Vendredi 18 avril 2008
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17:24
Avant de partir pour les vacances de printemps pour aller explorer les îles charentaises (sans doute moins aventureuses que Bornéo ou
Sumatra) je m'offre une petite balade dans le marché Saint Pierre au pied de la butte. Cette photo est prise du 4ème étage du magasin Dreyfus. Elle permet de
voir le toit de la halle, les jardins, le clocher de St Pierre qui paraît minuscule à côté de l'opulente basilique.
Un petit rappel historique afin de mieux connaître cet endroit où se côtoient femmes d'intérieurs (ou hommes) soucieux de rénover
leur home, sweet home, costumiers de théâtre, créateurs de revues et amateurs de carnavals. A l'origine, il y a cette halle de fonte et de briques qui sert de marché à tout le quartier. Marché
traditionnel où l'on trouve fruits et légumes, viande et fromages. Deux commerçants, Armand Moline et Edmond Dreyfus venaient vendre des tissus sur les
trottoirs à proximité de la halle.
Les deux homme arrivaient de Levallois avec leur charrette surchargée de coupons. Leur commerce marchait assez bien et lorsqu'une
loge de concierge fut à louer à proximité, ils eurent l'idée d'y stocker leurs tissus.
Quand des terrains furent à vendre dans les années 20, Dreyfus est acheteur et fonde la célèbre enseigne en
accaparant le nom même de marché Saint Pierre. Aujourd'hui la famille n'est plus propriétaire mais le nom est comme un label et reste fiérement accroché à la façade. C'est un beau nom de
France dont les lettres se détachent sur le ciel du Sacré Coeur et rappellent une époque que l'on espère tout à fait révolue où des catholiques français s'acharnèrent, au nom de l'honneur
de l'armée nationale contre ce capitaine homonyme qui incarne aujourd'hui la probité et l'innocence bafouée.
Assez rapidement, d'autre marchands vinrent s'installer. Le succès fut considérable car les prix étaient plus qu'avantageux. En
effet, la plupart des tissus provenaient de fins de série ou de surstockage d'usine.
Aujourd'hui vous jouirez d'une promenade colorée entre strass, paillettes et rideaux en arpentant les quelques rues qui
composent le marché. Vous descendez au métro Anvers et prenez la rue de Steinkerque qui monte vers le square Louise Michel, au pied du Sacré Coeur. La 1ère rue à droite est la rue d'Orsel
où vous trouverez de nombreuse boutiques de taille assez modeste.
Vous arriverez rue Livingstone, Place Saint Pierre, avec la plupart des enseignes célèbres : Reine, Moline, Dreyfus.
Vous découvrirez d'autres enseignes qui pourront vous faire sourire, comme celle-ci qui fait allusion peut-être à un certain Arsène et qui rappelle en jouant sur les mots la proximité de la Basilique!
Si vous voulez participer au Carnaval de Rio, poussez la porte de cette
boutique rue Picard. Vous y serez accueilli par un sourire qui vous donnera envie de tout dévaliser !
Et maintenant bonnes vacances à tous et bonne balade dans le marché
des couleurs !
Par chriswac
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Mercredi 9 avril 2008
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15:59
Une deuxième visite de cette église qui pour moi est la plus belle de Paris (je ne cherche pas à être objectif puisque je suis
montmartrois). Avant de quitter le XVIème siècle, mentionnons la rumeur qui n'a cessé de ronronner sur la butte. Lorsque Henri IV fit le siège de Paris et campait avec ses
troupes sur les hauteurs de Montmartre, il aurait fréquenté assidument l'abbesse dont la beaut était de notoriété publique. Elle était la petite nièce de Catherine de
Clermont et n'avait que dix-huit ans lorsqu'elle devint abbesse. Le Vert Galant aurait obtenu ses faveurs et aurait avec ses hommes transformé le couvent en maison de plaisirs. Il est
vrai qu'à l'époque toutes les vocations n'étaient pas de bon aloi et pour ne parler que des moines, Rabelais n'écrit-il pas qu'il suffisait à une femme de passer à l'ombre d'un monastère pour
tomber illico enceinte!
