu de la chapelle des Baptêmes récemment restaurée!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.
Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Il s'agit d'un ensemble remarquable qui prend place dans l'histoire de la peinture du XIXème siècle à Paris....

     N'en déplaise à ceux qui font la fine bouche devant les fresques religieuses de cette époque!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Quand il fallut décorer l'église, dans un quartier en pleine expansion, apprécié des artistes et des femmes légères qu'on appellerait bientôt "lorettes", la peinture de trois chapelles, après concours, fut confiée en 1832 à des peintres de renom qui formaient une école picturale appelée Ecole des Nazaréens.

Chapelle de la Vierge (Victor Orsel)

Chapelle de la Vierge (Victor Orsel)

Chapelle de l'Eucharistie (Alphonse Périn)

Chapelle de l'Eucharistie (Alphonse Périn)

     Il s'agit de Victor Orsel (chapelle de la Vierge, aujourd'hui dégradée), Alphonse Périn (chapelle de l'Eucharistie) et Adolphe Roger (chapelle des Baptêmes).

     Seule a été restaurée celle des Baptêmes grâce à un fonds américain : le World Monument Fund, notre pays ne faisant pas toujours de la préservation de son patrimoine une priorité absolue!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Les trois peintres étaient amis et admiraient les Nazaréens allemands qui, comme eux, avaient fait le voyage en Italie pour étudier les Primitifs qu'ils considéraient comme leurs maîtres. Les sujets religieux étaient pour eux symboliques de la condition même de l'homme et susceptibles de concerner tous les hommes, même incroyants. La Vierge et son enfant pouvait représenter toute maternité humaine et le Christ en croix toute agonie. 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Adolphe Roger (1800-1880) choisit de représenter les rites du baptême en mettant en valeur les protagonistes, sans que l'œil soit attiré par un paysage d'arrière plan. En cela il est influencé par les icônes byzantines plus que par les peintres primitifs qui, en rupture avec leurs prédécesseurs, introduisirent la nature, montagnes, fleuves, arbres dans leur composition. 

 

Le fond d'or semble fait de plaques du métal précieux...

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.
Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     De part et d'autre, Adam et Eve sont représentés. A gauche sous l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, après avoir mangé le fruit défendu, et à droite au moment où ils sont chassés du Paradis....

     La composition est symétrique... D'un côté l'arbre et le serpent, la branche s'élevant au-dessus du couple, de l'autre le bras de l'ange. D'un côté Adam et Eve, parallèles, dans une position identique de repli sur eux-mêmes, de l'autre s'en allant, douloureux, vers l'inconnu. 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

   La tête penchée sur la main droite, ils se ressemblent et pourtant, la bouche d'Eve reste ouverte tandis qu'Adam la recouvre du poing comme s'il voulait effacer ce moment où il a mordu dans le fruit ...

   La bienséance du temps a conduit le peintre à cacher la nudité du couple. Eve est recouverte de ses cheveux et d'une inutile ceinture de feuilles, la même que l'on retrouve sur Adam.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

  De l'autre côté, les voilà déjà vêtus de peaux de bêtes. Adam se dissimule toujours, tête baissée tandis que sa femme lève la tête. On pense à la fresque de Masaccio où l'homme se cache le visage dans les mains tandis que la femme se tourne, visage nu et comme aveugle vers le ciel...

 

Les deux fresques sont, selon moi,  les réalisations les plus belles de la chapelle...

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     La scène du baptême est plus convenue. Au centre le Christ, les bras écartés et qui semblent devoir s'élever jusqu'à leur position sur la croix.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

A la droite du Christ, Jean Baptiste accomplit le rituel, entouré par des anges un tantinet inexpressifs.

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

    Au-dessus de la scène, la Trinité, Père, fils et Esprit couronnent l'âme du nouveau baptisé qu'ils accueillent dans leur lumière. L'ensemble est assez convenu mais c'est la couleur franche et la clarté de la composition qui frappent. Adolphe Roger a retrouvé ici quelque chose de la magie naïve et savante des primitifs.

     Parmi les autres décorations de la chapelle, les plus originales représentent les rites du baptême ( certains aujourd'hui tombés dans les oubliettes).

Le SEL... 

