MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités

Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 06:35

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                                            Affiche de Lucien Métivet (1896)

Elle est une des figures les plus étonnantes et les plus originales de la Butte où malgré le succès qu'elle rencontra dans les plus grands cabarets, elle continua de chanter dans les rues pour rester au contact des gens simples et pour donner ce qu'elle récoltait aux pauvres et aux malades. Elle est unique parmi les artistes montmartrois, on pourrait la qualifier de sainte laïque!

Enfin! On aurait pu si ses engagements politiques n'avaient été, hélas, pour le moins contestables : la Ligue des Patriotes où elle soutint Boulanger (elle fut d'ailleurs emprisonnée pour avoir crié "Vive Boulanger au passage de Carnot) et les Croix de Feu où elle obtint le grade de sergent!

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                                                     Eugénie Buffet (Steinlen)

Elle est née à Tlemcen, en Algérie en 1866

Elle évoque son enfance dans un livre de souvenirs : "Ma vie, mes amours, mes aventures".

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      Couverture illustrée par Steinlen pour les mémoires d'Eugénie Buffet (recueillis par Maurice Hamel)

Après avoir été violée par son cousin, elle est contrainte par sa mère d'aller à Oran, où elle est employée comme femme de ménage.

 Sa patronne l'envoie régulièrement porter des patisseries à un homme qui vit seul, plongé dans l'étude du Coran et de la Bible, Charles de Foucauld.

Eugénie n'oublia jamais cette rencontre.

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                                                   Charles de Foucauld

 "Ah les bons regards de Charles de Foucauld !   Regards d'amour sincère, de tendresse vraie. Comme ils me soutinrent aux heures de défaillance."

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 Lorsqu'elle a 20 ans, Eugénie quitte l'Algérie. Après être passée par Marseille, elle arrive à Paris où elle prend pour chanter et se faire connaître, la dégaine et la toilette des "pierreuses", nom que l'on donnait alors aux femmes qui racolaient dans les rues. 

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                                                       Picasso : la pierreuse.

Elle est très vite remarquée et invitée à chanter dans les cabarets, notamment à la Cigale sur le boulevard de Rochechouart.

Elle habite alors non loin de là, 3 rue Frochot, au rez de chaussée, et vit une liaison qui durera 18 ans avec Léopold Stévens.

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                      3 rue Frochot, aujourd'hui hôtel Arcantis et cabaret de la bohême.

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                  Léopold Stévens: affiche pour Eugénie Buffet "la chanteuse populaire".

Elle connait un grand succès et très vite, Botrel et Bruant composent pour elle.

Son plus grand succès, son "drapeau", c'est "la sérénade du pavé", sérénade reprise en choeur par les montmartrois qui s'arrêtent sur le boulevard ou sur les petites place pour l'écouter...

L'enregistement de cette chanson, à la fin de cet article, a été fait dans les dernières années de la vie de la chanteuse. Il ne donne qu'une idée partielle de son talent, de la force et de l'expressivité de sa voix.

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                                                                 Jean Richepin

Elle plaît aux poètes et aux compositeurs montmartrois pour qui elle est le type même de la chanteuse des rues. Richepin écrit à son sujet :

"Pour ma gloire de poète, je ne souhaiterais qu'une chose, c'est d'écrire beaucoup de chansons naïves et profondes dont elle pût répandre la belle aumône, sans en dire l'auteur, dans cette affreuse et étrange forêt parisienne où les bêtes de proie et les bêtes immondes ont besoin de pleurer parfois, en écoutant pleurer leur âme avec celle du rossignol". 

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                                      Piaf-Eugénie Buffet dans "French Cancan"

Jean Renoir choisira pour incarner Eugénie Buffet dans son film "French Cancan", celle qui lui ressemble le plus et qui comme elle se fit connaître en chantant dans les rues : Edith Piaf.

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                                       Cabaret de la Nouvelle Athènes, place Pigalle.

Mais elle n'a pas l'étoffe d'une femme d'affaires... Elle ne sait pas en fondant, au 75 boulevard de Clichy, le Cabaret de la Purée, que ce nom sera prémonitoire! Toutes ses économies et celles de Stévens y sont englouties!

Eugénie chante alors au cabaret de la Nouvelle Athènes, place Pigalle. Mais les soucis ont eu raison de son couple. Elle quitte Stévens et va habiter seule rue Fontaine.