Au début du XVIIème Une abbesse de grand renom dirige l'abbaye. C'est Marie de Beauvilliers qui restaure la discipline et redonne à l'institution un grand rayonnement. La
chapelle des martyrs devient un lieu très achalandé. Les pèlerins s'y précipitent depuis que des ouvriers en y faisant des travaux ont découvert une crypte qui aurait été une chapelle des
premiers chrétiens de la région et où Saint Denis en personne aurait dit la messe. Un prieuré est construit. La partie haute de l'abbaye qui commençait à se délabrer est abandonnée au profit de
la partie basse. Entre les deux partie fut construite une allée couverte qui dévalait la butte sur plus de 400mètres ! C'est la princesse Françoise de Lorraine de Guise qui est
alors abbesse. Citons parmi les abbesses qui se succéderont, Marguerite de Rochechouart, grande érudite qui parle le latin, le grec et qui est rrès versée en philosophie.
N'oublions pas Emilie de la Tour d'Auvergne et Catherine de la Rochefoucauld. Les piétons de Paris retrouveront leur nom en arpentant les rues depuis la place
des Abbesses jusqu'au IXème arrondissemrnt un peu plus bas, en traversant le boulevard de Rochechouart.
Pierre tombale dans l'absidiole du baptistère
La façade de l'église rue du Mont Cenis, face à la place du Tertre. Cette façade un peu plate est sans inspiration date de la fin du XVIIIème siècle
Mentionnons enfin la dernière abbesse de Montmartre : Marie-Louise de Montmorency-Laval. En 1789, les révolutionnaires
pensant qu'il y avait des armes dans l'abbaye projettent de l'attaquer. Après quelques péripéties, l'abbesse qui s'est enfuie et se cache à Bondy est dénoncée (tradition bien française) arrêtée
et transférée à la Conciergerie. L'abbesse, vieillie est devenue sourde et aveugle. Elle est jugée par le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville ne pouvant recevoir aucune
réponse de cette femme dictera au greffier une phrase devenue célèbre et qui n'honore pas son auteur :" C'est bon, c'est bon, écrivez qu'elle a conspiré aveuglément et sourdement." Elle est
conduite place du Trône (aujourd'hui place de la Nation) où elle est guillotinée avec quinze autres religieuses. Elles chanteront jusqu'à ce que tombe la dernière tête. Elles sont enterrées
au proche cimetière de Picpus où vous pouvez voir leurs tombes.
L'abbaye est vendue comme bien national; elle est complètement détruite et démontée pierre à pierre; Il ne subsiste que l'église paroissiale qui devient pour quelques année "Temple de la Raison"
et qui lorqu'elle retrouvera son usage cultuel gardera le nom de Saint Pierre aux dépens de Saint Denis qui était pourtant le saint patron de la paroisse de Montmartre.
Franchissez la grille et découvrez la façade assez banale, ornée de portes de bronze qui ont été offertes en 1980 par le sculoteur
Tomasso Gismondi. Vous voyez sur la photo la porte Notre-Dame. La porte centrale est consacrée à Saint Pierre et la porte de gauche à Saint Denis. Les vantaux
sont à lire comme des vitraux. Le premier en bas à gauche représente l'annonciation, le deuxième en bas à droite : la nativité. Il suffit de les regarder en montant : le 3ème représente les noce
de Cana, puis Jésus rencontrant sa mère; le 5ème : Jésus en croix puis la déposition de croix. Le 7ème la Pentrecôtre et le dernier l'Ascension. Chacun appréciera selon son goût et sa
sensibilité ces sculptures modernes qui semblent avoir connu l'usure du temps et font penser à des figures de glaise mal dégrossies.
Le dernier vantail de la porte de Saint Pierre (le martyre)
Par chriswac
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Mercredi 2 avril 2008
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20:05
Le mot de cliché
convient tout à fait au Sacré Coeur. Clichés les photos obligées et stéréotypées que tous les touristes se doivent d'enregistrer, clichés les appréciations négatives sur le monument, clichés les
jugements sans appel : c'est une horreur, c'est du plus parfait mauvais goût, c'est plouc et archi
plouc.
Il y a toujours eu de tels jugements sans appel sur les monuments parisiens. Sans remonter au Moyen Âge, il suffit
d'évoquer la Tour Eiffel par exemple qui fit hurler les gens de goût qui n'avaient qu'une hâte : voir venir la fin de l'exposition universelle et le démontage du mécano. Il fallait un poète
comme Apollinaire pour écrire : "Bergère, ô Tour Eiffel, Le troupeau des ponts bêle cfe matin..."
L'Opéra Garnier connut le même dédain et fut longtemps considéré comme archétype du clinquant et de l'esbrouffe du style Napoléon III.