Dans la bouche de l'enfant étaient déposés quelques grains de sel, élément vital qui protège de la corruption. 

L'EAU...

     A l'origine le baptisé était plongé dans l'eau, symbole de la mort de l'homme ancien et naissance de l'homme nouveau. 

 

Le SOUFFLE... ou exorcisme...

    Le prêtre souffle sur la tête du bébé afin de chasser au loin le mal ...

 

    Le peintre a représenté au-dessus  l'ange du Mal, un serpent enroulé autour de lui, poursuivi par le bon ange qui tape dans les mains comme s'il voulait effrayer une vulgaire vipère!

Et comme souvent (j'allais écrire "toujours") le mal a plus d'allure, plus de caractère quant il apparaît sous le pinceau des peintres que le bien, fade et conventionnel!

LA SALIVE...

    Le prêtre mouille son doigt de salive et touche les oreilles et les narines de l'enfant. 

Le rite porte le nom d'Ephpheta, ce qui en araméen signifie "Ouvre-toi".

 

LE SAINT CHRÊME....

    Avec l'huile sainte, le signe de croix est tracé sur le crâne de l'enfant. 

 

     On comprend, à voir l'étendue des surfaces peintes qu'il ait fallu plus de quatre ans à Adolphe Roger pour les réaliser. Notons ici qu'il innova dans la technique puisqu'il mit au point avec Orsel un procédé "à la cire froide" qui associait les qualités de la fresque (vivacité, naturel des coloris) à celles de l'encaustique ou cire chaude (vertus hydrofuges). Malgré ces précautions, les deux peintres ne purent éviter "l'irréparable outrage" des années!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

    D'autres scènes ornent les piliers. Elles rappellent des baptêmes célèbres et des conversions de populations lointaines.

... Tout d'abord le baptême de Clovis et Clotilde par Saint-Rémi... avec intervention volatile de l'Esprit Saint qui bénit le Saint chrême et l'ampoule qui servira à oindre les rois de France!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Le baptême des Péruviens avec l'ange et le saint évangélisateur François Solano qui avait des dons divinatoires puisqu'il sut prédire la date de sa mort et le tremblement de terre qui dévasta le Pérou!

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Le baptême de l'empereur Constantin qui selon nombre d'historiens ne lui aurait été administré que sur son lit de mort.

    La légende veut qu'après avoir vu des signes miraculeux apparaître dans le ciel avant une bataille décisive, il eût décidé de se faire chrétien et eût été baptisé par Saint Sylvestre.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

... Enfin, le baptême des Ethiopiens par Saint Philippe (qui fait allusion à un passage des Actes des Apôtres où Philippe baptise un eunuque éthiopien).

     L'aspect académique de ces scènes peut lasser mais la couleur, le relief des personnages sur le fond bleu, la simplicité des visages peuvent nous toucher.

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Pour terminer la visite de la chapelle, il faut lever les yeux au ciel et découvrir la coupole bleue avec ses étoiles. Les grandes figures qui tournent avec elles bien qu'assises sur leur trône, s'envolent dans un bruissement rose et blanc, couleurs mystiques.

"Un soir fait de rose et de bleu mystique"  (Baudelaire.)

 

Eglise Notre-Dame de Lorette. La chapelle du baptême. Adolphe Roger.

     Grâce à cette belle restauration, Adolphe Roger va peut-être retrouver sa place dans l'histoire de la peinture du XIXème siècle.

   Parmi les peintres proches du courant nazaréen, seul Ingres n'est pas tombé dans l'oubli et c'est dommage.

... Il y a dans son œuvre, servie par la science de son art, une naïveté qui le rapproche de ses maîtres Primitifs. Sur le ciel d'or ou sur le ciel bleu, les visages graves ou sereins sont ceux d'hommes et de femmes qui, délaissant un instant leurs soucis quotidiens, entrent de plain pied dans une légende, un conte de fées pour les uns, une vérité religieuse pour les autres!

 

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 13:48
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

    Une amie m'ayant demandé de jouer les guides chenus pour des étudiantes croates du lycée bilingue de Zagreb, j'ai composé ce parcours que je crois "idéal" pour saisir l'essentiel de notre Butte et peut-être ressentir l'envie de revenir...

Il faut compter deux heures pour le réaliser et pour attraper au vol un peu de cet air montmartrois fait de souvenirs, de fantômes, de réalités...