 

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Elle tente de se refaire une santé financière aux dépens de sa santé physique en s'embarquant dans d'épuisantes tournées en Amérique, aux Antilles...

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Lorsqu'éclate la guerre, elle se consacre corps et âme aux blessés. Elle chante pour les poilus et donne tout l'argent qu'elle récolte aux malheureux et aux veuves. 

En 1915, les Poilus la nomment caporale! Elle écrit dans ses mémoires :

" L'un d'entre eux détacha le galon rouge de sa veste et vint l'accrocher sur ma manche. Ce jour-là j'ai failli mourir de bonheur".

C'est ainsi qu'Eugénie Buffet devient la Caporale Nini!

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Après la guerre, elle continue de chanter pour les pauvres, pour les grévistes dont elle soutient le combat. Elle s'épuise, sa santé se dégrade et lorsqu'elle a besoin d'être soignée, à une époque où la Sécurité Sociale n'existe pas, une véritable mobilisation des artistes (Gaby morlay, Maurice Chevalier...) et du public permet de récolter des fonds au cours d'un gala mémorable organisé "pour donner un peu de pain à la cigale qui toute sa vie, n'avait songé qu'à empêcher les malheureux de mourir de faim".

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                             Eugénie Buffet, quelques mois avant sa mort.

Elle y apparaît sous un tonnerre d'applaudissements et chante "Ma chanson" :

J'ai chanté comme une cigale

Soeur pauvre des déshérités,

Laissant aux fourmis la fringale

De l'argent et des vanités.

j'ai chanté de toute mon âme

A l'âge de Mimi Pinson

J'avais donné mon coeur de femme

A la chanson

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                     Photo-montage de Navema. "Eugénie Buffet in Mexico". (flickr)

Eugénie Buffet meurt en 1934. Elle est enterrée loin de la Butte, dans le cimetière de Montrouge, 51ème division. Sur sa stèle, deux mots sont gravés après son nom : Cigale nationale...

 

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                                                    Cimetière de Montrouge. 

...Si elle a rendu l'âme, elle n'a pas rendu sa voix que nous pouvons toujours entendre aujourd'hui :

La sérénade du pavé:

 Ma chanson :

Liens : chanteurs et cabarets de Montmartre:













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Par chriswac - Publié dans : MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités - Communauté : Les amoureux de Paris
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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 07:55
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                                 Arthur Marcel-Legay par Georges Redon.
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Arthur Marcel-legay est une des figures pittoresques de Montmartre, un personnage qui fut populaire et qui je l'avoue me touche particulièrement pour plusieurs raisons, les deux principales étant qu'il est le compositeur de l'hymne national du pays d'Artois (où je suis né, comme lui) "Ecoute ô mon coeur", et qu'il était inséparable de son chien Mystico qui faisait partie comme lui des célébrités montmartroises.
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                                                           Centre de Ruitz.
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Marcel-Legay voit le jour en 1851, au sein d'une famille de mineurs, dans le Pas de Calais, à Ruitz, petite ville dont il est la seule célébrité.  

Il s'en souvient dans sa chanson dédiée à sa région : "Enfant à l'âme inasservie, jadis emporté loin de toi, sol natal je revois ma vie, près d'un berceau sous l'humble toit"...
Après avoir fréquenté le Conservatoire de Lille, il arrive à Paris en 1876. Il essaye de gagner sa vie en chantant dans différents cabarets et beuglants de la capitale.
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                                             Couverture de la revue: Les hydropathes.
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Mais c'est à Montmartre qu'il se sent bien.
Il rejoint le club littéraire des Hydropathes, fondé par Emile Goudeau et qui compte parmi ses habitués Charles Cros, Alphonse allais, Jules Laforgue, Jean Richepin... excusez du peu!

Les "hydropathes" sont ceux que l'eau rend malades!
Et l'on devine aisément que leurs verres étaient remplis de liqueurs plus capiteuses!
Nonobstant que le créateur s'appelait Goudeau, ce qui ne manquait pas de provoquer des calembours :  Goudeau n'a pas goût d'eau...
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Marcel-Legay chante de sa voix puissante, en remuant sa chevelure, abondante malgré un haut du crâne déplumé qui lui vaut le surnom de "Chauve Chevelu"!