Plus près de nous Beaubourg déchaîna des torrents d'hostilité et de dénigrement; torrents qui ne sont toujours pas taris. Le Sacré Coeur, lui, fut dès sa construction considéré comme un gros
tas, une laiterie, une hideuse verrue sur le ciel de Paris. L'engouement populaire donnait raison aux gens de goût qui ne pouvaient qu'être une élite.
Effectivement le monument inspira une surproduction de cartes postales d'une esthétique discutable mais qui avec le temps prennent une
petite saveur kitch et rétro que quelques branchés appelleront "vintage"! L'origine même de la basilique reste un peu glauque. Nous sommes après la guerre de 1870, la défaite très lourde
devant les Prussiens; nous sommes surtout après la grande révolte de la Commune et l'écrasement sanguinaire du mouvement populaire. Une institutrice de Montmartre en fut une
figure héroïque, Louise Michel, dont le nom a été donné au square qui s'étend au pied du Sacré Coeur.
Tous les malheurs de la France viendraient selon certains de la désaffection religieuse, des errements philosophiques et moraux.
Nous serions punis parce que licencieux et amoraux! Vite il fallait se repentir, construire un monument expiatoire pour bien montrer que nous désirions retrouver notre statut de "Fille Aînée
de l'Eglise". On cite parmi les initiateurs du projet Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury.
L'historique de la construction n'a que peu d'intérêt, signalons seulement que l'Assemblée Nationale en personne vote une loi qui déclare
la Basilique d'utilité publique! Signalons aussi qu'une vaste collecte est organisée dans toute la France et qu'en fonction du don que vous aviez consenti, vous aviez votre nom gravé sur
les pierres blanches de l'édifice. Il faut croire que les paroles évangéliques "que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite" (citation approximative?) n'avait pas cours en cette fin
de siècle.
En tout cas, la construction est lancée dès 1875 et commence par les travaux de consolidation du sous sol. Le terrain est en effet
instable et il faut creuser des puits que l'on comblera et qui serviront de piliers d'assise au monument. Tout est terminé avant la guerre de 1914 mais la consécration ne pourra
avoir lieu qu'après cette dernière. Lors des bombardements de 1944, les vitraux exploseront et devront être refaits. Je pense à une vieille amie arménienne qui habitait rue Müller avec toute
sa famille, enfin ceux de sa famille qui avaient échappé au génocide perpétré par l'armée turque et qui par miracle vit atterrir sur son lit une bombe qui resta intacte, peut-être émue par
les malheurs qu'avait déja subis ces Arméniens...
La carte postale ci dessus est une "vision" de l'église, alors que l'érection n'a pas commencé. Elle donne une image étrange et peu fidèle de ce que sera en réalité le monument.
La basilique est aujourd'hui incontournable et fait partie du circuit touristique obligatoire qui passe par la place du
Tertre et les vignes. Peu de visiteurs ont l'idée d'entrer dans la petite église paroissiale de St Pierre qui recèle des trésors et que je vous
inviterai à visiter prochainement. Rien ne vous empêche cependant de déambuler à l'intérieur de la basilique, de scruter l'immense mosaïque dont certains détails sont assez beaux et
représentent les saints de France. Vous aurez aussi l'occasion d'entendre le déluge du grand orgue qui est un Cavaillé-Coll.
Cette carte postale montre à quel point le réalisme n'était pas de mise! Elle est colorisée n'importe comment et ne rend en rien le
chatoiement de la mosaïque qui est bleue et dorée. Les pierres elles mêmes n'ont pas ce jaune douteux mais elles sont blanches et nettes lorqu'elles ont été débarrassée de la fumée des
cierges qui brûlent par milliers.
Et pour revenir à notre début sur les clichés, je dois avouer que pour moi le Sacré Coeur est plus qu'une grosse église. Il a un côté naïf qui plaît aux peintres du
dimanche et qui me touche lorsqu'on le découvre avec ses jardins qui semblent défier la perspective et
s'élever à l'horizontale avec ses petits personnages accrochés aux pelouses. On se croirait dans un tableau qui ignorerait la perspective.
Enfin, quand vous déambulez dans les ruelles de Montmartre, il surgit soudain, dans la lumière bleue du matin ou la lumière rose des soirs
de vent comme un mirage, une ville byzantine venue des rives du Bosphore pour faire tourner ses coupoles dans le ciel parisien. Sur cette photo, à gauche vous voyez les galeries
Dufayel (aujourd'hui la toiture a été rasée mais il reste heureusement le porche monumental surmonté des sculptures de Dalou) et à droite le campanile en
construction.
