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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 13:50





Il ne reste à Montmartre que deux des trente moulins qui pendant des siècles ont battu des ailes dans le ciel. Leur histoire est singulière autant que celle de la famille de meuniers à laquelle ils ont appartenu : les Debray.


  Avant d'esgourder leur goualante, je ne résiste pas au plaisir de citer quelques uns des moulins en activité au XVIIIème siècle :    Le Moulin de la Fontaine-Saint-Denis, le Moulin-des-Prés, le Moulin-Vieux, le Moulin-Neuf, le Moulin de la Béquille, le Moulin du Vin, le Moulin-Paradis, la Turlure, la Lancette, la Poivrière, la Grande-Tour, la Vieille-Tour, la Petite-Tour...et les deux rescapés que l'on peut voir aujourd'hui rue Lepic : le Radet et le Blute-Fin, plus connu depuis un certain temps sous le nom de Moulin de la Galette.


Le Radet, à l'angle des rues Lepic et Girardon.

       Mais revenons à nos Debray. Ils étaient meuniers de père en fils sur la Butte depuis le Moyen-Âge et ils assuraient la charge de "meuniers des Dames de Montmartre", religieuses auxquelles appartenaient quelques moulins. Elles les perdirent dans la tourmente révolutionnaire comme elles perdirent la tête, à l'image du Saint Patron de la butte décapité quelques siècles plus tôt. Les debray achetèrent les moulins où ils travaillaient lorsqu'ils furent vendus comme biens nationaux. Les deux survivants qui ornent toujours la Butte devint donc leur propriété.


        Le Moulin de la Galette.

 
       En mars 1814, les Russes s'emparent de Montmartre. Les quatre frères Debray ne l'entendent pas de cette oreille et se battent comme des lions. Trois d'entre eux sont tués. Le quatrième se réfugie avec son fils dans son moulin où ont été installées des pièces de canon. Il veut venger ses frères et se bat avec une colère très efficace, causant la mort de plusieurs cosaques. Mais le combat est inégal. Il est saisi brutalement et massacré dans les règles russes de l'art tandis que son jeune fils est transpercé par une lance ennemie
.



 Le corps du dernier frère est découpé en morceaux, quatre quartiers pour être précis, qui sont attachés aux ailes de son moulin que ses bouchers s'amusent à faire tourner. Pendant la nuit, la veuve du meunier viendra détacher les restes sanglants de son mari pour les enfouir près de l'église Saint-Pierre. Plus tard un petit monument funéraire surmonté d'un moulin de pierre rendra hommage au valeureux combattant (vous ne pourrez lui rendre visite qu'un seul jour par an, le cimetière paroissial où reposent avec Debray, Bougainville et Pigalle n'ouvrant ses portes qu'à la Toussaint). 
      Le fils mal embroché survivra mais ne pourra jamais avaler que du lait alors que sur la butte on aimait tant le petit vin de la Goutte d'Or. Les accros de la dive bouteille n'ont jamais pensé à ce moyen radical de se libérer de la dépendance pinardière.



 C'est pourtant ce fils condamné au lait qui très amateur de jolies danseuses et lui même danseur émérite transformera son moulin en bal populaire. La famille Debray ne gardera que le Blute-Fin qui deviendra en 1895 Moulin de la Galette et qui sera très fréquenté par les peintres. Il inspirera Renoir, Toulouse-Lautrec et Picasso... Le Radet que nous voyons ci-dessus étant en très mauvais état et menaçant de s'écrouler, les debray cédent à la mobilisation des montmartrois qui veulent le sauvegarder et l'offrent à la Société du Vieux Montmartre qui le restaure.

Le Moulin de la Galette est en fait le dernier rescapé en état de marche. Malheureusement il ne se visite pas et on ne peut que lui faire un grand signe en ouvrant les bras. Mais prenez garde de ne pas vous envoler...Il se passe de drôles de choses à l'ombre des moulins !


 

liens: le Château des Brouillards à Montmartre

Montmartre. La Goulue et Toulouse Lautrec.

