Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 08:25

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Il s'est dépouillé
Il a donné tout ce qu'il avait
Et quand il n'avait plus rien la maladie est venue se servir
Et se repaître de sa mémoire

Un matin il s'est réveillé comme un enfant apeuré
Qui ne reconnaît rien autour de lui

Il y avait à la Faïencerie une artiste
Qui peignait chaque jour pour lui
Une aquarelle nouvelle

il y avait un de ses fils qui en retenant ses larmes
Prenait soin de lui avec des gestes de tendresse
Dont on imagine seules les mères capables
  
Il y avait une de ses filles qui s'étendait près de lui
Tenait sa main serrée dans la sienne et lui parlait sans fin

Et puis il y eut ce soir de novembre
La disparition dans la nuit
il y eut ce départ de Sceaux
Il y eut cette chute et cette ultime opération

Trois mois terribles
Trois mois de nudité et d'exil
Trois mois pendant lesquels les seuls mots qui venaient à ses lèvres
Etaient des remerciements pour ceux qui le soignaient
et des "je t'aime" pour ceux dont le nom émergeait de l'oubli

Il ne jouait plus de jeu
Il ne portait plus de masque
Il était loin de notre comédie et de nos mensonges
Il avait le visage de la pauvreté
Il avait le visage de l'humilité

Et c'est alors que vint se refléter sur lui un autre visage
Un visage de pauvre
Un visage d'humilié
Le visage du Christ

 

Les-Huttes.-Chassiron-015.jpg 


Liens : Poème. Mon père est mort.

Poème. Alzheimer. Dernier lien.




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Par chriswac - Publié dans : poèmes - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
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Commentaires

J'ai un ami qui est mort du sida. J'ai ressenti comme vous que son visage était transfiguré. 
Commentaire n°1 posté par Niki le 11/02/2010 à 09h27
très touchant même si c'est très dur. 
Commentaire n°2 posté par nivôse le 07/02/2010 à 16h54
Un bel adieu, sans concession, à la fois violent et infiniment affectueux. Merci.
Commentaire n°3 posté par tim le 06/02/2010 à 10h39
Merci Tim. Pour me protéger des larmes, j'ai lu ce texte avec une certaine violence comme vous le dites. La souffrance est violence. l'amour est violent. Je vous envoie ces mots d'Apollinaire :
"...Comme la vie est lente
Et comme l'espérance est violente".
A vous 
Réponse de chriswac le 06/02/2010 à 10h51

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