 

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Le point de départ est le métro Anvers, la station de Guimard avec son décor floral qui fait penser à des mantes religieuses

    Nous sommes sur le boulevard de Rochechouart où se dressait la fameuses barrière dite "des Fermiers Généraux" qui entourait paris et dont le franchissement par les octrois ne pouvait se faire qu'en payant des taxes sur les marchandises.

     Information qui n'est pas sans importance car elle explique pourquoi, avant la destruction de ces barrières, les Parisiens venaient dans les bistrots de Montmartre où le vin était moins cher, étant donné qu'il n'avait pas eu à payer l'octroi!

     En 1860, Montmartre est rattaché à Paris. bistros et bals, entourés de jardins, battent leur plein!

    Nous avons devant nous l'Elysée Montmartre et un peu plus loin le "Trianon" et "La Cigale", rescapés plus ou moins estropiés de la transformation spéculative à outrance de Montmartre.

     L'Elysée Montmartre était un bal populaire dont les jardins s'étendaient sur un terrain qui irait aujourd'hui jusqu'à la place Saint Pierre. Nous le voyons tel qu'il fut reconstruit en 1897 avec les structures du pavillon de France de l'exposition de 1889 dont Eiffel avait été l'architecte.

 

 

     La danseuse du fronton est une exilée qui vient du bal Mabille. Il s'agit d'une danseuse de quadrille qui deviendra bientôt le cancan. C'est ici que la danse mythique verra le jour et non au Moulin Rouge qui en revendique la paternité! Valentin le Désossé commence ici sa carrière montmartroise. La Goulue fait partie de la troupe. Toulouse Lautrec nous en donne une vision vivante et humoristique .

                                           A l'Elysée Montmartre (Toulouse lautrec) 

     Nous empruntons la rue de Steinkerque, encombrée de joueurs de bonneteau et bordée de boutiques de souvenirs made in China!

 

     Nous entrons dans le square Louise Michel par la porte de gauche, juste avant le funiculaire.

    Nous prenons l'allée qui serpente et passe devant la Fontaine que les Montmartrois appellent des Innocents mais qui n'avait pas de nom. Elle rend hommage à Rabelais dont une citation tirée de Gargantua est gravée dans la pierre : Mieux est de ris que de larmes escrire.

    La suite, comme chacun sait est : Pour ce que rire est le propre de l'homme.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Elle est l'œuvre d'un sculpteur que l'on redécouvre aujourd'hui : Emile Derré (1867-1938). 

 

    Anarchiste, pacifiste, il sculpte l'amour et la joie de vivre. Nous le retrouverons plus haut, après avoir atteint la grande fontaine des Tritons de Gasq .

Nous allons sur la droite et empruntons la deuxième allée en escalier sur la gauche.

 

     Nous découvrons le pont rustique qui donne sur une falaise qui abrite un couple d'amoureux enlacés, de Derré. Jadis une cascade l'abritait derrière un rideau léger mais aujourd'hui elle est tarie et le ruisseau qui cascadait jusqu'à la grotte, en bas du jardin, reste désespérément à sec.

 

     Derré qui avait fait scandale en sculptant un monument aux morts de 14-18 représentant un soldat français et un soldat allemand enlacés, connut à l'approche de la deuxième guerre un tel dégoût et un tel désespoir qu'il se suicida

Réconciliation (Derré) Sculpture disparue aujourd'hui

 

     Nous remontons et grimpons jusqu'au parvis du Sacré-Coeur, là où pendant la Commune étaient entreposés les fameux canons de Montmartre. Nous regardons l'imposante basilique dont les parties sculptées sont dignes d'intérêt, mais nous ne nous attardons pas. L'esprit de Montmartre n'est pas au rendez-vous dans cette église, aussi imposante et orientale qu'elle pût être.

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Le square Nadar sous la neige (7  février 2018)

Le square Nadar sous la neige (7 février 2018)

     Par la gauche, rue Azaïs, nous passons devant le square Nadar et la statue du Chevalier de la Barre. Nous nous arrêtons un instant et enlevons notre béret, ou casquette, ou bonnet, devant ce jeune homme, le chapeau vissé sur le crâne, fièrement tourné vers la basilique.