Montmartre: Jane Avril, Toulouse Lautrec.


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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 08:32






















Hier jour de grand soleil sur la butte. Je pars à l'assaut et compte les 300 marches qui me séparent de la vieille église tapie à l'ombre de l'imposant Sacré-Coeur. J'ai envie de revoir les vitraux de Max Ingrand dans la lumière de cette belle journée.

















Dans le choeur, les trois grandes verrières représentent le christ au centre, Saint-Pierre à droite et Saint-denis à gauche. A tout Seigneur tout honneur, approchons-nous du vitrail central :






















Le sang jaillit comme des étoiles rouges et les mains crispées autour des clous se referment comme des araignées. Seul l'index de la main gauche trouve la force de montrer le ciel et l'écriteau qui se voulait humiliant et grotesque : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs.
La partie basse du vitrail montre Marie, visage de douleur tourné vers son fils et Jean le plus aimé qui soutient la femme brisée 

               
                                                





















Je m'étonne d'un troisième visage au centre exact du vitrail. contrairement aux autres qui sont stylisés, caractéristiques du géométrisme du milieu du XXème siècle, il paraît réaliste. J'ai voulu savoir qui était cette femme qui semble fixer le spectateur.
 Elle serait la propre femme de l'artiste au pied de la croix où elle reçoit chaque matin la lumière du soleil levant.



















A droite, voici Saint-Denis, premier évêque de Paris et martyr bien connu qui perdit la tête sur la butte avant de la reposer sur son cou sanglant et de dévaler la pente jusqu'au lieu où s'élèvera la Basilique où voudront s'étendre, en attente d'éternité tous les rois de la douce France.



















Au bas du vitrail, la tête du martyr semble dormir, bien calée sous sa mitre, les lèvres entrouvertes sur un sourire de bienheureux.

















Et maintenant place au patron! Saint-Pierre lui-même qui a supplanté Saint-Denis dont l'église mérovingienne portait pourtant le nom. Comment a-t-il donc fait? C'est qu'au XIIème siècle, l'abbaye en fort mauvais état est confiée à des religieuses bénédictines venues de l'abbaye Saint-Pierre-des-Dames à Reims. Elles déménagent avec leur saint patron. Le choeur dédié à Saint-Denis sera séparé de la nef consacrée à Saint-Pierre et qui servira d'église paroissiale.

















Au bas du vitrail, le fameux gallinacé rappelle le reniement de Pierre. "Avant que le coq n'ait chanté tu m'auras renié trois fois". Le thème du reniement se retrouve sur un autre vitrail. Huit des vitraux sont consacrés à l'apôtre : La marche sur les eaux, La vocation, Tu es Pierre, La Délivrance, Le martyre, Le reniement, La crucifixion, Le vitrail du choeur.














Le Reniement






Encore le coq (l'avons-nous bien choisi, nous les Gaulois, comme emblême national? Serions-nous enclins à la trahison? Mais non me dit mon frangin, c'est parce que comme lui, les deux pieds dans la M...., nous chantons à tue-tête!)












La marche sur les eaux








                                                      


                                                                                                                        
J'aime beaucoup cette euvre-là. Les pieds pris dans la mouvance des bleus et des verts, comme si nous étions sous l'eau et n'apercevions que la plante brune des pas, entre quelques éclats de soleil.











"Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise."


















La délivrance





Pierre est en prison et un ange vient briser ses chaînes. "Soudain l'ange du Seigneur survint et le cachot fut inondé de lumière. Il frappa Pierre au côté et le fit lever : Debout vite! dit-il. Et les chaînes lui tombèrent des mains."
Allez, au boulot tous les anges! Il n'y a pas que Pierre... Il y a les vieux prisonniers de la maladie et de la démence, il y a les désespérés de la vie, les abandonnés, les meurtris trop faibles pour se relever. Au boulot les anges! Vous savez briser les chaînes et ouvrir les portes... Il y a du pain sur la planche pour toutes vos légions
!






















