Vendredi 10 avril 2009
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15:10
Comme chaque vendredi, je vais voir ma mère. Je fais pas à pas avec elle, les interminables courses puis
j'essaye de la gâter avec un bon petit repas préparé à la maison et transporté dans une glacière.
Je sais bien que nous sommes Vendredi Saint, jour de jeûne!
Pour moi c'est le jour idéal pour gâter ceux qu'on aime et partager avec eux le champagne.
Minouche m'attend sur le tapis. Depuis longtemps, elle a compris que j'étais un ami, un complice; elle en profite pour cavaler dans le couloir et tourner, mine de rien la tête, pour vérifier que je
la poursuis.
A peine suis-je arrivé que maman me montre une photo qu'elle ne se lasse pas de regarder. Elle est avec son arrière-petite-fille, Mila, en Normandie, pendant les dernières vacances d'hiver.
Elle se rappelle ce moment où elles s'amusaient toutes deux et ne pouvaient cesser de rire. Au point que les parents durent intervenir pour calmer les délurées!
Elle dit que c'est la photo qu'elle préfère. Elle dit qu'elle adore Mila.
Pendant le repas (asperges, Kebbé, champignons, profiterolles, garriguettes...) nous parlons beaucoup. Je lui demande, comme je l'avais demandé à mon père de me dire quels sont ses trois
pires souvenirs et ses trois meilleurs. En excluant la mort ou la naissance des enfants qui sont des malheurs ou des bonheurs qui échappent à toute classification. Pour les pires, elle me dit
qu'elle n'a que l'embarras du choix. Il n'y a pour ainsi dire que ça!
-Maman, quels sont ceux qui te viennent tout de suite à l'esprit? - Je peux commencer par mon mariage. Ce jour-là
j'aurais dû comprendre. Je suis arrivée en taxi avec ton père, devant la mairie. Il en est sorti et s'est précipité dans le bâtiment, sans même s'occuper de moi. J'ai dû descendre seule, monter
seule les marches, entrer seule dans la salle des mariages. J'avais le coeur gros. J'aurais dû imaginer alors ce que serait ma vie avec cet homme-là!
Le souvenir ne m'étonne pas. Ce qu'ils ont vécu, chacun de leur côté ce jour-là, ce n'est pas précisément l'euphorie! Je sais que mon père n'a pas dormi de la nuit qui précédait la cérémonie
et qu'il a hésité jusqu'au dernier moment, au point d'envisager la fuite...
Un autre souvenir. C'était le bal du Rotary dans un grand hôtel d'Arras. Je suis arrivée avec ton père pour le dîner. On nous a demandé de nous asseoir là où était le carton avec notre
nom. Ton père était à la table d'honneur avec le Président. Il n'y avait pas mon nom. Il m'a dit d'aller chercher où je pouvais être. J'ai fait le tour de toutes les tables et me suis fait
rembarrer. J'étais morte de honte. finalement, je suis revenue à la table principale. C'est le président qui m'a remarquée; Il s'est étonné. Ton père n'avait pas prévenu qu'il venait avec sa femme.
Il a fallu rajouter un couvert. J'aurais dû partir. je n'ai pas eu ce courage.
Un troisième souvenir, c'est l'avortement qu'il m'a imposé. Je n'ai jamais supporté par la suite ses bondieuseries et son puritanisme. Il condamnait sans réserve l'avortement alors que...
Là, je lui coupe la parole... Je connais cette histoire douloureuse...
Et les bons souvenirs maman?
-J'ai beau chercher, je n'en trouve pas!
-Allons maman, fais un effort!
-Mais pourquoi tu me demandes ça?
-Si je ne te le demande pas maman, je ne le saurai jamais. Je veux t'imaginer heureuse quelques fois!
-Bon! Alors, je dirai que je me suis sentie heureuse la première fois où nous avons eu une maison à nous. Je pensais tellement qu'avec ton père nous n'aurions jamais un endroit à nous! Après la
signature pour la maison de Réveillon, nous sommes allés dans un très bon restaurant, nous avons bu le champagne. Je me rappelle. J'étais bien.
Un deuxième souvenir, c'est la Libération. Je n'oublierai jamais, malgré les choses moches que nous avons vues. Il y avait une ambiance de fête, de vacances. On était jeunes. Tout Paris était
dehors. On dansait à chaque coin de rue!
-Un troisième souvenir maman et tu auras fini tes devoirs!
-Un troisième? Non je ne vois pas. Vraiment.
-Tu aimais tes parents?
-Oui, j'adorais mon père! C'est vrai! quand j'étais seule avec lui, j'étais aux anges.
Nous avons parlé encore longtemps. C'était comme un voyage, dans un passé que je connaissais sans le connaître vraiment, comme on croit connaître Venise sans y être jamais allé.
Je voudrais acheter des années et des années pour avoir l'occasion de voyager longtemps sur les eaux noires ou sur les eaux bleues avec toi, maman.
un dernier regard sur un tableau que j'aime : une plage de ce nord où tu es née. Un ciel de tempête, une foule accourue pour un naufrage ou un retour de pêche.
Naufrage?
Retour de pêche?
Par chriswac
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Publié dans : WACRENIER
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chris, je t'ai écris un long mail à l'adresse que tu m'as envoyée... mais il refuse de partir. Je ne sais pas pourquoi, l'ordinateur s'obstine. je vais essayé encore. Pat
cher chris, le jour de ton anniversaire j'ai mis ton nom ds le moteur de recherche, comme ça, pour savoir et... que de nouvelles, que de photos... marianne... ton père, ta mère... tes poésies et deux photos de toi. je n'ai plus ton adresse mail. Pat
Quelle surprise de te retrouver! Tu n'as donc pas oublié mon anniversaire? J'espère que tu vis bien et que tu écris toujours. tu peux me contacter: chris.wac@orange.fr
Une belle année pour toi! (et Luigi!)
Superbe votre entretien avec votre mère... plus je vieillis et plus je pense à elle et à tout ce qu'elle nous a donné...
J'ai lu aussi le texte sur votre père qui vit sur une autre planète.... Je vis ce drame d'une façon beaucoup plus difficile et avec une souffrance indicible : mon épouse ( aprés 52 ans de vie commune ) est hospitalisée dans une maison de retraite Alzheimer...
http://vieillegarde.hautetfort.com/archive/2010/01/24/vieillesse.html
Trés sincèrtes salutations
Ce que vous vivez est l'épreuve la plus terrible, la plus absolue. Je ne parviens pas à imaginer comment je réagirais s'il s'agissait de ma femme. Ce que je peux vous dire c'est que mon père, mort le 31 janvier, dans son dénuement, dans sa panique, dans sa souffrance des derniers mois, m'a permis d'approcher de Dieu moi qui suis si mal croyant. Je sais aujourd'hui que si Dieu existe il a ce visage là, celui des êtres aimés, dépossédés de tout, sauf de l'amour que nous leur portons. Quelle terrible révélation et quelle souffrance!
Alors, comme vous je me souviens des bons moments pour conjurer l'oubli
Amitiés
Nos parents n'ont pas toujours connu le bonheur il y avait avant une certaine froideur dans leurs rapports en ces temps pourtant pas si anciens
Il y a plein ce choses à découvrir dan ton blog en jouant du clic je découve et j'apprend comme tu l'as vu je suis novice sur over-blog
Bon weekend
Amicalement
Ton texte respire l'amour que tu lui portes... Merci rien que pour cette beauté là...
Je te souhaite une belle journee avec un peu du soleil d'italie dans le ciel de paris.