    Ce n'est pas un Montmartrois, mais un gars du Nord, de Valenciennes qui au XVIIIème ne croyait ni en Dieu ni en diable et qui aimait chanter des refrains libertins. Il n'ôta pas son chapeau devant la procession du Saint Sacrement. Il fut arrêté, torturé, on lui arracha la langue, on lui coupa la main et on le brûla.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Il devint pour Voltaire et les libres penseurs, le martyr de l'obscurantisme religieux. Voilà pourquoi, quand se construisit la basilique, les Montmartrois  qui avaient gardé le souvenir de la Commune, obtinrent que sa statue fût placée devant la basilique érigée pour rendre grâce à Dieu d'avoir protégé Paris pendant ces mois de guerre et de révolte. Le Sacré-Cœur a pour adresse 35 rue du Chevalier de la Barre! 

L'esprit de Montmartre est au rendez-vous!

(Pour information, notons que la statue d'origine, placée face au Sacré-Coeur, a été fondue sous Vichy et que celle que nous voyons aujourd'hui (œuvre d'Emmanuel Ball) a été inaugurée en 2001.)

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Nous apercevons contre le square la fontaine Wallace, petit monument parisien s'il en est. La plupart de ces fontaines ont été financées par un philanthrope anglais, Richard Wallace, habitant Paris et ayant été horrifié, pendant la Commune et le siège, de la misère du peuple privé d'eau. Les quatre cariatides dessinées par Lebourg, représentent les 4 saisons.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
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Nous montons vers la place Jean Marais devant la vieille église.

     Nous jetons un coup d'œil sur la place du Tertre, ancien centre du vieux village, aujourd'hui envahie par des peintres qui vous tirent le portrait pour une centaine d'euros. Puis nous entrons dans l'église, la plus vieille de Paris après Saint-Germain.

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    Elle a été construite au XIIème siècle, Louis le Gros étant roi de France et sa femme Adélaïde de Savoie étant reine! Son tombeau était placé dans le chœur et la pierre tombale réemployée a été récupérée et dressée à côté de la sacristie.

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

       Nous ne nous attardons pas dans cette belle église dont nous admirons les vitraux de Max Ingrand...

         La marche sur les eaux (étonnante composition avec les pieds vus par dessous...

... les colonnes des temples romains de part et d'autre du buffet d'orgue et dans le chœur, le seul chapiteau sculpté rescapé des différents avatars subis par l'édifice.

 

     Ce rescapé représente la luxure! Un homme à tête de renard chevauche à l'envers un cheval dont il tient la queue.

Rue Saint Rustique

Rue Saint Rustique

     Nous sortons de l'église et prenons sur la droite la rue du Mont-Cenis. Nous passons devant la rue Saint Rustique, une des artères du vieux village qui est restée telle qu'elle était du temps des moulins et des vignes.

Rue Cortot

Rue Cortot

     Nous tournons, à droite, dans la rue Cortot, une des plus intéressantes de Montmartre. Au n° 6 une petite maison a de 1890 à 1898, abrité Erik Satie qui y a composé quelques chefs d'œuvre comme les Gymnopédies. Il habitait au deuxième étage un minuscule appartement avant d'occuper, les deux dernières années, une pièce plus petite encore (9 mètres2) qu'il appelait son "placard".

 

   Il habitait encore rue Cortot quand il  tomba amoureux fou en 1898 de Suzanne Valadon.

   Après la première nuit passée avec elle, il se mit à genoux et proposa de l'épouser. Valadon refusa et après une liaison intermittente de 5 mois, le quitta définitivement, non sans avoir peint le portrait le plus connu de son "amant".

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

    Satie s'enferma dans la souffrance et l'humiliation. Il composa un OVNI musical, intitulé "Vexations", une pièce qui doit être jouée 840 fois. Inutile de dire qu'elle a été peu donnée! John Cage est un des rares à l'avoir jouée, pendant 20 heures...

Musée de montmartre

Musée de montmartre

     Voisin de la maison de Satie, nous trouvons le Musée de Montmartre. Nous n'y entrerons pas puisque nous avons limité notre circuit à deux heures. Mais si vous avez le temps de revenir sur la Butte, je vous le conseille. Vous y verrez l'atelier de Suzanne Valadon et le petit appartement où elle vécut avec Utrillo et Utter  (reconstitués sur les lieux mêmes)

 

Musée de Montmartre, l'atelier de Renoir.