Avant de quitter l'église, je m'arrête devant ce vitrail qui représente la Vierge protégeant de son manteau la patronne de Paris, la jeune fille de Nanterre, Sainte Geneviève qui tient la Cathédrale que les parisiens ont fait monter vers le ciel. Bizarre me dis-je, il y a bien peu de vitraux  ici consacrés aux femmes. Presque tout est pour  les hommes :Pierre, Ignace, Benoît, Denis, le Christ...


Lien : Visite de l'église Saint Pierre de Montmartre. 1) Des origines à la Renaissance.

 

 

 

 

 

 

 

 



C'est donc avec des femmes que je termine ma promenade sous les vitraux de Max Ingrand. Et à toi ma petite Geneviève, si fragile et si modeste, j'envoie des baisers de terrien, en attendant un jour de frotter mes plumes contre les tiennes entre deux nuages.

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 14:59
















  Une deuxième visite de cette église qui pour moi est la plus belle de Paris (je ne cherche pas à être objectif puisque je suis montmartrois). Avant de quitter le XVIème siècle, mentionnons la rumeur qui n'a cessé de ronronner sur la butte. Lorsque Henri IV fit le siège de Paris et campait avec ses troupes sur les hauteurs de Montmartre, il aurait fréquenté assidument l'abbesse dont la beaut était de notoriété publique. Elle était la petite nièce de Catherine de Clermont et n'avait que dix-huit ans lorsqu'elle devint abbesse. Le Vert Galant aurait obtenu ses faveurs et aurait avec ses hommes transformé le couvent en maison de plaisirs. Il est vrai qu'à l'époque toutes les vocations n'étaient pas de bon aloi et pour ne parler que des moines, Rabelais n'écrit-il pas qu'il suffisait à une femme de passer à l'ombre d'un monastère pour tomber illico enceinte!
Au début du XVIIème Une abbesse de grand renom dirige l'abbaye. C'est Marie de Beauvilliers qui restaure la discipline et redonne à l'institution un grand rayonnement. La chapelle des martyrs devient un lieu très achalandé. Les pèlerins s'y précipitent depuis que des ouvriers en y faisant des travaux ont découvert une crypte qui aurait été une chapelle des premiers chrétiens de la région et où Saint Denis en personne aurait dit la messe. Un prieuré est construit. La partie haute de l'abbaye qui commençait à se délabrer est abandonnée au profit de la partie basse. Entre les deux partie fut construite une allée couverte qui dévalait la butte sur plus de 400mètres ! C'est la princesse Françoise de Lorraine de Guise qui est alors abbesse. Citons parmi les abbesses qui se succéderont, Marguerite de Rochechouart, grande érudite qui parle le latin, le grec et qui est rrès versée en philosophie. N'oublions pas Emilie de la Tour d'Auvergne et Catherine de la Rochefoucauld. Les piétons de Paris retrouveront leur nom en arpentant les rues depuis la place des Abbesses jusqu'au IXème arrondissemrnt un peu plus bas, en traversant le boulevard de Rochechouart.











Pierre tombale dans l'absidiole du baptistère


 











La façade de l'église rue du Mont Cenis, face à la place du Tertre. Cette façade un peu plate est sans inspiration date de la fin du XVIIIème siècle





Mentionnons enfin la dernière abbesse de Montmartre : Marie-Louise de Montmorency-Laval. En 1789, les révolutionnaires pensant qu'il y avait des armes dans l'abbaye projettent de l'attaquer. Après quelques péripéties, l'abbesse qui s'est enfuie et se cache à Bondy est dénoncée (tradition bien française) arrêtée et transférée à la Conciergerie. L'abbesse, vieillie est devenue sourde et aveugle. Elle est jugée par le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville ne pouvant recevoir aucune réponse de cette femme dictera au greffier une phrase devenue célèbre et qui n'honore pas son auteur :" C'est bon, c'est bon, écrivez qu'elle a conspiré aveuglément et sourdement." Elle est conduite place du Trône (aujourd'hui place de la Nation) où  elle est guillotinée avec quinze autres religieuses. Elles chanteront jusqu'à ce que tombe la dernière tête. Elles sont enterrées au proche cimetière de Picpus où vous pouvez voir leurs tombes.
L'abbaye est vendue comme bien national; elle est complètement détruite et démontée pierre à pierre; Il ne subsiste que l'église paroissiale qui devient pour quelques année "Temple de la Raison" et qui lorqu'elle retrouvera son usage cultuel gardera le nom de Saint Pierre aux dépens de Saint Denis qui était pourtant le saint patron de la paroisse de Montmartre.

