Quand Salis déménage le Chat noir pour l'installer rue Victor Massé, Marcel-Legay fonde le cabaret de la Franche-Lippée.
Il en créera bien d'autres dont l'existence éphémère prouve, s'il en était besoin, qu'il n'était pas facile de vivre de son talent de poète dans le Montmartre des plaisirs.
Il persévère cependant et aime mettre de la musique sur les poèmes et les textes de ceux et celles qu'il admire : Coppée, Daudet, Richepin et... Louise Michel.
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                                                Marcel-Legay et Mystico.
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Il finit par rencontrer le succès mais jamais ne se lassa de se promener dans les rues de la Butte, accompagné de Mystico, et de s'arrêter pour pousser la chansonnette.

Il ne se consola jamais de la mort de son compagnon et fit graver sur la pierre de la tombe du cimetière des chiens d'Asnières où il fut enterré :
 Mystico, mon bon chien, au poil hirsute, à l'air bohême, Mystico mon bon chien, sauras-tu jamais combien l'on t'aime!
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Quand en 1915 il se sent mourir, il fait venir à son chevet une amie, une chanteuse qui après avoir chanté dans les rues, elle ausssi,  connaît un certain succès et se produit dans les cabarets courus de Montmartre : Eugénie Buffet...
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On dit qu'elle resta près de lui jusqu'à son dernier souffle et ne cessa de chanter les chansons qu'il aimait.
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Un autre jour nous parlerons de cette femme de caractère, cette héroïne de roman qui consigna ses souvenirs dans un livre, illustré par Steinlen.

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                    Arthur Marcel Legay, cimetière Saint-Vincent, 6ème division, 4ème tombe contre le mur.
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Marcel-Legay fut enterré au coeur de Montmartre, dans le vieux cimetière Saint-Vincent.
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La pierre s'use et se couvre de lichen tandis que des cigales, autour du médaillon, deviennent peu à peu des idées de cigales...
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... et qu'un oiseau de pierre tourné vers le nord désespère de retourner un jour au pays d'Artois...
 
Je vous propose d'écouter, avant de quitter Marcel Legay cet hymne que tous les Nordistes connaissent et qu'ils chantent la larme à l'oeil!

Je voudrais juste raconter un petit souvenir d'enfance...
Dans la bonne ville d'Arras, notre prof de musique nous apprenait vaillamment cette chanson et pour nous amener à prononcer correctement les paroles, il  nous reprenait au moment où nous chantions "Ecoutô mon coeur" :
"Mais non!  Séparez bien les syllabes,  jamais de couteau près du coeur!"

Nous abandonnions alors le couteau et chantions avec application :     Ecoute    ô     mon coeur!
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Jean Lumière chante la chanson de Marcel-Legay : Ecoute ô mon coeur
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        Ecoute ô mon coeur
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Enfant à l'âme inasservie
Jadis entraîné loin de toi,
Sol natal je revois ma vie,
Près d'un berceau sous l'humble toit;
Et dans mes soirs de rêverie
S'en va vers mon coeur attristé
L'écho de tes berges fleuries
Et mon hiver est un été.
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Refrain : Ecoute, ô mon coeur, écoute la harpe
Du vent de chez nous, du pays d'Artois.
C'est un très vieux air, des bords de la Scarpe
Qui chante aujourd'hui tout comme autrefois.
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Devenu plus grand c'est la terre
Terre d'Artois au sol fécond,
Qui consola ma peine amère
Avec ce refrain vagabond;
Et mes yeux aux clartés de cierges,
Parmi l'herbe où j'allais m'asseoir,
Voyaient danser de pâles vierges
Dans les ombres vagues du soir.
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Refrain.
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Cependant renaît comme un songe,
Tout au fond de mon souvenir,
Sans l'illusion du mensonge
un printemps qui ne peut finir;
Et le labeur des belles filles
Qui s'en vont aux jours des moissons
Fauciller le pain des familles,
S'achève au vol de tes chansons.
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Refrain.
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                                                        Liens :
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                                             Montmartre. Cabaret. L'Enfer.
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                                               Montmartre. Cabaret Le Ciel.
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                                                Montmartre. Le cabaret du Néant.
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                                                Le cirque Médrano. Rochechouart.
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                                                Musée de l'Erotisme. Jean-Marc Laroche.
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                                               Musée de l'érotisme Pigalle. Eric Provoost.
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                                               Montmartre. Place du Tertre.
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                                               Moulin de la Galette. Histoire. peintres.
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                                               La Goulue et Toulouse Lautrec.
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                                               Jane Avril, Toulouse Lautrec.
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Par chriswac - Publié dans : MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités - Communauté : Les amoureux de Paris
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Samedi 8 janvier 2011 6 08 /01 /Jan /2011 09:15

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      Le Prométhée foudroyé de Gustave Moreau (1869) a été peint un an après le Prométhée exposé au salon de 1868.