Et pour terminer quelques photos prises aujourd'hui de mes fenêtres, avec un rayon de soleil sur les coupoles, et pour la dernière photo
une partie de l'immeuble des galeries Dufayel, l'angle sur la rue de Clignancourt et la rue Christiani. C'est là qu'habita
Aristide Bruant jusqu'à sa mort, lui qui déplorait la construction de grands immeuble sur les contreforts de la butte. On pense à Frehel : Des m'aisons
d'six étages, ascenseur et chauffage ont couvert les anciens talus, le P'tit Louis réaliste, est dev'nu garagiste et Bruant a maint'nant sa rue...
Mais laissons le dernier mot à Bruant qui avait l'art des mots et qui dans sa chanson "Ma Rosse de Gosse" écrit :
Ma Rosse de Gosse
Y a déjà pas mal de temps
Quand alle avait sept ou huit ans
A d'meurait su' la plac' du Tertre
Tout là haut, à Montmertre
A s'épanouissait, en sautant
Au pied du Sacré-Palpitant...
Je vous envoie un grand bonjour depuis le Sacré Palpitant!
Par chriswac
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Lundi 31 mars 2008
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13:28
Aujourd'hui, il fait un temps gris hivernal sur la butte où je décide d'aller saluer un vieux copain, le chevalier de
la Barre, installé depuis quelques années à deux pas du Sacré Coeur.
Non, ce n'est pas lui. Enfin, ce n'est plus lui. Cette statue a été déboulonnée et fondue. Elle avait pris place presque en face du Sacré Coeur, comme une réponse laïque à
l'érection de l'énorme basilique payée en partie par la bourgeoisie que l'écrasement de la Commune avait rassurée. Notre pays restera formidable tant qu'il sera possible de
faire cohabiter de tels symboles et de donner à la rue qui contourne la basilique le nom d'un jeune homme torturé pour sa libre pensée et son impertinence. Imaginez qu'on donne aux rues qui
mènent aux mosquées le nom des caricaturistes!!!
Sur le chemin, je rencontre cet étrange personnage transformé en statue pour intriguer les touristes mais dont la fleur offerte est bien
vivante.
A l'entrée du petit square, une fontaine Wallace semble tourner comme un manège. Une des cariatides s'est peint le
visage pour jouer les Pierrot le Fou. Notre chevalier est à deux pas de là sur son socle de pierre, il nous tourne le dos, le visage vers l'église blanche. Remarquez sur la
droite, une cabane pour les oiseaux. Ainsi, notre chevalier est-il environné d'oiseaux parisiens, comme autant de saints-esprits laïcs.
Bon d'accord, ce sont plutôt des pigeons dodus qui auraient tendance à laisser tomber quelques décorations sur les pierres
immaculées.
Et le voilà, celui que je suis venu voir aujourd'hui. Il a retrouvé une statue, placée un peu plus en retrait que l'ancienne mais qui rend
justice à sa jeunesse et à son assurance. Son histoire est bien connue et tient une place de choix dans le florilège de la bêtise et de l'intolérance. En ces jours où les intégrismes de tout poil
s'ébrouent dans notre démocatie, elle résonne comme un avertissement. Nous sommes en Picardie, en 1765, le crucifix ornant le Pont-Neuf d'Abbeville a été tailladé. Scandale chez
les bonnes gens. On ne s'interroge pas pour savoir si des ivrognes en goguette, ou simplement les montants d'une charrette ont pu être cause de la dégradation. On cherche un coupable. En chaire,
les curés appellent à la délation.
Et comme toujours, ces appels ne restent pas sans réponses. Il y a de braves gens pour écrire, dénoncer, faire oeuvre de salubrité publique. On se rappelle que trois
jeunes hommes, un certain jour de juillet, ont refusé de saluer une procession du Saint Sacrement. L'un d'eux a gardé son chapeau vissé sur la tête alors que la foule alentour était
agenouillée, tête découverte, en signe de respect et d'adoration. Ils furent donc recherchés. L'un d'eux s'enfuit, l'autre était trop jeune, le troisième fut arrêté. Il avait 19 ans et
s'appelait chevalier de la Barre.