Franchissez la grille et découvrez la façade assez banale, ornée de portes de bronze qui ont été offertes en 1980 par le sculoteur Tomasso Gismondi. Vous voyez sur la photo la porte Notre-Dame. La porte centrale est consacrée à Saint Pierre et la porte de gauche à Saint Denis. Les vantaux sont à lire comme des vitraux. Le premier en bas à gauche représente l'annonciation, le deuxième en bas à droite : la nativité. Il suffit de les regarder en montant : le 3ème représente les noce de Cana, puis  Jésus rencontrant sa mère; le 5ème : Jésus en croix puis la déposition de croix. Le 7ème la Pentrecôtre et le dernier l'Ascension. Chacun appréciera selon son goût et sa sensibilité ces sculptures modernes qui semblent avoir connu l'usure du temps et font penser à des figures de glaise mal dégrossies.




Le dernier vantail de la porte de Saint Pierre (le martyre)


















Le troisième vantail de la porte de Saint Denis (Denis arrive à Paris).








  
A gauche de la cour d'entrée s'étend le cimetière du Calvaire où sont enterrées quelques personnalités comme Pigalle ou Bougainville. On ne peut visiter le cimetière qu'une fois par an à la Toussaint. La grille de Gismondi qui le sépare de la cour ne manque pas de force. Elle représente la Resurrection.
















Les vitraux ont été réalisés par Max Ingrand dans les années 50. Ils représentent le Christ, St Pierre, St Denis ainsi que d'autres saints vénérés sur la butte. Quelques uns (dans les absidioles ont un décor végétal). Ils sont de couleurs vives avec des rouges  vibrants.











Chapelle du Saint Sacrement.












Saint Benoît, Saint Ignace. Transept sud.

















Saint Pierre et le coq (choeur)






Parmi les assez belles réussites dans le mobilier contemporain religieux, on peut citer l'autel de cuivre émaillé de Froidevaux consacré en 1977. Pour une fois, la tendance minimaliste et misérabiliste a été abandonnée au profit d'une oeuvre qui puise son inspiration à la fois dans un passé médiéval où l'on réservait l'or et les pierreries aux objets liturgiques les plus sacrés et aux formes contemporaines stylisées et dynamiques.















La face principale représente la vigne de Montmartre, les maisons et les moulins. Le symbolisme y est clair et inclut Montmartre dans le mystère eucharistique du pain et du vin.

















Sur une des faces St Pierre est représenté avec ses inévitables clefs mais sans son gallinacé chanteur. St Dominique a lui aussi l'honneur d'un côté de l'autel pour des raisons familiales... Une tante des donateurs, soeur Marie Solange était en effet dominicaine.
 Dans le choeur vous pourrez découvrir plusieurs toiles de valeur. Un tableau assez impressionnant dû à José Ribera (début du XVIIème). C'est une descente de croix très sombre où le visage douloureux de la mère apparaît au dessus du corps supplicié du fils qui semble appuyé contre elle et dont les bras sont comme les ailes d'un oiseau blessé mais tentent de s'ouvrir encore pour accueillir les hommes.
 Un immense tableau de Parrocel (1750) représente Jésus au jardin des oliviers. Il est composé de trois parties : en bas, dans l'ombre les disciples endormis; au centre le Christ face à un ange qui lui tend les bras et au-dessus, dans la lumière la croix du supplice portée par des angelots.



