Combien pourtant il est différent...

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Le Prométhée de 1868, bien qu'enchaîné, est assis comme un roi au sommet du monde. Il est indifférent à la torture et ignore le vautour qui s'est approché par derrière pour arracher des lambeaux de foie. Notons que l'aigle du supplice a été remplacé par un charognard qui ne s'attaque habituellement qu'aux cadavres.

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Prométhée, le visage tourné vers l'horizon, ignore le dépeceur qui finira par mourir avant d'être remplacé par un autre charognard, comme le rappelle le cadavre, au pied du Titan condamné, lui, à ne pas mourir.

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Prométhée ne regrette pas son vol. Le feu qu'il a voulu donner aux hommes, brille au-dessus de sa tête, comme la flamme de Pentecôte au-dessus des disciples, la flamme de l'Esprit et de la Vie plus forte que la mort.

Gautier a su voir dans ce tableau sa dimension christique : "Mr Gustave Moreau n'a pas donné à son Prométhée les proportions colossales du Prométhée d'Eschyle. Ce n'est pas un Titan. C'est un homme auquel il nous semble que l'artiste ait voulu donner quelque ressemblance avec le Christ dont, selon quelques Pères de l'Eglise, il est la figure et la prédiction païennes. Car lui aussi il voulut racheter les hommes et souffrit pour eux."

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Gautier, en vrai poète, savait "voir". Que n'aurait-il écrit devant le Prométhée foudroyé? 

L'oeuvre, d'une touche moins léchée, moins académique, l'aurait sans doute inspiré. Prométhée n'est plus impassible, regard tourné vers l'avenir et la chute des dieux de l'Olympe. Son corps de souffrance est attaché au sommet d'un piton rocheux, comme exposé sur une croix.

Pas de clarté, pas de couleurs... des gris, des ocres, des blancs... le rouge presque brun du sang coagulé...

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Les jambes sont repliées comme celles du crucifié. La tête penchée sur le côté semble souffler son dernier souffle tandis que les yeux se révulsent.

Le corps n'est plus le corps athlétique du premier Prométhée, il est le corps torturé, le ventre creusé, les côtes saillantes... La dernière force du supplicié se concentre dans sa main repliée sur le flambeau dont la flamme continue de s'élever contre le ciel.

Près de lui, l'aigle-vautour, Jupiter, ressemble à un oiseau mort, un squelette d'oiseau.

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      ...Tandis que la foudre vient achever le condamné.

Moreau invente donc cette mise à mort, comme si le supplice excédait les dieux et qu'il fallait y mettre un terme.

Evidemment, l'aspect christique reconnu par Gautier dans le premier tableau, est ici plus manifeste encore. C'est après le chemin de croix et la montée au calvaire, après le fouet, les épines et les clous, le dernier coup de lance..

Moreau entoure le visage du Christ de l'auréole des icônes.

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Une humanité distincte et indistincte se mêle et s'emmêle sous ce Prométhée. Une humanité en devenir, une humanité en voie de recréation. Certains corps sont à peine esquissés, les bras imprécis, les visages sans yeux.

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      Les Océanides selon le mythe... Une pyramide de femmes, certaines indifférentes, d'autres concernées...

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Une humanité blafarde qui participe au mystère et peut recevoir la lumière du flambeau que Prométhée n'a pas lâché et que la foudre n'a pas éteint.

Oeuvre étonnante, oeuvre forte qui touchera le croyant comme l'incroyant, plus que le Prométhée impassible.

"Christ païen" est -il écrit dans les notes de visite du musée! 

Bizarre, bizarre... Le chrétien Gustave Moreau n'a pas représenté un Christ païen, n'en déplaise aux rédacteurs de catalogues, mais un Prométhée chrétien... 

Un Prométhée-Moreau qui au-delà de la mort tend vers nous le flambeau...

 

Musée Gustave Moreau.

14 rue de La Rochefoucauld. 75009.

(tel : 01 48 74 38 50.   fax : 01 48074018 71)

Métro: Trinité. Saint-Georges.  Bus : 67-68-74-32-43-49

Ouvert tous les jours sauf mardi et 1er janvier, 1er mai et 25 décembre:

De 10h à 12h45 et de 14h à 17h15.