Il possédait en outre des livres interdits comme le Dictionnaire Philosophique de Voltaire. Un procès
inique eut lieu qui ne respectait même pas les lois en vigueur. Le jeune homme fut torturé, soumis à la question. le 1er juillet 1766 il eut le poing coupé, puis la langue arrachée. On le
décapita. Il ne ramassa pas sa tête comme l'aurait fait St Denis pour dévaler les pentes de la butte. Non. Il fut jeté au feu avec elle. On n'oublia pas de précipiter dans le bûcher les
livres interdits.
Il est vivant aujourd'hui notre chevalier. Il a la jeunesse et la liberté que n'auront jamais ceux qui veulent imposer leur doctrine au mépris de la pensée, du plaisir, de la vie.
Salut l'ami !
Et maintenant je rentre chez moi par cette rue qui contourne la basilique et qui s'appelle : rue du Chevalier de la Barre.
Par chriswac
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Lundi 31 mars 2008
1
31
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09:35
En
ce jour gris d'un printemps hivernal, pourquoi ne pas se réfugier tout en haut de la butte et ne pas s'attarder dans la très belle église du vieux village de Montmartre? Sur ce
mont dont on discute toujours l'origine du patronyme : mont de Mars, mont de Mercure, mont des Martyrs... le sacré est présent depuis les origines. Imaginez Saint
Denis et ses copains Rustique et Eleuthère, décapités devant les paysans de la contrée, tous trois prêts à perdre la tête pour sauver leur âme.
Saint Denis d'ailleurs ne se console pas de la voir rouler cette tête sur la terre épaisse de la butte; il la saisit, la porte comme le saint sacrement, tout contre lui et dévale
la pente pour s'arrêter à deux ou trois kilomètres de là, pile poil où sera édifiée la basilique qui portera son nom et où seront inhumés les rois de France. Légende ou réalité, c'est en tout cas à
l'endroit où Saint Denis perdit la tête qu'une première église fut édifiée à l'époque mérovingienne. Des fouilles ont permis de trouver dans l'église et dans les jardins qui l'entourent
d'importants vestiges d'une nécropole mérovingienne.
Les chapiteaux de marbre et ces colonnes proviendraient de la première église du VIème siècle qui les
aurait récupérés dans les vestiges des temples antiques de la butte. Ils sont donc à Paris des vestiges parmi les plus anciens qu'on puisse trouver
Deux colonnes sont situées dans le choeur et deux autres sous l'orgue.
Une photo de l'église prise de la rue du Chevalier de la Barre.
Ne nous attardons pas sur l'église et la chapelle du martyr dont on ne sait presque rien et sautons à pieds
joints dans le XIIème siécle, et plus exactement en l'an de grâce 1133 où le roi Louis VI et la reine Adélaïde en deviennent propriétaires. Ils décident de
fonder une abbaye sur ce lieu sacré et choisissent de la confier aux bénédictines de l'abbaye Saint Pierre de Reims.
L'église sera consacrée en 1147 (elle est donc une des trois plus anciennes églises du Paris d'aujourd'hui) par le pape Eugène
III accompagné de Saint Bernard et de l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable. Louis VII et sa mère Adélaïde
qui lui ont donné le titre d'abbaye royale de Montmartre assistent à la cérémonie. Plus tard, la reine Adélaïde, très attachée à cette abbaye s'y retirera et y mourra. Elle
tiendra à être inhumée dans le choeur. Il ne reste presqu'aucune trace du dallage royal, sinon cette pierre martelée pour servir de marche à l'autel et qui fut retrouvée en 1901. Vous pourrez
voir à l'entrée de la sacristie.C'est un vestige émouvant, un fantôme de pierre, la mystérieuse présence d'une reine du Moyen Âge qui continue de veiller sur son église.
L'abbaye devient vite célèbre et sert de halte aux pélerins qui se rendent jusqu'à Saint Denis et tiennent à s'arrêter
sur le lieu même où le Saint aurait subi son martyre, où il aurait perdu la tête (ce qui lui fit les pieds puisqu'il crapahuta comme vous le savez sur plusieurs kilomètres. Aujourd'hui
vous avez le choix entre bus, métro et vélib pour parcourir cette distance avec plus de facilité).
On dit que Thomas Becket voulant échapper à l'ire royale d' Henri II aurait trouvé asile et refuge dans cette abbaye.En tout cas les religieuses y sont
nombreuses et l'on dut lorsque le cimetière fut plein comme un oeuf, ramasser les os et les crânes et les disposer dans les galeries du triforium.