                                                                          











 Une autre toile représente le reniement de Saint Pierre par le Guerchin (début XVIIème). Pierre se chauffe les mains à un brasero et refuse de suivre la direction indiquée par le doigt de celle qui l'accuse, tandis qu'un soldat  pose la main sur son épaule. Cette attitude du saint qui semble préférer le confort de cette chaleur à l'héroïsme auquel l'invite l'homme en armes, attitude bien compréhensible et humaine nous interpelle aujourd'hui où tout engagement pour plus de justice et de fraternité implique que l'on abandonne ses pantoufles et son brasero! Et pourtant nous ne risquons pas d'être crucifiés la tête en bas...

















Une dernière toile de moindre facture, d'un artiste anonyme représente une flagellation. Elle est un peu gesticulatoire; seule la tunique rouge qui annonce le supplice donne un peu de force à l'ensemble et au Christ qui jette un regard de côté et se demande ce qu'il fait dans ce mauvais film.
 

Lien : le cimetière saint Vincent fin d'annee

















     Et maintenant  à vous de découvrir cette église à l'histoire mouvementée mais qui reste imprégnée de prières et de chants. Il est agréable de quitter l'agitation touristique du quartier pour s'y asseoir un moment et écouter le murmure des pierres.
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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 19:05
Le mot de cliché convient tout à fait au Sacré Coeur. Clichés les photos obligées et stéréotypées que tous les touristes se doivent d'enregistrer, clichés les appréciations négatives sur le monument, clichés les jugements sans appel : c'est une horreur, c'est du plus parfait mauvais goût, c'est plouc et archi plouc.                    
 

     Il y a toujours eu de tels jugements sans appel sur les monuments parisiens. Sans remonter au Moyen Âge, il suffit d'évoquer la Tour Eiffel par exemple qui fit hurler les gens de goût qui n'avaient qu'une hâte : voir venir la fin de l'exposition universelle et le démontage du mécano. Il fallait un poète comme Apollinaire pour écrire : "Bergère, ô Tour Eiffel, Le troupeau des ponts bêle cfe matin..."

L'Opéra Garnier connut le même dédain et fut longtemps considéré comme archétype du clinquant et de l'esbrouffe du style Napoléon III. Plus près de nous Beaubourg déchaîna des torrents d'hostilité et de dénigrement; torrents qui ne sont toujours pas taris. Le Sacré Coeur, lui, fut dès sa construction considéré comme un gros tas, une laiterie, une hideuse verrue sur le ciel de Paris. L'engouement populaire donnait raison aux gens de goût qui ne pouvaient qu'être une élite.


Effectivement le monument inspira une surproduction de cartes postales d'une esthétique discutable mais qui avec le temps prennent une petite saveur kitch et rétro que quelques branchés appelleront "vintage"! L'origine même de la basilique reste un peu glauque. Nous sommes après la guerre de 1870, la défaite très lourde devant les Prussiens; nous sommes surtout après la grande révolte de la Commune et l'écrasement sanguinaire du mouvement populaire. Une institutrice de Montmartre en fut une figure héroïque, Louise Michel, dont le nom a été donné au square qui s'étend au pied du Sacré Coeur.



 Tous les malheurs de la France viendraient selon certains de la désaffection religieuse, des errements philosophiques et moraux. Nous serions punis parce que licencieux et amoraux! Vite il fallait se repentir, construire un monument expiatoire pour bien montrer que nous désirions retrouver notre statut de "Fille Aînée de l'Eglise". On cite parmi les initiateurs du projet Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury.



L'historique de la construction n'a que peu d'intérêt, signalons seulement que l'Assemblée Nationale en personne vote une loi qui déclare la Basilique d'utilité publique! Signalons aussi qu'une vaste collecte est organisée dans toute la France et qu'en fonction du don que vous aviez consenti, vous aviez votre nom gravé sur les pierres blanches de l'édifice. Il faut croire que les paroles évangéliques "que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite" (citation approximative?) n'avait pas cours en cette fin de siècle.