 

Liens :  Gustave Moreau. Le christ et les deux larrons.

Gustave Moreau. Les rois mages.

musée de la vie romantique, rue Chaptal (1)

musée de la vie romantique (2) Ary Scheffer.

Camille Bombois peintre à Montmartre


 

 

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Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 07:25

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     Aujourd'hui je reviens rue Paul Albert, tout en haut, au 19, petit immeuble de céramique jaune où j'ai vécu, avec pour voisins, au 21, le Centre Israélite et au 17, Monique Morelli et Leonardi. Ceux qui ont entendu Morelli ne peuvent oublier cette voix profonde et intense, une voix à rameuter tous les piafs de Paris, à dresser des barricades, à faire jaillir la mer sous les pavés... A faire honte à la mort, comme dans ce poème de Villon:

 

 

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J'habitais au premier étage de cet immeuble, tout contre la maison de Morelli. Quand j'emménageais, j'ignorais que j'allais avoir à côté de moi cette artiste que j'admirais et dont je passais sans me lasser les albums. Un soir, les fenêtres de ma chambre étaient ouvertes...J'entendis monter cette voix que je connaissais, accompagnée de l'accordéon.. J'ai cru d'abord qu'un voisin partageait avec moi le même amour de Morelli... Mais la voix s'arrêta puis reprit, monta puis s'arrêta de nouveau... C'était bien elle, Morelli qui répétait avec son fidèle Léonardi !  Je me suis assis sur le lit et j'ai écouté pendant deux heures, sans perdre une miette de ce récital inespéré.

 
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     Je n'ai vécu qu'un an rue Paul Albert et je n'ai jamais osé lui parler. J'aurais rencontré Sylvie Vartan ou Sheila, j'aurais trouvé le hasard amusant et je n'aurais eu aucun mal à leur dire quelques mots. Mais Morelli !!! C'était comme si je tombais nez à nez avec Villon, Ronsard, Aragon, Carco, Mac Orlan, Rictus, Couté, Corbière....groupés autour leur interprète drapée de rouge.

 
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   J'ai bourlingué ensuite par le monde et ses mirages. Je transportais avec moi des enregistrements de ma voisine et je ne manquais pas de les utiliser lorsque j'étudiais avec mes élèves libanais les poètes français. Un silence profond suivait chaque audition et cette voix sensuelle et tragique semblait être chez elle dans ce pays de rochers et d'eaux vives.

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Bien des années plus tard, je suis revenu vivre à Montmartre. Un peu plus bas, rue Müller. De mes fenêtres pourtant, je pouvais voir la rue Paul Albert et la maison de Morelli. Un soir, je remontais la rue et j'ai rencontré Léonardi. J'ai osé lui parler, lui dire à quel point j'admirais sa compagne et comment je l'avais emmenée avec moi au Liban. Il me dit alors qu'elle était très mal et il m'invita à entrer pour la voir, lui parler, lui dire comment des jeunes, si loin d'ici, aimaient l'entendre et entendre grâce à elle des poèmes vivants et vibrants. J'ai dit que j'avais un rendez-vous mais que je viendrais dès que possible.

Deux jours après, elle était morte.

 

Morelli de Montmartre, Léonardi est mort aujourd'hui, ton fils Patrick est mort... Ta maison a été vendue... Tes tableaux, tes souvenirs ont été dispersés dans des ventes aux enchères...

Mais ta voix, ta voix Morelli, elle est là, dans nos rues de la Butte, avec Carco ou Mac Orlan, elle est là dans nos coeurs, vivante comme une flamme dans notre nuit.

 


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                                                              Avec léonardi
Liens.
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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 09:05



     Montmartre réserve bien des surprises au piéton amoureux de Paris. Ainsi, suffit-il de passer la porte du 43bis rue Damrémont pour découvrir une merveille : un ensemble intact de panneaux de faïence de Poulbot !

    L'ensemble fut commandé en 1910 par le propriétaire des bains-douches qui étaient alors installés dans l'immeuble.

     Les douze panneaux représentent les quatre saisons sur la Butte.

     Ils ont pour héros les gosses du maquis montmartrois que l'artiste n'a cessé de peindre avec son talent et surtout son coeur.

     Car Poulbot n'avait de cesse de leur venir en aide.