Musée de Montmartre, l'atelier de Renoir.

    Vous y découvrirez le bâtiment où Renoir peignit le fameux bal au Moulin de la Galette.

    Le musée est composé de l'hôtel Demarne du XVIIIème siècle ...

...et de la maison du Bel Air (où vécut Rosimond, acteur de Molière) ....

...des collections permanentes et des expositions font revivre le Montmartre de la grande époque.

Dans les jardins, Renoir peignit la fameuse balançoire, Van Gogh le père Tanguy (marchand de couleurs qui habitait la loge du rez de chaussée)... etc...

 

 

C'est un des hauts lieux de Montmartre.

A l'étage la fenêtre aux forts barreaux était la chambre d'Utrillo qui ne pouvait sauter dans la rue pour aller au bistro.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Descendons la rue Cortot...A l'angle avec la rue des saules une grande maison bourgeoise a remplacé la maison villageoise où vécut Aristide Bruant, le poète emblématique de la Butte. Ses chansons ne cessent de résonner dans les rues...

"Son p'tit fichu sur les épaule

Elle rentrait par la rue des Saules

Rue saint Vincent...."

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Germaine (Picasso)

Germaine (Picasso)

   Nous voilà, à l'angle entre la rue de l'Abreuvoir et de la rue des Saules devant la célèbre maison rose immortalisée par Utrillo, restaurant bon marché où venaient les peintres fauchés, tenu par Laure Germaine qui fut un des modèles de Picasso pendant sa période bleue et dont il fut amoureux.

 

     En face de la maison rose, dans les jardins préservés, on aperçoit la Folie Sandrin. Ce petit château élevé, comme c'était alors à la mode, dans la nature et sous les arbres, portait le nom de "folie" parce qu'elle était dans les feuilles (une feuillée).

     Le hasard voulut que cette "folie" fut rachetée par un aliéniste, le docteur Prost, puis par le docteur Blanche afin de recevoir des poètes, écrivains, artistes qui auraient risqué d'être internés dans des hôpitaux psychiatriques et privés de toute liberté. Ils avaient pour théorie que pour soigner ceux qui souffraient de troubles mentaux, il fallait leur donner un cadre chaleureux, naturel et surtout ne pas les priver de liberté.

 

 

 

Le plus célèbre des hôtes de la folie est certainement Gérard de Nerval qui y séjourna en 1841 et la décrira comme une "maison fashionable et aristocratique". Il aima Montmartre où il revint pour y séjourner quelques mois au Château des Brouillards.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

   Descendons sur une centaine de mètres la rue des Saules pour voir un carré de vignes qui rend hommage à celles qui couvraient la Butte jusqu'à la Chapelle et qui appartenaient aux Abbesses. Elles donnaient un vin blanc de bonne réputation "la goutte d'or" dont un quartier  voisin perpétue le souvenir!  Elles ne sont pas d'origine, plantées plein nord mais elles donnent l'occasion chaque année à des festivités, vendanges, défilés, bals qui redonnent à Montmartre un peu de sa vitalité bon enfant.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Plus bas, à l'angle avec la rue Saint Vincent, le Lapin Agile est toujours là, tel qu'il apparaît sur les toiles des peintres et les vieilles cartes postales. 

 

     Ce fut un des hauts lieux de la vie de bohême montmartroise. Ancien cabaret des Assassins, les Montmartrois à l'esprit narquois lui donnent le nom de Lapin à Gill, puis Lapin agile, quand André Gill peint pour sa façade un joyeux lapin sautant d'une casserole.

 

     En 1902, Bruant le rachète et en fait un lieu de rencontres et d'humour, entre chansonniers, poètes et peintres. Picasso, Modigliani, Utrillo le fréquentent. L'âne Lolo fait partie de sa légende.

On lui trempa la queue dans des pots de peinture, on approcha de son postérieur une toile et on vit naître "le coucher de soleil sur l'Adriatique" qui fut exposé avec succès au salon des Indépendants sous le nom de Boronali (anagramme d'Aliboron).