En tout cas, la construction est lancée dès 1875 et commence par les travaux de consolidation du sous sol. Le terrain est en effet instable et il faut creuser des puits que l'on comblera et qui serviront de piliers d'assise au monument.  Tout est terminé avant la guerre de 1914 mais la consécration ne pourra avoir lieu qu'après cette dernière. Lors des bombardements de 1944, les vitraux exploseront et devront être refaits. Je pense à une vieille amie arménienne qui habitait rue Müller avec toute sa famille, enfin ceux de sa famille qui avaient échappé au génocide perpétré par l'armée turque et qui par miracle vit atterrir sur son lit une bombe qui resta intacte, peut-être émue par les malheurs qu'avait déja subis ces Arméniens...
La carte postale ci dessus est une "vision" de l'église, alors que l'érection n'a pas commencé. Elle donne une image étrange et peu fidèle de ce que sera en réalité le monument.


La basilique est aujourd'hui incontournable et fait partie du circuit touristique obligatoire qui passe par la place du Tertre et les vignes. Peu de visiteurs ont l'idée d'entrer dans la petite église paroissiale de St Pierre qui recèle des trésors et que je vous inviterai à visiter prochainement. Rien ne vous empêche cependant de déambuler à l'intérieur de la basilique, de scruter l'immense mosaïque dont certains détails sont assez beaux et représentent les saints de France. Vous aurez aussi l'occasion d'entendre le déluge du grand orgue qui est un Cavaillé-Coll.


Cette carte postale montre à quel point le réalisme n'était pas de mise! Elle est colorisée n'importe comment et ne rend en rien le chatoiement de la mosaïque qui est bleue et dorée. Les pierres elles mêmes n'ont pas ce jaune douteux mais elles sont blanches et nettes lorqu'elles ont été débarrassée de la fumée des cierges qui brûlent par milliers.

Et pour revenir à notre début sur les clichés, je dois avouer que pour moi le Sacré Coeur est plus qu'une grosse église. Il a un côté naïf qui plaît aux peintres du dimanche et
qui me touche  lorsqu'on le découvre avec ses jardins qui semblent défier la perspective et s'élever à l'horizontale avec ses petits personnages accrochés aux pelouses. On se croirait dans un tableau qui ignorerait la perspective.


Enfin, quand vous déambulez dans les ruelles de Montmartre, il surgit soudain, dans la lumière bleue du matin ou la lumière rose des soirs de vent comme un mirage, une ville byzantine venue des rives du Bosphore pour faire tourner ses coupoles dans le ciel parisien. Sur cette photo, à gauche vous voyez les galeries Dufayel (aujourd'hui la toiture a été rasée mais il reste heureusement le porche monumental surmonté des sculptures de Dalou) et à droite le campanile en construction.



Et pour terminer quelques photos prises aujourd'hui de mes fenêtres, avec un rayon de soleil sur les coupoles, et pour la dernière photo une partie de l'immeuble des galeries Dufayel, l'angle sur la rue de Clignancourt et la rue Christiani. C'est là qu'habita Aristide Bruant jusqu'à sa mort, lui qui déplorait la construction de grands immeuble sur les contreforts de la butte. On pense à Frehel : Des m'aisons d'six étages, ascenseur et chauffage ont couvert les anciens talus, le  P'tit Louis réaliste, est dev'nu garagiste et Bruant a maint'nant sa rue...






Mais laissons le dernier mot à Bruant qui avait l'art des mots et qui dans sa chanson "Ma Rosse de Gosse" écrit :


Ma Rosse de Gosse
Y a déjà pas mal de temps
Quand alle avait sept ou huit ans
A d'meurait su' la plac' du Tertre
Tout là haut, à Montmertre
A s'épanouissait, en sautant
Au pied du Sacré-Palpitant...