     S'il l'avait pu, il aurait accueilli toute la misère de son quartier et peut être du monde!

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                                                           Le printemps.


     Montmartre frémit avec la nature...

     Les enfants ont envie de danser, de sauter à la corde, de faire voler les cerfs volants dans le ciel clair...











      Il y a toujours dans les dessins de Poulbot des éléments très précis, des rues, des maisons que les montmartrois peuvent reconnaître, comme sur ce dernier panneau la maison de Rosimond, devenue depuis sur l'impulsion de Malraux (né à une centaine de mètres de cet immeuble, au 53 rue Damrémont) le musée du vieux Montmartre.

      Le peintre nous rappelle que ses oeuvres ne sont pas de pures inventions.

      Les enfants qu'il représente sont de chair et d'os.

      Nous les trouvons mignons car ils le sont, comme les touristes au Laos ou en Birmanie trouvent les gamins des villages très photogéniques...

      Mais attention, il y a souvent chez Poulbot, dans un coin du tableau, un enfant qui pleure ou qui s'enferme dans sa tristesse.





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                                                             L'été.

    C'est la saison des vacances pour les enfants. Ils resteront sur leur Butte. Les congé payés n'ont pas encore été inventés...

    Le bon élève a fait un accroc à sa culotte. Il est mécontent d'avoir gâché son jour de gloire. Petite déchirure et grand drame !


 
   Quelques-uns défilent, drapeau en tête, pour le 14 Juillet. Ils sont les révoltés de demain, ceux qui peut-être prendront d'autres bastilles...



   On reconnaît à l'arrière plan, le"castel d'un philosophe", bricolé par un habitant du maquis, impasse Girardon.


   




    Une petite fille esseulée serre sa poupée et fait de gros yeux à qui oserait la menacer...




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                                                         L'automne.


    C'est la saison rousse. Les vendanges de Montmartre n'ont pas encore été inventées pour venir en aide aux gamins du quartier. 

    Les fontaines permettent tous les jeux. 



   Trois enfants se promènent bras dessus, bras dessous en chantant...
   Ce trio de gosses solidaires, foulant les pavés, se retrouve fréquemment dans les dessins de Poulbot.
   Dans leur misère, les petits vivent, loin des adultes, comme une troupe de moineaux insouciants.



    Un loupiot de corvée de seau hygiénique, a saisi le balai-chiottes pour en faire un goupillon...



     Tandis qu'un peu plus loin, les mères font la queue pour acheter du pain au moulin de la Galette...





    ...et qu'un apprenti Ben-Hur dans son char, s'élance au pas nonchalant de son cheval-avant et de son cheval-arrière vers un ennemi qui ne semble pas vraiment menaçant.  






   Parmi les jeux les plus appréciés, la fameuse partie de billes... Attention à la pichenette qui se prépare!

 
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                                                     L'hiver.

   L'hiver offre d'inépuisables terrains de jeux et de glissades... Malgré les joues rosies et les mains nues...



    Un petit bonhomme transi prépare très sérieusement une bonne boule de neige...



 ...alors que d'autres en ont déjà fait provision!



   Bonnets et pèlerines protègent comme ils peuvent les poulbots.



    Toute la tendresse du monde dans le geste de cette grande soeur penchée sur son oisillon de frérot qu'elle couve avec un châle taillé dans un vieux rideau.



  C'est avec ces deux-là que nous quittons l'entrée de l'immeuble aux merveilles

  Je vous rappelle l'adresse : 43bis rue Damrémont. Vous pourrez y pénétrer les jours ouvrables car, par chance, un laboratoire d'analyses médicales est installé au rez-de-chaussée et la porte reste ouverte.

Profitez-en et bonne visite!


Liens Poulbot :

Poulbot. Jeunesse. Débuts.

Poulbot. Maturité. Succès. Les Gosses. (2)

Poulbot. Engagement social. Petits Poulbots. (3)

Poulbot. Dessins. La Maternelle de Léon Frapié. (1)

Poulbot. Poil de carotte. Illustrations. (1)

 Nouvel An. Poulbot. Hiver. voeux.

Montmartre. Impasse Traînée. Rue Poulbot.

 P
oulbot les loupiots de Bruant


....................................................................................................;
                                               
                                         

 

Par chriswac - Publié dans : MONTMARTRE Peintres.Artistes.Clébrités - Communauté : Les amoureux de Paris
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