 

     Nous remontons la rue des Saules et prenons la rue de l'Abreuvoir devant la maison rose. Le buste de Dalida sur la placette qui porte son nom nous rappelle que la "Diva" avait choisi Montmartre pour vivre et pour mourir.

 

 

     Des fans n'hésitent pas à caresser la poitrine de bronze qui sous l'effet de cette douceur brille comme de l'or. Les Montmartrois vous diront que cet hommage à la chanteuse porte bonheur en amour. Ce qui est un peu téméraire quand on connaît la solitude et les tragédies de la vie de Dalida!

 

 

 

 

L'allée des Brouillards, un matin d'hiver.

L'allée des Brouillards, un matin d'hiver.

     Donnant sur la placette, l'allée des Brouillards a un air provincial avec ses petites maisons qui ont été construites sur les cabanes du Maquis.

     Il y avait au XVIIème siècle à leur emplacement le parc du Château des Brouillards que nous pouvons admirer de l'autre côté de l'allée.

 

      Ce château est une folie du XVIIème siècle dont le nom vient des brumes qui s'élevaient de la fontaine du But, située en contrebas et qui servait d'abreuvoir aux animaux.

     En 1850 le parc fut sacrifié et plusieurs dépendances détruites. A la fin du siècle une partie de l'ancien château était louée et c'est là que Renoir vint habiter avec sa petite famille après avoir vécu rue Cortot. Son fils Jean, le futur cinéaste de génie y voit le jour.

 

 

Gabrielle et Jean

Gabrielle et Jean

Pour s'occuper de lui, Aline Renoir fait venir de sa province, Gabrielle qui servira de modèle au peintre et que l'on voit sur ce tableau peint au Château des Brouillards.

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     Continuons rue Girardon jusqu'à la place Marcel Aymé où le passe-muraille sculpté par Jean Marais à la ressemblance de l'écrivain, évoque la nouvelle où un personnage falot comme son nom, Dutilleul, découvre son pouvoir de traverser les murs. Ce qui lui permettra de s'enrichir par le vol, de s'évader des prisons et de rendre visite à sa maîtresse rue du Mont-Cenis. C'est là que voulant s'en aller et passant par le mur, il reste prisonnier, son pouvoir l'ayant abandonné!

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

Selon le temps dont vous disposez, je vous propose une petite extension sur l'avenue Junot que vous descendez sur une centaine de mètres...

Maison de Poulbot

Maison de Poulbot

     Pour saluer Poulbot, le plus montmartrois des montmartrois. La maison qu'il fit construire au 13, grâce à son succès est là, énorme, opulente. Elle s'est élevée sur les cabanes du Maquis où il avait passé tant de jours à dessiner et à rencontrer les enfants joyeux et misérables. Toute sa vie il s'est occupé d'eux et il ne faut pas l'oublier devant cette grosse maison où il a fait poser des mosaïques de quelques gosses qu'il avait dessinés.

 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     Mitoyenne de sa maison, on trouve celle de Tristan Tzara, un des instigateur du mouvement Dada, ami de Breton et d'Aragon.  Son architecte est célèbre, il s'agit d'Adolf Loos qui en pleine époque Art Nouveau, prône le dépouillement et l'utilisation la plus pratique de l'espace. Un de ses ouvrages porte un titre assez clair : "Ornement et Crime"! Il influence Le Corbusier et toute cette école dépouillée et brutale qui a trop marqué hélas l'architecture de la deuxième moitié du XXème siècle. 

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.

     En descendant sur une trentaine de mètres l'avenue Junot, nous tomberons sous le charme très british de la Villa Léandre. Elle ne date que de 1926 et elle n'a pas grand chose à nous dire sinon qu'au 8 bis fut arrêtée la célèbre espionne, la Chatte! Quelques acteurs y vécurent. Piccoli y acheta une maison pour Greco qui ne voulut jamais quitter Saint-Germain des prés.

Moulin de la Galette n°1 angle rue Girardon

Moulin de la Galette n°1 angle rue Girardon

    Retour au début de l'avenue devant le cinéma 13 de Lelouch. Nous voyons le Moulin de la Galette avec son jumeau un peu plus bas rue Lepic.

Ce sont les seuls rescapés des dizaines de moulins qui faisaient tourner leurs ailes sur la Butte.