Je vous envoie un grand bonjour depuis le Sacré Palpitant!
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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 08:35

                En ce jour gris d'un printemps hivernal, pourquoi ne pas se réfugier tout en haut de la butte et ne pas s'attarder dans la très belle église du vieux village de Montmartre? Sur ce mont dont on discute toujours l'origine du patronyme :  mont de Mars,  mont de Mercure, mont des Martyrs... le sacré est présent depuis les origines. Imaginez Saint Denis et ses copains Rustique et Eleuthère, décapités devant les paysans de la contrée, tous trois prêts à perdre la tête pour sauver leur âme. Saint Denis d'ailleurs ne se console pas de la voir rouler cette tête sur la terre épaisse de la butte; il la saisit, la porte comme le saint sacrement, tout contre lui et dévale la pente pour s'arrêter à deux ou trois kilomètres de là, pile poil où sera édifiée la basilique qui portera son nom et où seront inhumés les rois de France. Légende ou réalité, c'est en tout cas à l'endroit où Saint Denis perdit la tête qu'une première église fut édifiée à l'époque mérovingienne. Des fouilles ont permis de trouver dans l'église et dans les jardins qui l'entourent d'importants vestiges d'une nécropole mérovingienne.



Les chapiteaux de marbre et ces colonnes proviendraient de la première église du VIème siècle qui les aurait récupérés dans les vestiges des temples antiques de la butte. Ils sont donc à Paris des vestiges parmi les plus anciens qu'on puisse trouver
 
Deux colonnes sont situées dans le choeur et deux autres sous l'orgue.











Une photo de l'église prise de la rue du Chevalier de la Barre.




Ne nous attardons pas sur l'église et la chapelle du martyr dont on ne sait presque rien et sautons à pieds joints dans le XIIème siécle, et plus exactement en l'an de grâce 1133 où le roi Louis VI et la reine Adélaïde en deviennent propriétaires. Ils décident de fonder une abbaye sur ce lieu sacré et choisissent de la confier aux bénédictines de l'abbaye Saint Pierre de Reims.

L'église sera consacrée en 1147 (elle est donc une des trois plus anciennes églises du Paris d'aujourd'hui) par le pape Eugène III accompagné de Saint Bernard et de l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable.  Louis VII et sa mère Adélaïde qui lui ont donné le titre d'abbaye royale de Montmartre assistent à la cérémonie. Plus tard, la reine Adélaïde, très attachée à cette abbaye s'y retirera et y mourra. Elle tiendra à être inhumée dans le choeur. Il ne reste presqu'aucune trace du dallage royal, sinon cette pierre martelée pour servir de marche à l'autel et qui fut retrouvée en 1901. Vous pourrez voir à l'entrée de la sacristie.C'est un vestige émouvant, un fantôme de pierre, la mystérieuse présence d'une reine du Moyen Âge qui continue de veiller sur son église


L'abbaye devient vite célèbre et sert de halte aux pélerins qui se rendent jusqu'à Saint Denis et tiennent à s'arrêter sur le lieu même où le Saint aurait subi son martyre, où il aurait perdu la tête (ce qui lui fit les pieds puisqu'il crapahuta comme vous le savez sur plusieurs kilomètres. Aujourd'hui vous avez le choix entre bus, métro et vélib pour parcourir cette distance avec plus de facilité).
On dit que Thomas Becket voulant échapper à l'ire royale d' Henri II aurait trouvé asile et refuge dans cette abbaye.En tout cas les religieuses y sont nombreuses et l'on dut lorsque le cimetière fut plein comme un oeuf, ramasser les os et les crânes et les disposer dans les galeries du triforium.




 

L'église de l'abbaye a une double vocation; elle est à la fois le lieu de culte réservé aux religieuses et une église paroissiale. Les bénédictines de Saint Pierre de Reims disposent du choeur et de la dernière travée de la nef. La partie conventuelle était dédiée à Saint Pierre et la partie paroissiale à la Vierge et à Saint Denis. Une cloture les séparait On voit sur la 1ère photo le pilier entre la 1ère et la 2ème travée où venait se fixer la grille de séparation. Sur la 2ème photo correspondant au 1er pilier, l'endroit où la grille fut fixée quand on décida de donner plus de place à l'église paroissiale.
