L'église de l'abbaye a une double vocation; elle est à la fois le lieu de culte réservé aux religieuses et une église paroissiale. Les
bénédictines de Saint Pierre de Reims disposent du choeur et de la dernière travée de la nef. La partie conventuelle était dédiée à Saint Pierre et la partie paroissiale à la Vierge et à
Saint Denis. Une cloture les séparait On voit sur la 1ère photo le pilier entre la 1ère et la 2ème travée où venait se fixer la grille de séparation. Sur la 2ème photo correspondant au
1er pilier, l'endroit où la grille fut fixée quand on décida de donner plus de place à l'église paroissiale.
Le plan de l'église est typiquement roman : une nef et des bas-cotés simples, un transept peu développé
avec deux chapelles en absidiole et un choeur en hémicycle.
La nef était recouverte d'une voute de pierres si lourde qu'elle menaçait tout l'édifice, les contreforts ne pouvant
supporter une poussée excessive. Elle fut donc démontée avant la fin du XIIème siècle et remplacée par un plafond de bois. Sans doute était-il temps car l'écartement des murs est
bien visible et frappe aujourd'hui le touriste qui entre dans l'édifice. Le plafond sera remplacé à la fin du XVème siècle par une voute
d'arête sur croisée d'ogive. La plupart des chapiteaux romans furent massacrés à l'occasion de cette "amélioration" dans le goût de l'époque.
Parmi les chapiteaux rescapés, celui de la luxure! On y voit un brave homme à tête de porc qui chevauche à l'envers un cheval
qu'il tient par la queue.
Dans le choeur, la voûte de la 1ère travée est romane; elle permet de comprendre pourquoi l'église qui était tout entière
recouverte à l'origine risquait de s'écrouler sous le poids de ces pierres à boudin.
Voici une photo de cette voûte, la plus ancienne de l'édifice.
Revenons à l'histoire de l'église qui pendant la guerre de cent ans aurait reçu la visite de Jeanne d'Arc. Il est vrai que les lieux ayant eu l'honneur d'une telle
visite sont si nombreux dans notre pays qu'il faut croire que Jeanne avait un véhicule d'au moins 18 chevaux! C'est en tout cas à la fin du XVème siècle, alors que l'église est en
partie délabrée que les voûtes de la nef remplacent le plafond de bois.
Au XVIème siècle, l'abbaye est le théâtre d'un événement de grande importance : Saint Ignace de Loyola, Saint François Xavier et leurs compagnons
prononcent les voeux de la fondation de la Compagnie de Jésus. Précisons cependant que ce n'est pas l'église qui accueillit ces aventuriers de l'âme mais la
chapelle du martyrium dont il ne subsiste presque rien, un peu plus bas, rue Yvonne le Tac, à côté du collège. De cette époque date la très belle cuve baptismale dans l'absidiole à
droite du choeur.
Cette cuve veut rappeler le berceau dans lequel Moïse vogua sur les eaux du Nil... elle est sculptée de figures et de rinceaux
très caractéristiques de la Renaissance.
Quelques mots des abbesses qui se succédèrent jusqu'à la Renaissance. L'une d'elle se fit remarquer pour sa clémence et
l'intérêt qu'elle portait au confort des religieuses. Enfin, le mot "confort" est tout relatif! Les hivers étaient très rudes et la butte alors en pleine campagne était
exposée à tous les vents (ce qui attirera un peu plus tard les moulins). Les pieds des braves religieuses risquaient de s'ankyloser et la bonne Abbessse ordonna la distribution de
bottes fourrées.
Quelques pierres tombales des abbesses du Moyen-Âge et de la Renaissance subsistent dans les absidioles : à gauche du choeur, un fragment de la pierre d'Antoinette
Auger, abbesse du XVIème ainsi que la pierre tombale de Catherine de la Rochefoucault (1760) dont nous parlerons dans le prochain article. A droite, la
pierre tombale de Mahaut de Fresnoy (1280) et de Marguerite de Minci (1309) cousine de l'abbesse Ade.
Je vous proposerai la prochaine fois la suite de la visite : St Pierre de 1600 à nos jours. Avant de m'éclipser et d'aller avec mon drapeau tibétain acccueillir la triste flamme
des Jeux Olympiques de l'Hypocrisie et des faux culs je vous envoie un cliché pris ce matin depuis mon toit et qui nous montre Montmartre sous la neige le 7
avril...
Lien : visite de Saint Pierre de
Montmartre 2 (de 1600 à nos jours)
Par chriswac
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