Moulin de la Galette n°2 rue Lepic

Celui qui a porté le premier ce nom est celui qui est à l'angle de la rue Girardon et qui à l'origine était situé plus haut et s'appelait le Radet. Il date de 1717 et a été racheté par le meunier Debray qui plus tard acquit le deuxième moulin, plus bas, qui s'appelait le Blute-Fin et qui datait de 1622.

Moulin de la Galette rue Lepic, ancien Blute-fin.

     Le bal se déplaça vers ce deuxième moulin qui possédait une terrasse sur tout Paris. Debray en fit un lieu de fêtes où peintres et rupins aimaient se délasser. Parmi les peintres qui aimèrent et peignirent ce moulin, on peut citer Renoir, Van Gogh, Signac, Picasso....

Moulin de la Galette par Van Gogh.

   Notre balade est bientôt terminée. Il nous reste à prendre la rue d'Orchampt, face au 1er moulin et passer entre les trottoirs les plus étroits de Paris!

Nous jetons un œil sur l'imposante maison de Dalida, là où elle vécut plus de vingt ans et choisit de se donner la mort en mai 1987.

Maison de Dalida rue d'Orchampt.

     Nous suivons la rue jusqu'à la rue Girardon et prenons à droite, place Emile Goudeau. C'est la place, célèbre entre toutes, ancienne place Ravignan où l'on trouve le Bateau-Lavoir.

Ateliers (ancien Bateau-Lavoir) côté rue d'Orchampt

 

Place Emile Goudeau. Le Bateau-Lavoir

Place Emile Goudeau. Le Bateau-Lavoir

     Une partie des bâtiments fragiles sont partis en fumée mais la façade modeste reste la même. L'ancienne fabrique de pianos avait été aménagée en ateliers peu couteux appréciés des peintres fauchés.

     Ils furent nombreux à y vivre et y peindre mais le plus célèbre est Picasso qui arrive à Montmartre alors qu'il n'a que 19 ans.

     L'homme à femme plutôt macho sera aidé par Fernande Olivier qu'il peint à de nombreuses reprises.

     C'est au Bateau-Lavoir qu'il finit sa période bleue, peint l'essentiel de sa période rose et surtout qu'il réalise ce qui sera le manifeste du cubisme : "Les Demoiselles d'Avignon".

 

 

     Nous descendons la rue Ravignan et prenons à gauche la rue des Abbesses, la rue la plus vivante et la plus commerçante de Montmartre, pour arriver sur la place des Abbesses, devant l'église Saint-Jean.

 

 

     Eglise remarquable qui choqua par sa modernité et que les Montmartrois surnommèrent Saint-Jean des briques. Elle a été construite par Anatole de Baudot, architecte audacieux qui éleva ce premier bâtiment en ciment armé.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
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    Le décor de grés émaillé reste dans l'esprit Art Nouveau orientaliste.

Ce contraste et cet accord entre structure révolutionnaire et décor 1900 est une grande réussite.

Montmartre. Visite idéale. Circuit de deux heures. Départ Métro Anvers, arrivée Place des Abbesses.
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     Sur la place, nous entrons dans le square Jehan-Rictus pour découvrir le mur des "Je t'aime", devenu une curiosité incontournable.

La phrase magique y est écrite en  311 langues ou dialectes, tandis que les éclats rouges d'un cœur attendent d'être enfin réunis dans cette Babel qu'est le monde!

 

     C'est devant ce mur de l'Amour, opposé à tous les murs de haine et de frontière que nous terminons notre balade dans Montmartre.

     Une balade qui s'est voulue légère, sans la prétention de tout dire! 

     Si elle vous a donné envie de revenir pour connaître d'autres rues secrètes, d'autres légendes, pour visiter le musée, pour descendre jusqu'au Moulin Rouge et pour entendre au détour d'une placette ou dans un escalier, résonner les vieilles complaintes de la Butte, alors le guide d'une demi-journée que j'aurais été, se réjouira et vous dira "A Bientôt!"

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.... Et n'oubliez pas... Le vrai Montmartre, c'est l'esprit de poésie et de jeu, c'est le goût de l'anarchie et du plaisir... Alors....

                                            "Volim te"  ... "Je t'aime" en croate

 

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