     Le plan de l'église est typiquement roman : une nef et des bas-cotés simples, un transept peu développé avec deux chapelles en absidiole et un choeur en hémicycle.
La nef était recouverte d'une voute de pierres si lourde qu'elle menaçait tout l'édifice, les contreforts ne pouvant supporter une poussée excessive. Elle fut donc démontée avant la fin du XIIème siècle et remplacée par un plafond de bois. Sans doute était-il temps car l'écartement des murs est bien visible et frappe aujourd'hui le touriste qui entre dans l'édifice. Le plafond sera remplacé à la fin du XVème siècle par une voute d'arête sur croisée d'ogive. La plupart des chapiteaux romans furent massacrés à l'occasion de cette "amélioration" dans le goût de l'époque.



Parmi les chapiteaux rescapés, celui de la luxure! On y voit un brave homme à tête de porc qui chevauche à l'envers un cheval qu'il tient par la queue.









Dans le choeur, la voûte de la 1ère travée est romane; elle permet de comprendre pourquoi l'église qui était tout entière recouverte à l'origine risquait de s'écrouler sous le poids de ces pierres à boudin.










Voici une photo de cette voûte, la plus ancienne de l'édifice.
Revenons à l'histoire de l'église qui pendant la guerre de cent ans aurait reçu la visite de Jeanne d'Arc. Il est vrai que les lieux ayant eu l'honneur d'une telle visite sont si nombreux dans notre pays qu'il faut croire que Jeanne avait un véhicule d'au moins 18 chevaux! C'est en tout cas à la fin du XVème siècle, alors que l'église est en partie délabrée que les voûtes de la nef  remplacent le plafond de bois.




Au XVIème siècle, l'abbaye est le théâtre d'un événement de grande importance : Saint Ignace de Loyola, Saint François Xavier et leurs compagnons prononcent les voeux de la fondation de la Compagnie de Jésus. Précisons cependant que ce n'est pas l'église qui accueillit ces aventuriers de l'âme mais la chapelle du martyrium dont il ne subsiste presque rien, un peu plus bas, rue Yvonne le Tac, à côté du collège. De cette époque date la très belle cuve baptismale dans l'absidiole à droite du choeur.



Cette cuve veut rappeler le berceau dans lequel Moïse vogua sur les eaux du Nil... elle est sculptée de figures et de rinceaux très caractéristiques de la Renaissance.


Quelques mots des abbesses qui se succédèrent jusqu'à la Renaissance. L'une d'elle se fit remarquer pour sa clémence et l'intérêt qu'elle portait au confort des religieuses. Enfin, le mot "confort" est tout relatif!  Les hivers étaient très rudes et la butte alors en pleine campagne était exposée à tous les vents (ce qui attirera un peu plus tard les moulins). Les pieds des braves religieuses risquaient de s'ankyloser et la bonne Abbessse ordonna la distribution de bottes fourrées.

Quelques pierres tombales des abbesses du Moyen-Âge et de la Renaissance subsistent dans les absidioles : à gauche du choeur, un fragment de la pierre d'Antoinette Auger, abbesse du XVIème ainsi que la pierre tombale de Catherine de la Rochefoucault (1760) dont nous parlerons dans le prochain article. A droite, la pierre tombale de Mahaut de Fresnoy (1280) et de Marguerite de Minci (1309) cousine de l'abbesse Ade.
Je vous proposerai la prochaine fois la suite de la visite : St Pierre de 1600 à nos jours. Avant de m'éclipser et d'aller avec mon drapeau tibétain acccueillir la triste flamme des Jeux Olympiques de l'Hypocrisie et des faux culs je vous envoie un cliché pris ce matin depuis mon toit et qui nous montre Montmartre sous la neige le 7 avril...

Lien : visite de Saint Pierre de Montmartre 2 (de 1600 à nos jours)
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